mique, qui n’a point d’organes, qui n’est pas dans le lieu, qui est
essentiellement hétérogène avec l’instrument, qui n’a aucune
sorte de toucher et qui pince des cordes.
P
L’organisation et la vie,
voilà l’âme.
Q
Ils accusent les athées de mauvaises mœurs, les athées à qui
ils n’ont jamais vu faire d’action malhonnête au milieu de dévots
souillés de toutes sortes de crimes
99
.
Ils assurent que l’existence de Dieu est évidente et Pascal dit
expressément de Dieu: on ne sait ni ce qu’il est, ni s’il est
100 .
358
PARTIE III
dedans ou au dehors de l’animal; une seconde sensation et des voix qui les désignent par des sons naturels ou conventionnels ».
P L’organisation et la vie, voilà l’âme; encore l’organisation est-elle si
variable !…
Q Et ces malheureux fanatiques accusent les athées…
99 Cf. P. Bayle, Pensées diverses, écrites à un docteur de Sorbonne à l’occasion de la comète qui parut au mois de décembre 1680, Rotterdam, 1683,
§§ 104-105 ss., §§ 133-136 et § 160; Dictionnaire historique et critique, Rotterdam, 1697, vol. IV, p. 627: « Mettons donc parmi les notions communes cet
aphorisme de Morale, La crainte et l’amour de la Divinité ne sont pas toujours
le principe le plus actif des actions de l’homme. III. Cela étant, il ne faut point
considérer comme un Paradoxe scandaleux, mais plutôt comme une chose très
possible, que des gens sans Religion soient plus fortement poussés vers les
bonnes mœurs par les ressorts du tempérament, accompagnés de l’amour des
louanges et soutenus de la crainte du déshonneur, que d’autres gens n’y sont
poussés par les instinct de la conscience. IV. Le scandale devrait être beaucoup
plus grand lorsqu’on voit tant de personnes persuadées des vérités de la Religion et plongées dans le crime ». Diderot n’oublie pas la thèse de l’« athée vertueux » pour étayer sa doctrine d’une morale dépendante uniquement de la
connaissance de l’homme physique (voire, psychophysique) et, donc, de la
médecine; sur la philosophie hétérodoxe de Bayle: G. Mori, Bayle philosophe,
Paris, 1999.
100 Pascal B., Pensées de M. P. sur la religion et sur quelques autres sujets,
qui ont été trouvées après sa mort parmi ses papiers, Paris, 1670; Pensées et
opuscules, éd. L. Brunschvicg, Paris, 1909, § 233: « Parlons maintenant selon
les lumières naturelles. S’il y a un Dieu il est infiniment incompréhensible
puisque n’ayant ni parties, ni bornes, il n’a nul rapport à nous. Nous sommes
donc incapables de connaître ni ce qu’il est, ni s’il est. Cela étant qui osera entreprendre de résoudre cette question? Ce n’est pas nous qui n’avons aucun rapport à lui »; il faut souligner la valeur de cette utilisation antichrétienne d’un
argument apologétique par absurde (« le pari »), qui est un tòpos de la littérature
clandestine de l’âge classique, mais aussi des Lumières: voir l’édition des Pensées préparée par Condorcet en 1776, avec des notes critiques de Voltaire, qui
rompt la tradition de Port Royal, celle que Diderot vraisemblablement lisait; cf.
H. Nakagawa, « Trois Pascal dans la pensée de Diderot », dans Des Lumières et
du comparatisme. Un regard japonais sur le XVIII
e siècle, Paris, 1992, pp. 35-64.
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essentiellement hétérogène avec l’instrument, qui n’a aucune
sorte de toucher et qui pince des cordes.
P
L’organisation et la vie,
voilà l’âme.
Q
Ils accusent les athées de mauvaises mœurs, les athées à qui
ils n’ont jamais vu faire d’action malhonnête au milieu de dévots
souillés de toutes sortes de crimes
99
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Ils assurent que l’existence de Dieu est évidente et Pascal dit
expressément de Dieu: on ne sait ni ce qu’il est, ni s’il est
100 .
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dedans ou au dehors de l’animal; une seconde sensation et des voix qui les désignent par des sons naturels ou conventionnels ».
P L’organisation et la vie, voilà l’âme; encore l’organisation est-elle si
variable !…
Q Et ces malheureux fanatiques accusent les athées…
99 Cf. P. Bayle, Pensées diverses, écrites à un docteur de Sorbonne à l’occasion de la comète qui parut au mois de décembre 1680, Rotterdam, 1683,
§§ 104-105 ss., §§ 133-136 et § 160; Dictionnaire historique et critique, Rotterdam, 1697, vol. IV, p. 627: « Mettons donc parmi les notions communes cet
aphorisme de Morale, La crainte et l’amour de la Divinité ne sont pas toujours
le principe le plus actif des actions de l’homme. III. Cela étant, il ne faut point
considérer comme un Paradoxe scandaleux, mais plutôt comme une chose très
possible, que des gens sans Religion soient plus fortement poussés vers les
bonnes mœurs par les ressorts du tempérament, accompagnés de l’amour des
louanges et soutenus de la crainte du déshonneur, que d’autres gens n’y sont
poussés par les instinct de la conscience. IV. Le scandale devrait être beaucoup
plus grand lorsqu’on voit tant de personnes persuadées des vérités de la Religion et plongées dans le crime ». Diderot n’oublie pas la thèse de l’« athée vertueux » pour étayer sa doctrine d’une morale dépendante uniquement de la
connaissance de l’homme physique (voire, psychophysique) et, donc, de la
médecine; sur la philosophie hétérodoxe de Bayle: G. Mori, Bayle philosophe,
Paris, 1999.
100 Pascal B., Pensées de M. P. sur la religion et sur quelques autres sujets,
qui ont été trouvées après sa mort parmi ses papiers, Paris, 1670; Pensées et
opuscules, éd. L. Brunschvicg, Paris, 1909, § 233: « Parlons maintenant selon
les lumières naturelles. S’il y a un Dieu il est infiniment incompréhensible
puisque n’ayant ni parties, ni bornes, il n’a nul rapport à nous. Nous sommes
donc incapables de connaître ni ce qu’il est, ni s’il est. Cela étant qui osera entreprendre de résoudre cette question? Ce n’est pas nous qui n’avons aucun rapport à lui »; il faut souligner la valeur de cette utilisation antichrétienne d’un
argument apologétique par absurde (« le pari »), qui est un tòpos de la littérature
clandestine de l’âge classique, mais aussi des Lumières: voir l’édition des Pensées préparée par Condorcet en 1776, avec des notes critiques de Voltaire, qui
rompt la tradition de Port Royal, celle que Diderot vraisemblablement lisait; cf.
H. Nakagawa, « Trois Pascal dans la pensée de Diderot », dans Des Lumières et
du comparatisme. Un regard japonais sur le XVIII
e siècle, Paris, 1992, pp. 35-64.
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