Conclusion
L
Comment est-il arrivé qu’il n’y a rien de si fou, qui n’ait été
dit par quelque philosophe? Point de songe extravagant, qui n’ait
été donné pour la vérité
M
par un sage?
95 C’est l’ignorance qui ne
connaît pas les phénomènes, l’imbécillité qui n’y voit aucune difficulté, l’insouciance qui les prend pour ce qu’ils sont, sans en
chercher la raison qui sauve les autres hommes de ces écarts.
N
N’est-il pas bien étonnant de voir des auteurs, dont les ouvrages
sont remplis de visions, affecter du mépris pour ceux dont l’esprit
juste et ferme n’admet que ce qu’il conçoit clairement?
96 (Parcoudans chacun et dans toute l’économie animale; car un corps mort diffère plus
encore au-dedans d’un corps vivant, qu’il n’en diffère à l’extérieur. La conservation des hommes et les progrès de l’art de les guérir, sont des objets si importants, que dans une société bien policée, les prêtres ne devraient recevoir les
cadavres que des mains de l’Anatomiste, et qu’il devrait y avoir une loi qui
défendit l’inhumation d’un corps, avant son ouverture. Quelle de connaissances
n’acquerrait-on pas par ce moyen ! Combien de phénomènes qu’on ne soupçonne pas, et qu’on ignorera toujours, parce qu’il n’y a que la dissection fréquente des cadavres qui puisse les faire apercevoir ! La conservation de la vie
est un objet dont les particuliers s’occupent assez, mais qui me semble trop
négligé par la société. Voyez les articles Funérailles, Bûcher, Sépulcre, Tombeau, etc.»; Diderot ici reprend à la lettre son article de 1752 – écrit en collaboration avec D’Alembert (O) et Toussaint (H) –, qui souhaitaient l’avènement
d’un institut gouvernemental de « santé publique », celui même que P.G.J. Cabanis, avec ses collègues fondateurs de l’Ecole de Médecine, auraient réalisé au
sein de la nouvelle République, en 1795: Coup d’œil sur les révolutions et sur
la réforme de la médecine cit., chap. IV, pp. 335-345: «§ III. Relations de la
Médecine avec la Morale »; sur le processus de laïcisation de l’expérience de la
mort, grâce à la médecine, voir Introduction, 4.2.
L PHILOSOPHES. Comment est-il arrivé…
M par un sage. Comment cela? C’est l’imbécillité et l’ignorance: l’ignorance qui ne connaît…
95 La critique des « songes extravagants », des folies de philosophes, a été
suggéré par Cicéron (De divinatione, II, 119), qui reprochait Pythagore et Platon, locupletissimi auctores, d’avoir cédé à la « superstition » des haruspices, à
propos de l’onirocritique: Sed nescio quo modo nihil tam absurde dici potest
quod non dicatur ab aliquo philosophorum [« Mais je ne sais pas comment se
fait-il qu’on ne puisse imaginer rien d’aussi absurde qu’il n’ait été pas affirmé
par quelque philosophe »]; cf. éd. it. par S. Timpanaro, Introduzione, pp. VII-CIV.
N SUR LES INTOLÉRANTS. N’est-il pas […] des auteurs, des barbouilleurs de
papier, dont les ouvrages…
96 Il faut souligner l’inspiration méthodique, qu’on pourrait dire néo-cartésienne, de cette observation; il y a insisté, et pour cause, A. Vartanian, Diderot
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PARTIE III
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 356
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Comment est-il arrivé qu’il n’y a rien de si fou, qui n’ait été
dit par quelque philosophe? Point de songe extravagant, qui n’ait
été donné pour la vérité
M
par un sage?
95 C’est l’ignorance qui ne
connaît pas les phénomènes, l’imbécillité qui n’y voit aucune difficulté, l’insouciance qui les prend pour ce qu’ils sont, sans en
chercher la raison qui sauve les autres hommes de ces écarts.
N
N’est-il pas bien étonnant de voir des auteurs, dont les ouvrages
sont remplis de visions, affecter du mépris pour ceux dont l’esprit
juste et ferme n’admet que ce qu’il conçoit clairement?
96 (Parcoudans chacun et dans toute l’économie animale; car un corps mort diffère plus
encore au-dedans d’un corps vivant, qu’il n’en diffère à l’extérieur. La conservation des hommes et les progrès de l’art de les guérir, sont des objets si importants, que dans une société bien policée, les prêtres ne devraient recevoir les
cadavres que des mains de l’Anatomiste, et qu’il devrait y avoir une loi qui
défendit l’inhumation d’un corps, avant son ouverture. Quelle de connaissances
n’acquerrait-on pas par ce moyen ! Combien de phénomènes qu’on ne soupçonne pas, et qu’on ignorera toujours, parce qu’il n’y a que la dissection fréquente des cadavres qui puisse les faire apercevoir ! La conservation de la vie
est un objet dont les particuliers s’occupent assez, mais qui me semble trop
négligé par la société. Voyez les articles Funérailles, Bûcher, Sépulcre, Tombeau, etc.»; Diderot ici reprend à la lettre son article de 1752 – écrit en collaboration avec D’Alembert (O) et Toussaint (H) –, qui souhaitaient l’avènement
d’un institut gouvernemental de « santé publique », celui même que P.G.J. Cabanis, avec ses collègues fondateurs de l’Ecole de Médecine, auraient réalisé au
sein de la nouvelle République, en 1795: Coup d’œil sur les révolutions et sur
la réforme de la médecine cit., chap. IV, pp. 335-345: «§ III. Relations de la
Médecine avec la Morale »; sur le processus de laïcisation de l’expérience de la
mort, grâce à la médecine, voir Introduction, 4.2.
L PHILOSOPHES. Comment est-il arrivé…
M par un sage. Comment cela? C’est l’imbécillité et l’ignorance: l’ignorance qui ne connaît…
95 La critique des « songes extravagants », des folies de philosophes, a été
suggéré par Cicéron (De divinatione, II, 119), qui reprochait Pythagore et Platon, locupletissimi auctores, d’avoir cédé à la « superstition » des haruspices, à
propos de l’onirocritique: Sed nescio quo modo nihil tam absurde dici potest
quod non dicatur ab aliquo philosophorum [« Mais je ne sais pas comment se
fait-il qu’on ne puisse imaginer rien d’aussi absurde qu’il n’ait été pas affirmé
par quelque philosophe »]; cf. éd. it. par S. Timpanaro, Introduzione, pp. VII-CIV.
N SUR LES INTOLÉRANTS. N’est-il pas […] des auteurs, des barbouilleurs de
papier, dont les ouvrages…
96 Il faut souligner l’inspiration méthodique, qu’on pourrait dire néo-cartésienne, de cette observation; il y a insisté, et pour cause, A. Vartanian, Diderot
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