un « traité », le premier de sa carrière d’écrivain libre et libertin,
parfois désordonné. D’emblée, il réunit ses notes dans un texte
accompli qu’il envisage de présenter aussitôt à l’Impératrice.
Diderot se propose, désormais, d’expliquer et d’éclaircir la nature
de l’être humain en général, par la médecine et les sciences de la
vie, et non par la métaphysique. Les Éléments sont le sommet de
ce projet philosophique sur lequel il concentre ses efforts jusqu’aux derniers instants de sa vie. D’après le témoignage de son
disciple Naigeon: « il songeait à un livre capital, et […] projetait
d’écrire une histoire naturelle et expérimentale de l’homme »
45
.
D’abord, il y a donc ce long travail de recueil: la collation et la
synthèse de matériaux expérimentaux tout à fait non originels.
Diderot fait, dirions-nous, œuvre d’épistémologue. Il puise des
renseignements scientifiques à un grand nombre de sources, sous
forme d’extrait/commentaire, suivant la méthode qui lui convenait
(supra, 2.2). La source primaire, on l’a vu, sont les Elementa physiologiæ corporis humani d’Albrecht von Haller, en huit volumes
– plus volontiers remplacée par le tome unique des Primæ linæ
Physiologiæ du même Haller, traduit en français par Tarin (1752) et
Bordenave (1769). Puis, aussi mentionnés, les Recherches anatomiques sur la positions des glandes et sur leurs actions (1751) de
Th. de Bordeu et d’autres ouvrages des montpelliérains vu ci-dessus. Demeurent ces références établies: Buffon, l’Histoire naturelle (1749-1778), et Maupertuis, l’Essai sur la formation des
corps organisés dans la troisième édition (en français) de 1754,
dont Diderot avait déjà lu et connu les thèses grâce à l’édition latine
de 1751, sous pseudonyme (Dr. Baumann), la Dissertatio de universali naturæ systemate. Le souvenir des thèses maupertuisiennes
sur l’hérédité et la vitalité du cosmos (pensée 50 de l’Interprétation), est encore vif en 1774.
Le titre de l’ouvrage: « Éléments de physiologie », est celui
que l’on trouve, de la main d’un copiste, sur le deuxième manuscrit dont nous disposons, plus tardif, contenu dans le Fonds Vandeul (sigle: V), avec la date « 1778 » sur le dos du volume. Ce
n’est là qu’une des étapes de la rédaction; la date est visiblement
ajoutée et n’est pas fiable. Ce manuscrit V est le texte-base de la
présente édition. Il y a aussi le premier manuscrit que Diderot
prépare pour Catherine II, à partir de ses notes détachées sur la
45 Wilson, Diderot cit., pp. 582-583; sur ce jugement de Naigeon, infra, 2.2
et Appendice A.
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