Ce qui est poison pour un animal, ne l’est pas pour un autre.
Celui-ci se nourrit de ce qui tue celui-là.
Y
Miasmes, contagion. La frayeur de la peste la répand. Les
parents, les amis sont plus disposés à prendre les maladies contagieuses par la crainte et par le chagrin que le médecin indifférent.
Z
Pas de livres que je lise plus volontiers, que les livres de
médecine, pas d’hommes dont la conversation soit plus intéressante pour moi, que celle des médecins; mais c’est quand je me
porte bien.
Danger pour le malade de savoir la langue courante de la
médecine. Il s’exprime par des mots techniques et tenant à des
hypothèses bien ou mal fondées et il abandonne les vraies voix de
la sensation, qui signifieraient toujours quelque chose de vrai.
Ce ne sont pas les remèdes qui communément agissent sur la
machine entière, c’est le temps, c’est l’âge qui guérit ou qui
accroît le désordre.
Jusqu’à présent il n’y a que quelques remèdes généraux auxquels on puisse avoir confiance, comme le régime,
A
les exercices,
la distraction et le temps et la nature; le reste pourrait être plus fréquemment nuisible que salutaire, n’en déplaise à M. Le Camus
84
,
Y Miasmes, contagion. aj. V.
Z MÉDECINS, MÉDECINE. Pas de livres […] je me porte bien. Danger pour un
malade […] et tenant à d’hypothèses…
A les exercices et les distractions et le temps…
84 V: Le Comus: il s’agit évidement d’Antoine Le Camus, Médecine de
l’esprit cit. éd. 1769
2 . Diderot, qui lit la seconde édition, s’en prend à l’attitude
foncièrement dualiste de Le Camus, qui divise son ouvrage en deux parties, sur
le corps et sur l’âme (vol. I, p. 13: « L’âme a deux puissances actives générales,
l’entendement et la volonté »), tout en les unissant, de fait, et à sa confiance
naïve dans les possibilités de la médecine pour l’éducation de l’homme (vol. II,
p. 54): « Mais, dira-t-on, pensez-vous de bonne foi faire un homme d’esprit d’un
stupide? Oui, nous le croyons. Modifiez d’abord différemment ses organes,
ensuite instruisez-le, et donnez-lui les mêmes soins que ceux que vous apporteriez aux personnes qui jouiraient des meilleures dispositions ». On ne saurait
sous-estimer la prudence de Diderot à cet égard, qui était, sur le fond, d’accord
avec Le Camus et son projet (vol. I, p. 2: « Un des avantages de la médecine, la
connaissance de soi-même », vol. II, p. 371: « Le Médecin doit songer à régler
les penchants et les fonctions animales des hommes »). C’est un sujet qui rappelle la polémique, encore vive, avec Helvétius (DPV, XXIV). A propos des
saignées, purgations etc. cf. Médecine cit., vol. II, pp. 200 et 216; et aussi Le
Camus, Mémoires sur divers sujets de médecine, Paris, 1760, pp. 285-314:
« Projet pour conserver l’espèce des hommes bien faits, réserver les hommes
vigoureux pour la culture des terres, et d’augmenter le nombre des soldats ».
PHÉNOMÈNES DU CERVEAU
351
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 351
Précédent

- 352/514

Suivant