quent parfaitement distraits sur tout ce qui se rencontre, se passe,
nous touche, s’oppose à nous, nous environne,
D
sans accidents,
sans nous tuer, sans blesser les autres? Comment se fait-il que dans
les choses de pure habitude et de pure sensation nous les fassions
E
d’autant mieux que nous y pensons moins? Nous montons parfaitement bien notre escalier, pendant la nuit, si nous n’y pensons pas.
Nous commençons à tâtonner quand nous y pensons. Le jour, l’esprit occupé, nous le montons, nous le descendons comme s’il faisait nuit. Il y a plus: il fait nuit en plein midi, dans les rues, pour
celui qui pense profondément et nuit profonde
70
. L’œil nous mène;
nous sommes l’aveugle. L’œil est le chien qui nous conduit; et si
l’œil n’était pas réellement un animal se prêtant à la diversité des
sensations, comment nous conduirait-il? Car ce n’est pas ici une
affaire d’habitude. Les obstacles qu’il évite sont, à
F
chaque instant,
nouveaux pour lui. L’œil voit, l’œil vit, l’œil sent, l’œil conduit de
lui-même, l’œil évite les obstacles, l’œil nous mène et nous mène
sûrement: l’œil ne se trompe que sur les choses qu’il ne voit pas.
L’œil est frappé subitement
G
et il arrête; l’œil accélère, retarde,
détourne, veille à sa conservation propre et à celle du reste de
l’équipage; que fait de plus et de mieux un cocher sur son siège?
C’est que l’œil est un animal dans un animal, exerçant très bien ses
fonctions
H
tout seul
71
. Ainsi des autres organes: idée à laquelle on
peut donner toute la vraisemblance
I
imaginable.
D sans accident, sans nous tuer […] les autres. Comment même se fait-il…
E V: faisions
70 Cf. Le Rêve cit., pp. 185 et 157: « Qu’est-ce qui circonscrit votre étendue
réelle, la vraie sphère de votre sensibilité? – Ma vue et mon toucher. – De jour;
mais la nuit, dans les ténèbres, lorsque vous rêvez surtout à quelque chose
d’abstrait, le jour même, lorsque votre esprit est occupé? – Rien. J’existe
comme en un point; je cesse presque d’être matière, je ne sens que ma pensée;
il n’y a plus ni lieu, ni mouvement, ni corps, ni distance, ni espace pour moi:
l’univers est anéanti pour moi, et je suis nulle pour lui ».
F à chaque instant tout nouveau…
G V: et il s’arrête…
H tout seul. Idées auxquelles on peut donner…
71 Cf. Bordeu, Recherches anatomiques cit., est plus prudent, p. 187: «animal in animali; chaque partie est pour ainsi dire, non pas sans doute un animal
mais une sorte de machine à part qui concourt, à sa façon, à la vie générale du
corps ».
I imaginable. L’HOMME DOUBLE, ANIMAL ET HOMME. Un musicien est au clavecin…
PHÉNOMÈNES DU CERVEAU
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