I
Toute sensation, toute affection étant corporelles, il s’ensuit
qu’il y a une médecine physique également applicable au corps et
à l’âme; mais je la crois presque impraticable, parce qu’il n’y
aurait que la dernière perfection de la physiologie, portée du tout
aux organes, des organes
J
à leur correspondance: en un mot
presque jusqu’à la molécule élémentaire, qui prévint les dangers
de cette pratique.
Je ne sais s’il n’en est pas de la morale ainsi que de la médecine qui n’a commencé à se perfectionner qu’à mesure que les
vices de l’homme ont rendu les maladies plus communes, plus
compliquées et plus dangereuses.
Quand les mœurs nationales sont pures, les corps sont sains et
les maladies simples. Les préceptes de cette morale délicate et
relevée, la science de cette médecine subtile et profonde
K
ne sont
pas communs et l’on n’a point eu d’intérêt à les rechercher. Où
trouverez-vous, donc, des grands médecins et des grands moralistes? Dans les sociétés les plus nombreuses et les plus dissolues, dans les capitales des empires. Comment perfectionner la
médecine? En multipliant, en rendant générale l’ouverture des
cadavres
91
.
physique.] Mais la faiblesse physique, loin d’entraîner à cette sorte de dépravation, en éloigne. Je crois qu’il en faut chercher la cause dans la chaleur du climat, dans le mépris pour un sexe faible, dans l’insipidité du plaisir entre les bras
d’une femme harassée de fatigues, dans l’inconstance du goût, dans la bizarrerie qui pousse en tout à des jouissances moins communes, dans une recherche de
volupté plus facile à concevoir qu’honnête à expliquer ».
H FNR: Il y a quelque apparence qu’on tirerait une liqueur spiritueuse de
toutes les moelles contenues dans les plantes longues et divisées par nœuds:
miel des abeilles, raisins, canne à sucre. (p. 22, l. 3-7; AT, 262).
I Toute sensation, affection étant corporelle, il s’ensuit…
J à leurs correspondances…
K ne sont pas connus…
91 Ici se termine ce chapitre dans SP. Le dernier alinéa est ajouté dans V, qui
expose en abrégé les idées de Diderot, en matière d’anatomie et d’autopsie, qu’il
exposa déjà dans Enc. II, pp. 510b-511a: article « Cadavre »; voir aussi l’Essai sur
les règnes de Claude et de Néron cit., pp. 366-368: « Combien de fois n’arrive-t-il
pas que les préjugés, les usages, les coutumes, les religions, les lois mêmes s’opposent aux progrès ! J’en citerai l’anatomie pour exemple. Nos gymnases publics
de médecine et de chirurgie, quoique les moins utiles à l’instruction, ont seuls le
droit de demander des cadavres au grand hôpital, qui ne leur en fournit pas le
trentième du besoins. La plupart sont infectés de scorbut, d’ulcères, d’abcès et
d’autres maladies contagieuses […] on corrompt les fossoyeurs; on force les
grilles; on escalade les murs; on s’expose aux animaux qui veillent dans ces
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PARTIE III
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 354
Toute sensation, toute affection étant corporelles, il s’ensuit
qu’il y a une médecine physique également applicable au corps et
à l’âme; mais je la crois presque impraticable, parce qu’il n’y
aurait que la dernière perfection de la physiologie, portée du tout
aux organes, des organes
J
à leur correspondance: en un mot
presque jusqu’à la molécule élémentaire, qui prévint les dangers
de cette pratique.
Je ne sais s’il n’en est pas de la morale ainsi que de la médecine qui n’a commencé à se perfectionner qu’à mesure que les
vices de l’homme ont rendu les maladies plus communes, plus
compliquées et plus dangereuses.
Quand les mœurs nationales sont pures, les corps sont sains et
les maladies simples. Les préceptes de cette morale délicate et
relevée, la science de cette médecine subtile et profonde
K
ne sont
pas communs et l’on n’a point eu d’intérêt à les rechercher. Où
trouverez-vous, donc, des grands médecins et des grands moralistes? Dans les sociétés les plus nombreuses et les plus dissolues, dans les capitales des empires. Comment perfectionner la
médecine? En multipliant, en rendant générale l’ouverture des
cadavres
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physique.] Mais la faiblesse physique, loin d’entraîner à cette sorte de dépravation, en éloigne. Je crois qu’il en faut chercher la cause dans la chaleur du climat, dans le mépris pour un sexe faible, dans l’insipidité du plaisir entre les bras
d’une femme harassée de fatigues, dans l’inconstance du goût, dans la bizarrerie qui pousse en tout à des jouissances moins communes, dans une recherche de
volupté plus facile à concevoir qu’honnête à expliquer ».
H FNR: Il y a quelque apparence qu’on tirerait une liqueur spiritueuse de
toutes les moelles contenues dans les plantes longues et divisées par nœuds:
miel des abeilles, raisins, canne à sucre. (p. 22, l. 3-7; AT, 262).
I Toute sensation, affection étant corporelle, il s’ensuit…
J à leurs correspondances…
K ne sont pas connus…
91 Ici se termine ce chapitre dans SP. Le dernier alinéa est ajouté dans V, qui
expose en abrégé les idées de Diderot, en matière d’anatomie et d’autopsie, qu’il
exposa déjà dans Enc. II, pp. 510b-511a: article « Cadavre »; voir aussi l’Essai sur
les règnes de Claude et de Néron cit., pp. 366-368: « Combien de fois n’arrive-t-il
pas que les préjugés, les usages, les coutumes, les religions, les lois mêmes s’opposent aux progrès ! J’en citerai l’anatomie pour exemple. Nos gymnases publics
de médecine et de chirurgie, quoique les moins utiles à l’instruction, ont seuls le
droit de demander des cadavres au grand hôpital, qui ne leur en fournit pas le
trentième du besoins. La plupart sont infectés de scorbut, d’ulcères, d’abcès et
d’autres maladies contagieuses […] on corrompt les fossoyeurs; on force les
grilles; on escalade les murs; on s’expose aux animaux qui veillent dans ces
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