Halle en 1708 en deux volumes, réédité plusieurs fois, encore au
début du XIX
e siècle à Leipzig, qui contient un traité spéculatif
aussi bien que pratique de la physiologie spiritualiste. La thèse de
Stahl: l’âme, immatérielle mais conçue comme une sorte d’énergie agent dans le physique, est le gouverneur et le véritable architecte du corps; c’est un « principe » (arché) qui règle
intérieurement tous les phénomènes ayant trait à la physiologie:
sécrétion, excrétion, circulation, transmission nerveuse etc.
53
.
Diderot reçoit et critique cette thèse avec une bonne connaissance
de l’enjeu philosophique: le primat et l’autonomie de la corporéité dans tous ses aspects à l’égard de l’« autocratie médicale »
des dogmatiques (article « Mécanicien (Médecine)»
54
). Stahl
d’ailleurs occupe une place importante dans l’Encyclopédie et les
articles de chimie et médecine qui le mentionnent (plus de 250
occurrences) n’en font pas toujours un objet de réfutation. En
effet, une étude détaillée de la réception de sa théorie animiste
chez les Encyclopédistes reste à faire.
Dans les Éléments, l’approche de Stahl est critiquée à travers
l’un des ses derniers (et moins brillants) disciples, contemporain
de Diderot: Jean-Paul Marat (1743-1793), le futur « tribun du
peuple », auteur d’un De l‘Homme, ou des principes et des lois de
l’influence de l’âme sur le corps et du corps sur l’âme, (3 vol.,
Amsterdam, 1775). Le livre de Marat commençait, sans autre
explication: « L’homme, comme tout animal, est composé de
deux substances distinctes: l’Ame et le Corps. Je ne m’arrête
point ici à prouver cette vérité: s’il se trouvait parmi mes Lecteurs quelqu’un qui la mit en question, il peut se dispenser de me
53 Cf. P. Hoffmann, « L’âme et les passions dans la philosophie médicale de
Georg-Ernst Stahl », dans DHS, n° 23 cit., pp. 31-43.
54 Enc. X, p. 220b: « La cause première de cette influence du fluide nerveux, quelque modification qu’on lui suppose, restant inconnue, et toutes les
explications physiques et mécaniques que l’on en a données, paraissant insuffisantes, les Sthaaliens et tous les médecins autocratiques ont prétendu qu’elle
devait être attribuée à une puissance intelligente, selon eux, la nature qui n’est
pas différente de l’âme même, sans avoir égard à ce que le cœur séparé du corps
est encore susceptible de mouvements contractiles, répétés; mais comme ce
prétendu principe moteur ne s’accorde point avec les faits, les observations, on
en est venu à faire convenir Sthaal même, que la recherche des causes du mouvement automatique dans le corps humain, est une recherche stérile, en même
temps que l’on a avoué que les ressorts du mécanisme ne peuvent en fournir le
principe ».
INTRODUCTION
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