était satisfaisant et sa propre position était en général de matrice
sceptique. Les Pensée philosophiques (1746) portent témoignage
de cette condition d’oscillation entre un déisme de façade et un
scepticisme de fond. Diderot recherchait – informations, livres,
thèses etc. – sans affirmer des positions fortes, définitives. Se
rapportant aux informations dont nous disposons, il fréquentait
régulièrement médecins et physiologistes, comme il l’avoue dans
les Éléments:
Pas de livres que je lise plus volontiers, que les livres de médecine, pas d’hommes dont la conversation soit plus intéressante
pour moi, que celle des médecins; mais c’est quand je me porte
bien (infra, p. 351).
Diderot était un épigéniste de la première heure. Dans les
Pensées sur l’interprétation de la nature (1753), son adhésion aux
thèses révolutionnaires de Maupertuis et Buffon est avouée. Les
« molécules organiques » sont les premiers éléments de la vie,
postulées par Buffon à côté de la notion théorique (non observable) de « moule organique intérieur » qui seule expliquerait la
formation de l’organisme dans l’espace-temps du développement
embryonnaire. Ces « molécules » sont conjuguées par Diderot
avec les particules élémentaires de matière vivante, douées de
« mémoire », « désir » et « aversion », que Maupertuis théorise
pour l’explication des phénomènes de transmission des caractères héréditaires
44
. C’étaient là des concepts bien connus de
Diderot et assimilés à l’époque des premiers tomes de l’Encyclopédie. Après la période de direction du Dictionnaire, entre 1769
et 1774, Diderot réécrit son chef-d’œuvre littéraire scientifique,
Le Rêve de D’Alembert (août 1769), et il en envisage une nouvelle rédaction pour l’offrir à Catherine II, qui l’avait invité à un
séjour en Russie (1773-1774). A la suite des différentes tentatives
et d’une « ébauche » mal réussie, le philosophe abandonne ce premier projet. A partir de 1774 – avant et après le voyage en Russie
–, il poursuit un programme détaillé de nouvelles lectures de
médecins, physiologistes et naturalistes. En même temps, comme
à son habitude, Diderot se consacre à la compilation de notes de
lecture. Le but est la rédaction non d’un roman ou d’un dialogue
philosophique, mais d’un ouvrage « complet » sur la physiologie,
44 Cf. supra, note 33.
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INTRODUCTION
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