copies des tomes XXXIV-XXXV du fonds Vandeul édités par Dieckmann, signe que Diderot y travailla à plusieurs réprises
3 .
La méthode de composition est bien connue des diderotistes,
c’est celle qui a été définie comme « écriture fragmentaire »
4
, trait
commun caractéristique des meilleurs textes de la maturité
(Contribution à l’Histoire des deux Indes, Réfutation d’Helvétius, Observations sur Hemsterhuis, et finalement les Éléments
de physiologie). Naigeon avait raison d’affirmer que ces matériaux sont difficilement lisibles. Ce sont des brouillons, des
schèmes, des listes de sujets à aborder, textes en construction qui
laissent néanmoins entrevoir, dans leur désordre même, les directions principales de la recherche à venir. On trouve ici la liste
importante des titres d’« ouvrages qu’il faut lire » qui permet de
suivre la préparation des Éléments à travers ses sources (supra,
Introduction, §§ 1-2). La datation n’est pas sûre, mais divers
indices font penser aux années qui s’étalent de 1769, postérieures
au Rêve et aux Principes philosophiques sur la matière et le mouvement (1770, les thèmes sont là), jusqu’à l’époque de l’Essai sur
Sénèque (1778-1782, comme le suggère une allusion positive au
philosophe latin). M. Tourneux nous a légué un témoignage
significatif et bien connu sur cette méthode de travail « par fragments » que Diderot adopte et dont il parle à Catherine II. C’est
une voie d’accès à son cabinet secret:
J’ai sur mon bureau un grand papier sur lequel je jette un mot de
réclame de mes pensées, sans ordre, en tumulte, comme elles
viennent. Lorsque ma tête est épuisée, je me repose; je donne le
temps aux idées de repousser; c’est ce que j’ai appelé quelquefois ma recoupe, métaphore empruntée d’un des travaux de la
campagne. Cela fait, je reprends ces réclames d’idées tumultueuses et décousues et je les ordonne, quelquefois en les chiffrant. Quand j’en suis venu là, je dis que mon ouvrage est
achevé. J’écris tout de suite, mon âme s’échauffe de reste en
écrivant. S’il se présente quelque idée nouvelle dont la place soit
éloignée, je la mets sur un papier séparé. Il est rare que je récrive
[…] aussi reste-t-il des négligences, toutes les incorrections
légères de la célérité. Si la lecture me détrompe, je déchire mon
ouvrage. Si je trouve quelque chose dans les auteurs qui me
convienne, je m’en sers. S’ils m’inspirent quelque nouvelle idée,
je l’ajoute en marge, car, paresseux de copier, je réserve toujours
4 Cf. M. Duchet, Diderot et l’“Histoire des deux Indes” ou l’Écriture
Fragmentaire, Paris, 1978.
INTRODUCTION
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