rez les dernières pages de Needham
97
). Si l’on juge de la clarté de
leurs idées par la manière dont ils s’expriment, que leur tête est
ténébreuse !
O
Pour expliquer ce qu’ils ne peuvent comprendre, ils ont
recours à un petit harpeur inintelligible
98
, qui n’est pas même atoand Descartes cit., pp. 127ss. ; R. Descartes, Discours de la méthode, dans Œuvres
cit., vol. VI, pp. 18 et 33: «…ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce
qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse
aucune occasion de le mettre en doute […] je jugeai que je pouvais prendre pour
règle générale que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies, mais qu’il y a seulement quelque difficulté à bien remarquer quelles sont celles que nous concevons distinctement »; supra, Partie I, chap.
III: « Homme. Ame », p. 149, notes 76-77; Introduction, 2.1, note 52.
97 Cf. J. T. Needham, Nouvelles observations microscopiques cit., pp. 500
ss. ; c’est une critique remarquable de Needham, auquel Diderot avait fait, par
ailleurs, confiance, en ce qui concernait la question de la nature végétative et
productive de la matière organique; supra, Partie I, chap. I, p. 114: «Végétoanimal. Contiguïté du règne végétal et du règne animal», note 19; Introduction,
2.3, 3.3.
O Pourquoi recourir à un petit harpeur inintelligible […] et qui pince des
cordes?
98 Cf. F. Hemsterhuis, Lettre sur l’homme et ses rapports, avec le commentaire inédit de Diderot, éd. G. May, New Haven et Paris, 1964 (OD, I, p. 734),
c’est la critique de l’image d’un « petit harpeur » – dans notre tête – que le néoplatonicien postulait pour expliquer les phénomènes d’association d’idées et
d’action de l’âme sur le corps: «*L’âme
204 , pour se rappeler les idées, met en
mouvement les dernières fibres de l’organe qui sont tournées de son côté**
205 .
204. *Ce n’est pas tout à fait ainsi que cela s’exécute dans mes principes; mais
la différence n’est que dans un mot; au lieu d’âme, je dis l’origine du faisceau
ou l’homme; vous avez là un petit harpeur, inintelligible, qui n’est pas dans le
lieu, qui n’a point d’organes, aucune sorte de toucher, et qui pince des cordes.
Moi je m’en passe fort bien. (F) 205. **Je ne sais si vous pouvez dire que l’âme
soit dans le corps; ni de quel côté elle est. Est-ce que vous imaginez du contact
entre une âme et un corps? ou il y a en effet contact, et ce sont deux corps. Ou il
n’y a nul contact, et la communication des sensations est un miracle perpétuel.
Mais pourquoi n’y a-t-il point de contact? Prenez garde à la réponse que vous
ferez car elle prouvera également contre le défaut de contact et toutes les conséquences de ce défaut, entre l’esprit et la matière; entre la matière et Dieu »; cf.
aussi Le Rêve cit, pp. 102-103: « Nous sommes des instruments doués de sensibilité et de mémoire. Nos sens sont autant de touches qui sont pincées par la
nature qui nous environne, et qui se pincent souvent elles-mêmes; et voici, à
mon jugement, tout ce qui se passe dans un clavecin organisé comme vous et
moi. Il y a une impression qui a sa cause au dedans ou au dehors de l’instrument,
une sensation qui naît de cette impression, une sensation qui dure; car il est
impossible d’imaginer qu’elle se fasse et qu’elle s’éteigne dans un instant indivisible; une autre impression qui lui succède et qui a pareillement sa cause au
PHÉNOMÈNES DU CERVEAU
357
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 357
97
). Si l’on juge de la clarté de
leurs idées par la manière dont ils s’expriment, que leur tête est
ténébreuse !
O
Pour expliquer ce qu’ils ne peuvent comprendre, ils ont
recours à un petit harpeur inintelligible
98
, qui n’est pas même atoand Descartes cit., pp. 127ss. ; R. Descartes, Discours de la méthode, dans Œuvres
cit., vol. VI, pp. 18 et 33: «…ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce
qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse
aucune occasion de le mettre en doute […] je jugeai que je pouvais prendre pour
règle générale que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies, mais qu’il y a seulement quelque difficulté à bien remarquer quelles sont celles que nous concevons distinctement »; supra, Partie I, chap.
III: « Homme. Ame », p. 149, notes 76-77; Introduction, 2.1, note 52.
97 Cf. J. T. Needham, Nouvelles observations microscopiques cit., pp. 500
ss. ; c’est une critique remarquable de Needham, auquel Diderot avait fait, par
ailleurs, confiance, en ce qui concernait la question de la nature végétative et
productive de la matière organique; supra, Partie I, chap. I, p. 114: «Végétoanimal. Contiguïté du règne végétal et du règne animal», note 19; Introduction,
2.3, 3.3.
O Pourquoi recourir à un petit harpeur inintelligible […] et qui pince des
cordes?
98 Cf. F. Hemsterhuis, Lettre sur l’homme et ses rapports, avec le commentaire inédit de Diderot, éd. G. May, New Haven et Paris, 1964 (OD, I, p. 734),
c’est la critique de l’image d’un « petit harpeur » – dans notre tête – que le néoplatonicien postulait pour expliquer les phénomènes d’association d’idées et
d’action de l’âme sur le corps: «*L’âme
204 , pour se rappeler les idées, met en
mouvement les dernières fibres de l’organe qui sont tournées de son côté**
205 .
204. *Ce n’est pas tout à fait ainsi que cela s’exécute dans mes principes; mais
la différence n’est que dans un mot; au lieu d’âme, je dis l’origine du faisceau
ou l’homme; vous avez là un petit harpeur, inintelligible, qui n’est pas dans le
lieu, qui n’a point d’organes, aucune sorte de toucher, et qui pince des cordes.
Moi je m’en passe fort bien. (F) 205. **Je ne sais si vous pouvez dire que l’âme
soit dans le corps; ni de quel côté elle est. Est-ce que vous imaginez du contact
entre une âme et un corps? ou il y a en effet contact, et ce sont deux corps. Ou il
n’y a nul contact, et la communication des sensations est un miracle perpétuel.
Mais pourquoi n’y a-t-il point de contact? Prenez garde à la réponse que vous
ferez car elle prouvera également contre le défaut de contact et toutes les conséquences de ce défaut, entre l’esprit et la matière; entre la matière et Dieu »; cf.
aussi Le Rêve cit, pp. 102-103: « Nous sommes des instruments doués de sensibilité et de mémoire. Nos sens sont autant de touches qui sont pincées par la
nature qui nous environne, et qui se pincent souvent elles-mêmes; et voici, à
mon jugement, tout ce qui se passe dans un clavecin organisé comme vous et
moi. Il y a une impression qui a sa cause au dedans ou au dehors de l’instrument,
une sensation qui naît de cette impression, une sensation qui dure; car il est
impossible d’imaginer qu’elle se fasse et qu’elle s’éteigne dans un instant indivisible; une autre impression qui lui succède et qui a pareillement sa cause au
PHÉNOMÈNES DU CERVEAU
357
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 357
