les serviteurs ne sont pas faits pour demeurer dans l’inertie; alors
les trois grandes opérations sont suspendues, la conservation, la
nutrition, la propagation
88
. L’homme de la nature est fait pour
penser peu et agir beaucoup: la science, au contraire, pense beaucoup et se remue peu. On a très bien remarqué qu’il y avait dans
l’homme une énergie qui sollicitait de l’emploi, mais celui que
l’étude lui donne n’est pas le vrai, puisqu’elle le concentre, et
qu’elle est accompagnée de l’oubli de toutes les choses animales.
F
Nous ne faisons pas assez d’usage des indications de la
nature. On a remarqué que les habitants des climats brûlants ont
la peau huileuse et aucun des étrangers ne s’avise de recourir aux
onctions
G
de la même espèce
89
. Les Américains graissent leur
peau, quand elle cesse d’être huileuse
90
, ou lui restituent la
vigueur par l’onction de l’huile du palmier
H
.
Cette sentence me fait peur. – Que prouvent cet épuisement, cette lassitude?
Que les brins du faisceau ne sont pas restés oisifs, et qu’il y avait dans tout le
système une tension violente vers un centre commun. – Si cette tension ou tendance violente dure, si elle devient habituelle? – C’est un tic de l’origine du
faisceau; l’animal est fou, et fou presque sans ressource. – Et pourquoi? – C’est
qu’il n’en est pas du tic de l’origine comme du tic d’un des brins. La tête peut
bien commander aux pieds, mais non pas le pied à la tête; l’origine à un des
brins, mais non pas le brin à l’origine ».
88 Cf. Buffon, Histoire naturelle cit. vol. II, pp. 18-47: « Chap. II. De la
Reproduction en général »; pp. 41-53: « Chap. III. De la nutrition et du développement »; pp. 53-73: « De la Génération des animaux »; sur le « triumvirat » de
la vie.
F ONCTIONS HUILEUSES. Nous ne faisons…
G de la même nature. […] d’être huileuse; on lui restitue la vigueur par
l’onction de l’huile de palmier.
89 Cf. Voyage en Hollande cit., pp. 134-136: « J’ai vu à La Haye un jeune
Anglais appelé Gordon qui revenait du cap de Bonne-Esperance où il avait
séjourné plusieurs années. Je le questionnai sur les Hottentots. Il m’assura qu’ils
n’étaient nullement stupides comme on le croyait […]. Les Hottentots se frottent de la graisse des animaux, bœufs, mouton, buffles, serpents. Ils en ont les
membres plus souples, la transpiration moins abondante, le corps moins exposé
aux insectes, leur pieds nus moins sensibles à la dureté des cailloux, ils marchent plus longtemps et ils en sont moins fatigués, mais ils exhalent une puanteur qui se répand jusqu’à cinquante pas à la ronde. Ils oignent aussi de la graisse
qui reste de leurs repas ».
90 Par ailleurs, Diderot critique les mœurs des américains, en matière de
« physique »; cf. Contribution à l’Histoire des deux Indes, dans OD, III, p. 597:
«10. Du goût antiphysique des Américains. [En Amérique, les hommes se
livraient généralement à cette débauche honteuse qui choque la nature et pervertit l’instinct animal. On a voulu attribuer cette dépravation à la faiblesse
PHÉNOMÈNES DU CERVEAU
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les trois grandes opérations sont suspendues, la conservation, la
nutrition, la propagation
88
. L’homme de la nature est fait pour
penser peu et agir beaucoup: la science, au contraire, pense beaucoup et se remue peu. On a très bien remarqué qu’il y avait dans
l’homme une énergie qui sollicitait de l’emploi, mais celui que
l’étude lui donne n’est pas le vrai, puisqu’elle le concentre, et
qu’elle est accompagnée de l’oubli de toutes les choses animales.
F
Nous ne faisons pas assez d’usage des indications de la
nature. On a remarqué que les habitants des climats brûlants ont
la peau huileuse et aucun des étrangers ne s’avise de recourir aux
onctions
G
de la même espèce
89
. Les Américains graissent leur
peau, quand elle cesse d’être huileuse
90
, ou lui restituent la
vigueur par l’onction de l’huile du palmier
H
.
Cette sentence me fait peur. – Que prouvent cet épuisement, cette lassitude?
Que les brins du faisceau ne sont pas restés oisifs, et qu’il y avait dans tout le
système une tension violente vers un centre commun. – Si cette tension ou tendance violente dure, si elle devient habituelle? – C’est un tic de l’origine du
faisceau; l’animal est fou, et fou presque sans ressource. – Et pourquoi? – C’est
qu’il n’en est pas du tic de l’origine comme du tic d’un des brins. La tête peut
bien commander aux pieds, mais non pas le pied à la tête; l’origine à un des
brins, mais non pas le brin à l’origine ».
88 Cf. Buffon, Histoire naturelle cit. vol. II, pp. 18-47: « Chap. II. De la
Reproduction en général »; pp. 41-53: « Chap. III. De la nutrition et du développement »; pp. 53-73: « De la Génération des animaux »; sur le « triumvirat » de
la vie.
F ONCTIONS HUILEUSES. Nous ne faisons…
G de la même nature. […] d’être huileuse; on lui restitue la vigueur par
l’onction de l’huile de palmier.
89 Cf. Voyage en Hollande cit., pp. 134-136: « J’ai vu à La Haye un jeune
Anglais appelé Gordon qui revenait du cap de Bonne-Esperance où il avait
séjourné plusieurs années. Je le questionnai sur les Hottentots. Il m’assura qu’ils
n’étaient nullement stupides comme on le croyait […]. Les Hottentots se frottent de la graisse des animaux, bœufs, mouton, buffles, serpents. Ils en ont les
membres plus souples, la transpiration moins abondante, le corps moins exposé
aux insectes, leur pieds nus moins sensibles à la dureté des cailloux, ils marchent plus longtemps et ils en sont moins fatigués, mais ils exhalent une puanteur qui se répand jusqu’à cinquante pas à la ronde. Ils oignent aussi de la graisse
qui reste de leurs repas ».
90 Par ailleurs, Diderot critique les mœurs des américains, en matière de
« physique »; cf. Contribution à l’Histoire des deux Indes, dans OD, III, p. 597:
«10. Du goût antiphysique des Américains. [En Amérique, les hommes se
livraient généralement à cette débauche honteuse qui choque la nature et pervertit l’instinct animal. On a voulu attribuer cette dépravation à la faiblesse
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