R
L’existence de Dieu évidente ! Et l’homme de génie est arrêté par
la difficulté d’un enfant; et Leibniz est obligé, pour la résoudre, de
produire avec des efforts de tête incroyables, un système qui ne
résout pas la difficulté et qui en fait naître mille autres !
101
S
Les causes finales, disent les défenseurs de ces causes, ne
démontrent-elles pas l’existence de Dieu? Mais Bacon dit que la
cause finale est une vierge consacrée à Dieu, qui n’engendre rien
et
T
qu’il faut rejeter
102 . Voyez l’homme, ajoutent ces défenseurs:
de quoi parlent-ils? Est-ce de l’homme réel ou de l’homme
idéal? Ce ne peut être de l’homme réel, car il n’y a pas sur toute
la surface de la terre un seul homme parfaitement constitué, parfaitement sain. L’espèce humaine n’est qu’un amas d’individus
plus ou moins contrefaits, plus ou moins malades: or quel éloge
peut-on tirer de là, en faveur du prétendu créateur? Ce n’est
U
pas
à un éloge, c’est à une apologie qu’il faut penser. Ce que je dis de
PHÉNOMÈNES DU CERVEAU
359
R L’existence de Dieu est évidente !…
101 Diderot utilise un argument bayléen, en se référant à l’effort de Leibniz
de construction d’un système de l’« harmonie préétablie », des « futurs contingents » qui assurent la liberté métaphysique de l’homme, et de la justification de
Dieu – il introduit ainsi le néologisme « théodicée » – devant le spectacle du mal,
physique et moral, dans ses Essais de Théodicée cit., p. 131: « 52. Tout est donc
déterminé par avance dans l’homme, comme partout ailleurs, et l’âme humaine
est une espèce d’automate spirituel, quoique les actions contingentes en général, et les actions libres en particulier, ne soient point nécessaires pour cela d’une
nécessité absolue, laquelle serait véritablement incompatible avec la contingence. Ainsi ni la futurition en elle-même, toute certaine qu’elle est, ni la prévision infaillible de Dieu, ni la prédétermination des causes, ni celles des décrets
de Dieu, ne détruisent point cette contingence et cette liberté »; voir aussi les
paragraphes de l’analyse et de la longue réfutation de Bayle, Partie II, pp. 162260: §§ 107-240.
S Les causes finales la démontrent ! et Bacon dit que…
T qu’il faut rejeter. bêtise de certains défenseurs des causes finales. Ils
disent. Voyez l’homme etc. De quoi parlent-ils?
102 Cf. Bacon F., Le progrès et avancement aux sciences divines et
humaines, éd. fr. A. Maugars, Paris, 1624, livre III, chap. V, §1: « La recherche
des causes finales est stérile et, semblable à une vierge consacrée au Seigneur,
elle n’engendre point »; à propos des concepts de causa finalis et. al. chez
Bacon, cf. M. Fattori (éd.), Francis Bacon. Terminologia e fortuna nel XVII
secolo, Seminario internazionale, Roma, 1984; Lessico del Novum organum di
Francesco Bacone, 2 vol., Roma, 1980; (éd.), Il vocabolario della République
des lettres. Terminologia filosofica e storia della filosofia : problemi di metodo,
Atti, Firenze, 1997.
U pas à l’éloge, c’est…
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 359
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