ombres nous-mêmes, pour les autres et pour nous. Si je regarde
l’arc-en-ciel tracé sur la nue, je le vois; pour celui qui regarde
sous un autre angle, il n’y a rien.
Une fantaisie assez commune aux vivants, c’est de se supposer morts, d’être debout à côté de leurs cadavres et de
Z
suivre le
convoi. C’est un nageur qui regarde son vêtement étendu sur le
rivage. Hommes qu’on ne craint plus, qu’avez-vous
A
alors
entendu?
Un autre apprentissage de la mort est la philosophie, méditation habituelle et profonde qui nous enlève à tout ce qui nous
environne et qui nous anéantit. La crainte de la mort, dit le stoïcien
106 , est une anse par laquelle le robuste nous saisit et nous
mène où il lui plaît
107 . Rompez l’anse et trompez la main du
PHÉNOMÈNES DU CERVEAU
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Z suivre leur convoi.
A alors entendu? La philosophie, méditation habituelle […] nous anéantit,
est un autre apprentissage de la mort. Une des plus belles sentence du Stoïcien,
c’est que la crainte de la mort est une anse […]. FIN.
106 Il s’agit de l’esclave Epictète, Entretiens, IV, chap. 1, § 152, dans Les
Stoïciens, éd. P.-M. Schuhl, Paris, 1962, pp. 1057-1058: « Mais je puis te faire
voir un homme libre pour que tu n’aies plus à chercher de modèle. Diogène était
libre, – Comment cela? – Non qu’il fût issu de parents libres (car il ne l’était
pas); mais il était libre parce qu’il avait rejeté tout ce qui donne prise à l’esclavage; il n’y avait pas moyen de s’approcher de lui ni d’endroit par où le prendre
pour le réduire à l’esclavage. Il n’avait que des liens faciles à rompre, tout
n’était qu’accroché à lui ».
107 Cf. Essai sur les règnes de Claude et de Néron cit., p. 221: « Un des plus
grands vices, à mon avis, de notre éducation, soit publique, soit domestique,
c’est de nous inspirer un si violent amour de la vie, de si grands frayeurs de la
mort, qu’on ne voit plus que des esclaves troublés au moindre choc qui menace
leur chaîne. Or je désirerais qu’on nous indiquât un auteur, ancien ou moderne,
qui se fût élevé avec autant de force contre une pusillanimité qui rend notre
condition pire que celle des animaux, et qui nous soumet si bassement à toutes
sortes de tyrannies, ou, pour me servir de l’expression énergique d’un commentateur d’Epictète, Arrien, qui ait frappé des coups plus violents sur les deux
anses par lesquelles l’homme robuste et le prêtre saisissent le faible pour le
conduire à leur gré »; cf. aussi Contribution à l’Histoire des deux Indes, dans
OD, III, pp. 749-750: « Il n’y a que le philosophe qui sache douter, qui se taise,
quand il manque de lumières, et qui dise la vérité, quand il se détermine à parler. En effet, quelle récompense assez importante à ses yeux pourrait le déterminer à tromper les hommes et à renoncer à son caractère? […]. La crainte? il ne
craint rien, pas même de mourir. S’il est jeté dans le fond d’un cachot, il sait bien
que ce ne sera pas la première fois que des tyrans ou des fanatiques y ont conduit
la vertu, et qu’elle n’en est sortie que pour aller sur un échafaud. C’est lui qui
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 361
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