exemple, celles sur les réflexes d’association et la mémoire des
traces nerveuses: la métaphore du clavecin (Le Rêve) comme un
modèle d’explication des opérations physiques de l’entendement
se représente, transformée, dans la Partie III
55
.
Julien Offray de La Mettrie (1709-1751) mérite une mention
particulière qu’on complétera bientôt, à propos du cerveau (infra,
4.1). Diderot entretient avec lui un rapport de proximité en ce qui
concerne la médecine, mais de grande distance pour ce qui est des
idées morales et politiques
56
. Le point de contact majeur consiste
dans la conviction de l’unité matérielle de l’homme et dans la
conception corpusculaire et dynamique de la matière que Diderot
expose, en 1770, dans les Principes philosophiques sur la
matière et le mouvement. Les caractéristiques chimiques de la
matière – la sensibilité, l’activité etc. – sont elles-mêmes responsables de toutes les facultés intellectuelles et physiques de
l’homme
57
. La position moniste sur l’homme est commune:
Diderot connaissait depuis sa jeunesse les thèses vitalistes et spinozistes de l’ancien élève de Boerhaave à Leyde – La Mettrie traduisit les Institutions de médecine (8 vol. Paris, 1743-1750) –, les
œuvres célèbres, L’Homme-Machine (Leyde, 1747) et L’HommePlante (Leyde, 1748), aussi bien que l’Histoire naturelle de
l’âme (La Haye, 1745) rééditée en 1751 sous le titre de Traité de
l’âme. Les tenants et les aboutissants de la thèse de la sensibilité
de la matière – athéisme, matérialisme, amoralisme etc. – ont
connu un développement similaire chez les deux penseurs et dans
les Éléments, c’est Diderot qui semble mener à bien des conceptions qui, à l’époque où La Mettrie écrit, pouvaient apparaître
55 Infra, p. 288: « On éprouve une sensation; on a une idée; on produit un
son représentatif de cette sensation ou commémoratif de cette idée. Si la sensation ou l’idée se représente, la mémoire rappelle et l’organe rend le même son.
Avec l’expérience, les sensations, les idées se multiplient; mais comment la liaison s’introduit-elle entre les sensations, les idées et les sons, de manière non pas
à former un chaos de sensations, d’idées et de sons isolés et disparates, mais une
série que nous appelons raisonnable, sensée ou suivie? Le voici…».
56 Cf. Essai sur les règnes de Claude et Néron, dans DPV, XXV, pp. 246247: « La M*** est un auteur sans jugement, qui a parlé de la doctrine de
Sénèque sans la connaître; qui lui a supposé toute l’âpreté du stoïcisme, ce qui
est faux; qui n’a pas écrit une seule bonne ligne dans son Traité du bonheur,
qu’il ne l’ait ou prise dans notre philosophe, ou rencontrée par hasard ».
57 Cf. A. Thomson, « L’unité matérielle de l’homme chez La Mettrie et
Diderot », dans A.-M. Chouillet (éd.), Denis Diderot. 1713-1784, Colloque
International, Paris, 1985, pp. 61-68.
INTRODUCTION
37
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 37
Précédent

- 38/514

Suivant