de grandes marges. Voilà le moment de consulter les amis, les
indifférents et même les ennemis. Les ennemis ! oui, madame,
ceux que je méprise. Je fais comme le médecin qui guérit son
malade avec le bouillon de vipère
5 .
Les fragments d’« histoire naturelle et expérimentale de
l’homme » suivent ce style de pensée. La technique d’écriture a
fait toute la valeur de la première version des Éléments de physiologie, mise au propre par Diderot et recopiée par Girbal dans
le manuscrit SP, après le voyage en Russie. L’originalité littéraire
de cette première version des Éléments émane, pour ainsi dire, de
ces premiers fragments décousus
6
.
2. APPENDICE B.
«MANUSCRIT DE PÉTERSBOURG»
L’autre manuscrit est une découverte récente. Retrouvé à
Moscou, aux Archives centrales publiques d’actes anciens et
édité par G. Dulac en 1979 et en 1987 (DPV, XVII, pp. 221-259)
sous la dénomination de « Manuscrit de Pétersbourg. 1774 », ce
texte témoigne d’une seconde étape, moyenne, plus consistante et
littérairement accomplie, dont l’on connaît bien la période de
rédaction: les années mêmes du voyage en Russie (1773-1774),
plus précisément le début de l’année 1774, lorsque Diderot prépare une nouvelle version du Rêve de D’Alembert pour Catherine
II avant de quitter Saint-Pétersbourg. «Version déguisée »,
comme l’a justement qualifiée G. Dulac
7 , puisqu’elle redonne le
même texte de 1769 avec le seul changement des noms des protagonistes: La Mettrie (Bordeu), Du Marsais (D’Alembert), Mlle
Boucher (l’Espinasse), le philosophe athée Nicolas Boindin
(Diderot). Mais l’« Avertissement » se présente aussi comme la
pièce initiale d’une mystification philosophico-littéraire. Diderot
feint d’avoir déchiré le manuscrit des deux dialogues – pour calmer les soucis des protagonistes, D’Alembert et l’Espinasse – et
5 Cf. M. Tourneux, Diderot et Catherine II cit., pp. 448-450: « Sur ma
manière de travailler », fragment autographe du manuscrit in-4° Noroff.
6 Cf. P. Vernière, Diderot, ses manuscrits et ses copistes, Paris, 1967, sur les
questions d’édition des manuscrits diderotiens.
7 Introduction, 2.1, supra, note 49.
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INTRODUCTION
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indifférents et même les ennemis. Les ennemis ! oui, madame,
ceux que je méprise. Je fais comme le médecin qui guérit son
malade avec le bouillon de vipère
5 .
Les fragments d’« histoire naturelle et expérimentale de
l’homme » suivent ce style de pensée. La technique d’écriture a
fait toute la valeur de la première version des Éléments de physiologie, mise au propre par Diderot et recopiée par Girbal dans
le manuscrit SP, après le voyage en Russie. L’originalité littéraire
de cette première version des Éléments émane, pour ainsi dire, de
ces premiers fragments décousus
6
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2. APPENDICE B.
«MANUSCRIT DE PÉTERSBOURG»
L’autre manuscrit est une découverte récente. Retrouvé à
Moscou, aux Archives centrales publiques d’actes anciens et
édité par G. Dulac en 1979 et en 1987 (DPV, XVII, pp. 221-259)
sous la dénomination de « Manuscrit de Pétersbourg. 1774 », ce
texte témoigne d’une seconde étape, moyenne, plus consistante et
littérairement accomplie, dont l’on connaît bien la période de
rédaction: les années mêmes du voyage en Russie (1773-1774),
plus précisément le début de l’année 1774, lorsque Diderot prépare une nouvelle version du Rêve de D’Alembert pour Catherine
II avant de quitter Saint-Pétersbourg. «Version déguisée »,
comme l’a justement qualifiée G. Dulac
7 , puisqu’elle redonne le
même texte de 1769 avec le seul changement des noms des protagonistes: La Mettrie (Bordeu), Du Marsais (D’Alembert), Mlle
Boucher (l’Espinasse), le philosophe athée Nicolas Boindin
(Diderot). Mais l’« Avertissement » se présente aussi comme la
pièce initiale d’une mystification philosophico-littéraire. Diderot
feint d’avoir déchiré le manuscrit des deux dialogues – pour calmer les soucis des protagonistes, D’Alembert et l’Espinasse – et
5 Cf. M. Tourneux, Diderot et Catherine II cit., pp. 448-450: « Sur ma
manière de travailler », fragment autographe du manuscrit in-4° Noroff.
6 Cf. P. Vernière, Diderot, ses manuscrits et ses copistes, Paris, 1967, sur les
questions d’édition des manuscrits diderotiens.
7 Introduction, 2.1, supra, note 49.
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