Elle en reçoit beaucoup du fait suivant, dont j’ai été témoin.
Un musicien est au clavecin: il cause avec son voisin; la conversation l’intéresse; il oublie qu’il fait sa partie dans un concert:
cependant ses yeux, son oreille et ses doigts n’en sont pas moins
d’accord entre eux: pas une fausse note; pas un accord déplacé,
pas un silence oublié; pas la moindre faute contre le mouvement,
le goût et la mesure. La conversation cesse, notre musicien
revient à sa partition; sa tête est perdue; il ne sait où il en est:
l’homme est troublé, l’animal est dérouté. Si la distraction de
l’homme eût duré quelques minutes de plus, l’animal eût suivi le
concert jusqu’à la fin, sans que l’homme s’en fût douté. Voilà
donc des organes sensibles et
J
vivants, accouplés, sympathisants
et concourants à un même but, sans la participation de
K
l’animal
entier.
L
L’homme peut donc être regardé comme un assemblage
d’animaux, où chacun garde sa fonction particulière et sympathise, soit naturellement, soit par habitude, avec les autres.
M
Pourquoi ces petits animaux, ou organes, n’auraient-ils pas
des goûts dépravés? Pourquoi n’auraient-ils pas
N
leur digestion?
Ils ont certainement leur nourriture et leur excrétion particulière:
chacun a sa transpiration propre: bref toutes fonctions plus distinctes qu’en différents animaux.
Qu’est-ce qu’un remède propre à tel organe? C’est un aliment
qui lui convient. Comment le discerner? Par l’expérience.
Examinez ce qui se passe en vous, ce n’est jamais vous qui
voulez manger ou vomir, c’est l’estomac; pisser, c’est la vessie;
et ainsi des autres fonctions. Veuillez tant qu’il vous plaira, il ne
s’opérera rien, si l’organe ne le veut aussi. Vous voulez jouir de la
femme que vous aimez, mais quand jouirez-vous?
O
Quand l’organe le voudra.
J vivants, accouplés, sympathisants soit par habitude, soit naturellement, et
concourants à un même but…
K l’animal entier. On peut tirer de ce fait, que je garantis, quelques conclusions importantes.
L Homme assemblage d’animaux […] sa fonction.
M Pourquoi ces petits animaux-là n’auraient-ils pas aussi des goûts dépravés?
N leur digestion? Par conséquent une digestion, une nourriture et une excrétion particulière. Les organes ont leur transpiration propre:…
O Quand le vit le voudra.
338
PARTIE III
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 338
Un musicien est au clavecin: il cause avec son voisin; la conversation l’intéresse; il oublie qu’il fait sa partie dans un concert:
cependant ses yeux, son oreille et ses doigts n’en sont pas moins
d’accord entre eux: pas une fausse note; pas un accord déplacé,
pas un silence oublié; pas la moindre faute contre le mouvement,
le goût et la mesure. La conversation cesse, notre musicien
revient à sa partition; sa tête est perdue; il ne sait où il en est:
l’homme est troublé, l’animal est dérouté. Si la distraction de
l’homme eût duré quelques minutes de plus, l’animal eût suivi le
concert jusqu’à la fin, sans que l’homme s’en fût douté. Voilà
donc des organes sensibles et
J
vivants, accouplés, sympathisants
et concourants à un même but, sans la participation de
K
l’animal
entier.
L
L’homme peut donc être regardé comme un assemblage
d’animaux, où chacun garde sa fonction particulière et sympathise, soit naturellement, soit par habitude, avec les autres.
M
Pourquoi ces petits animaux, ou organes, n’auraient-ils pas
des goûts dépravés? Pourquoi n’auraient-ils pas
N
leur digestion?
Ils ont certainement leur nourriture et leur excrétion particulière:
chacun a sa transpiration propre: bref toutes fonctions plus distinctes qu’en différents animaux.
Qu’est-ce qu’un remède propre à tel organe? C’est un aliment
qui lui convient. Comment le discerner? Par l’expérience.
Examinez ce qui se passe en vous, ce n’est jamais vous qui
voulez manger ou vomir, c’est l’estomac; pisser, c’est la vessie;
et ainsi des autres fonctions. Veuillez tant qu’il vous plaira, il ne
s’opérera rien, si l’organe ne le veut aussi. Vous voulez jouir de la
femme que vous aimez, mais quand jouirez-vous?
O
Quand l’organe le voudra.
J vivants, accouplés, sympathisants soit par habitude, soit naturellement, et
concourants à un même but…
K l’animal entier. On peut tirer de ce fait, que je garantis, quelques conclusions importantes.
L Homme assemblage d’animaux […] sa fonction.
M Pourquoi ces petits animaux-là n’auraient-ils pas aussi des goûts dépravés?
N leur digestion? Par conséquent une digestion, une nourriture et une excrétion particulière. Les organes ont leur transpiration propre:…
O Quand le vit le voudra.
338
PARTIE III
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 338
