mot; le caractère de la chose, si l’objet est physique; la physionomie, les fonctions, si c’est une personne.
Les signes servent beaucoup à la mémoire. Un enfant de dix
ans, élevé parmi les ours, resta sans mémoire
21
.
Chaque sens a son caractère et
O
son burin. La mémoire constitue le soi. La conscience du soi et la conscience de son existence
sont différentes. Des sensations continues sans mémoire donneraient la conscience interrompue de son existence: elles ne produiraient
P
nulle conscience de soi.
Sans la mémoire, à chaque sensation l’être sensible passerait
du sommeil au réveil et du réveil au sommeil. A peine aurait-il le
temps de s’avouer qu’il existe. Il n’éprouverait qu’une surprise
momentanée, à chaque sensation il sortirait du néant
Q
et il y
retomberait. Mais il y a des habitudes des mouvements qui s’enchaînent par des actes réitérés, ou des sensations réitérées dans
les organes sensibles et vivants. Tel mouvement produit dans un
organe, il s’ensuit telle sensation et telle série. D’autres mouvements dans cet organe, ou dans d’autres, telles sensations et telles
séries de sensations. L’habitude lie même les sensations des
autres organes. Ainsi la mémoire immense, c’est la liaison de tout
ce qu’on a été dans un instant à tout ce qu’on a été dans le
moment suivant, états qui liés par l’acte rappelleront à un homme
tout ce
R
qu’il a senti pendant sa vie. Je crois que tout homme a
cette mémoire. Les conclusions sont faciles à tirer.
Loi de continuité d’états, comme il y a loi de continuité de
substance. Loi de continuité d’états, propres à l’être sensible,
21 Cf. La Mettrie, Traité de l’âme cit., pp. 236-237: «D’un enfant trouvé
parmi des ours. […] il s’apprivoisa enfin après un long espace de temps et commença à proférer quelques mots d’une voix rauque […]. Lorsqu’on l’interrogeait sur son état sauvage, sur le temps que cet état avait duré, il n’en avait pas
plus de mémoire, que nous n’en avons de ce qui s’est passé, pendant que nous
étions au berceau ».
O FNR: son burin. C’est elle qui constitue le soi. Elle nous remet au moment
de la chose. La conscience… (p. 245, l. 6-9; AT, 368).
P nulle conscience du soi.
Q et il y retomberait. Des habitudes de mouvements […] ou sensations
réitérées dans des organes sensibles et vivants. Ainsi tel mouvement produit
[…] série d’autres mouvements dans cet organe ou dans d’autres et telle série de
sensations. L’habitude lie […] des divers organes.
R qu’il a senti toute sa vie. Or je prétends que tout homme a cette mémoire.
Puis les conclusions seront faciles à tirer.
298
PARTIE III
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 298
Les signes servent beaucoup à la mémoire. Un enfant de dix
ans, élevé parmi les ours, resta sans mémoire
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Chaque sens a son caractère et
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son burin. La mémoire constitue le soi. La conscience du soi et la conscience de son existence
sont différentes. Des sensations continues sans mémoire donneraient la conscience interrompue de son existence: elles ne produiraient
P
nulle conscience de soi.
Sans la mémoire, à chaque sensation l’être sensible passerait
du sommeil au réveil et du réveil au sommeil. A peine aurait-il le
temps de s’avouer qu’il existe. Il n’éprouverait qu’une surprise
momentanée, à chaque sensation il sortirait du néant
Q
et il y
retomberait. Mais il y a des habitudes des mouvements qui s’enchaînent par des actes réitérés, ou des sensations réitérées dans
les organes sensibles et vivants. Tel mouvement produit dans un
organe, il s’ensuit telle sensation et telle série. D’autres mouvements dans cet organe, ou dans d’autres, telles sensations et telles
séries de sensations. L’habitude lie même les sensations des
autres organes. Ainsi la mémoire immense, c’est la liaison de tout
ce qu’on a été dans un instant à tout ce qu’on a été dans le
moment suivant, états qui liés par l’acte rappelleront à un homme
tout ce
R
qu’il a senti pendant sa vie. Je crois que tout homme a
cette mémoire. Les conclusions sont faciles à tirer.
Loi de continuité d’états, comme il y a loi de continuité de
substance. Loi de continuité d’états, propres à l’être sensible,
21 Cf. La Mettrie, Traité de l’âme cit., pp. 236-237: «D’un enfant trouvé
parmi des ours. […] il s’apprivoisa enfin après un long espace de temps et commença à proférer quelques mots d’une voix rauque […]. Lorsqu’on l’interrogeait sur son état sauvage, sur le temps que cet état avait duré, il n’en avait pas
plus de mémoire, que nous n’en avons de ce qui s’est passé, pendant que nous
étions au berceau ».
O FNR: son burin. C’est elle qui constitue le soi. Elle nous remet au moment
de la chose. La conscience… (p. 245, l. 6-9; AT, 368).
P nulle conscience du soi.
Q et il y retomberait. Des habitudes de mouvements […] ou sensations
réitérées dans des organes sensibles et vivants. Ainsi tel mouvement produit
[…] série d’autres mouvements dans cet organe ou dans d’autres et telle série de
sensations. L’habitude lie […] des divers organes.
R qu’il a senti toute sa vie. Or je prétends que tout homme a cette mémoire.
Puis les conclusions seront faciles à tirer.
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