lire; ce n’est pas pour lui que j’écris ». Dans le manuscrit SP,
Diderot traite Marat, chef révolutionnaire à venir, de « ridicule
écrivain !», et critique sa partialité: « autant il est clair, ferme, précis dans son chapitre de l’action du corps sur l’âme, autant il est
vague, faible dans le chapitre suivant ». Ainsi l’on touche à la
stratégie d’interprétation des sources: Diderot utilise Marat – et
d’autres auteurs de la tradition iatromécaniste: Spiegel, Heister,
Cureau de la Chambre etc. – pour leurs descriptions: représentations de faits, de symptômes, des comptes-rendus cliniques, mais
il en réfute contextuellement les préalables épistémologiques animistes ou spiritualistes.
Helvétius, Bonnet et La Mettrie occupent, de leur côté, une
position qu’on pourrait définir médiane. Du premier, matérialiste
à certains égards autant que lui, Diderot continue la « Réfutation »
entamée à l’époque de son voyage en Russie, quand il lisait, en
chaise de poste, De l’Homme, de ses facultés intellectuelles, et de
son éducation (Londres, 1773), ouvrage publié par le prince
Galitzin, ami commun des deux philosophes. Il est intéressant de
suivre les deux réflexions en parallèle – on le verra dans les notes
– sur la physiologie et contre Helvétius là où Diderot souligne
l’empreinte forte de l’organisation (infra, § 3) sur la formation de
l’individu et par conséquent le primat du physique (organisation)
sur le moral (éducation). Bonnet était un adversaire respecté et
admiré par Diderot dès l’époque de l’Interprétation de la nature.
Son Essai analytique sur les facultés de l’âme (Copenhague,
1760), avec le précédent Essai de psychologie, ou Considérations sur les opérations de l’âme, sur l’habitude et sur l’éducation, auxquelles on a ajouté des principes philosophiques, sur la
cause première et sur son effet (Londres, 1755) et le suivant:
Considérations sur les corps organisés, où l’on traite de leur origine, de leur développement, de leur reproduction... & où l’on a
rassemblé en abrégé tout ce que l’histoire naturelle offre de plus
certain & de plus intéressant sur ce sujet, (Amsterdam, 1762),
offrent à Diderot le cadre théorique de confrontation pour sa psychologie matérialiste, et surtout pour sa doctrine des rapports –
déjà esquissée dans Le Rêve – des associations nerveuses et des
idées de l’esprit, qui fondent les jugements de connaissance.
Diderot réfute les assertions de Bonnet sur le dualisme
corps/esprit et dénonce les entêtements du métaphysicien, son
esprit de système, tout en puisant, chez Bonnet, aux analyses descriptives plus efficaces contenues dans l’Essai de 1760; par
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INTRODUCTION
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 36
Diderot traite Marat, chef révolutionnaire à venir, de « ridicule
écrivain !», et critique sa partialité: « autant il est clair, ferme, précis dans son chapitre de l’action du corps sur l’âme, autant il est
vague, faible dans le chapitre suivant ». Ainsi l’on touche à la
stratégie d’interprétation des sources: Diderot utilise Marat – et
d’autres auteurs de la tradition iatromécaniste: Spiegel, Heister,
Cureau de la Chambre etc. – pour leurs descriptions: représentations de faits, de symptômes, des comptes-rendus cliniques, mais
il en réfute contextuellement les préalables épistémologiques animistes ou spiritualistes.
Helvétius, Bonnet et La Mettrie occupent, de leur côté, une
position qu’on pourrait définir médiane. Du premier, matérialiste
à certains égards autant que lui, Diderot continue la « Réfutation »
entamée à l’époque de son voyage en Russie, quand il lisait, en
chaise de poste, De l’Homme, de ses facultés intellectuelles, et de
son éducation (Londres, 1773), ouvrage publié par le prince
Galitzin, ami commun des deux philosophes. Il est intéressant de
suivre les deux réflexions en parallèle – on le verra dans les notes
– sur la physiologie et contre Helvétius là où Diderot souligne
l’empreinte forte de l’organisation (infra, § 3) sur la formation de
l’individu et par conséquent le primat du physique (organisation)
sur le moral (éducation). Bonnet était un adversaire respecté et
admiré par Diderot dès l’époque de l’Interprétation de la nature.
Son Essai analytique sur les facultés de l’âme (Copenhague,
1760), avec le précédent Essai de psychologie, ou Considérations sur les opérations de l’âme, sur l’habitude et sur l’éducation, auxquelles on a ajouté des principes philosophiques, sur la
cause première et sur son effet (Londres, 1755) et le suivant:
Considérations sur les corps organisés, où l’on traite de leur origine, de leur développement, de leur reproduction... & où l’on a
rassemblé en abrégé tout ce que l’histoire naturelle offre de plus
certain & de plus intéressant sur ce sujet, (Amsterdam, 1762),
offrent à Diderot le cadre théorique de confrontation pour sa psychologie matérialiste, et surtout pour sa doctrine des rapports –
déjà esquissée dans Le Rêve – des associations nerveuses et des
idées de l’esprit, qui fondent les jugements de connaissance.
Diderot réfute les assertions de Bonnet sur le dualisme
corps/esprit et dénonce les entêtements du métaphysicien, son
esprit de système, tout en puisant, chez Bonnet, aux analyses descriptives plus efficaces contenues dans l’Essai de 1760; par
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INTRODUCTION
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