La volonté, la liberté, la douleur qui garde l’homme; le plaisir
qui le perd, le désir qui le tourmente, l’aversion, la crainte, la
cruauté, la terreur,
Y
le courage, l’ennui, que sont toutes ces
choses?
Quelle idée l’homme tranquille a-t-il de la colère, le vieillard
de l’amour? Quelle idée peut-on avoir d’une douleur qu’on n’a
point éprouvée? Quelle idée reste-t-il d’une douleur quand elle
Z
est passée?
Qu’est-ce que la mémoire? Qu’est-ce que l’imagination, le
sommeil, le rêve?
18
Chap. III
Mémoire
Je suis porté à croire que tout ce que
A
nous avons vu, connu,
entendu, aperçu, jusqu’aux arbres d’une longue forêt, que dis-je,
jusqu’à la disposition des branches, à la forme des feuilles et à la
variété des couleurs, des verts et des lumières; jusqu’à l’aspect
des grains de sable du rivage de la mer, aux inégalités de la surface des flots, soit agités par un souffle léger, soit écumeux et
soulevés par les vents de la tempête, jusqu’à la multitude des voix
humaines,
B des cris des animaux et des bruits physiques, à la
mélodie et à l’harmonie de tous les airs, de toutes les pièces de
musique, de tous les concerts que nous avons entendus, tout cela
existe en nous à notre insu.
Je revois,
C actuellement éveillé, les forêts de Westphalie, de la
Prusse, de la Saxe et de la Pologne que j’ai traversées. Je les
Y le courage; le sommeil; le rêve; l’ennui. Quelle idée…
Z est passée? La mémoire, l’imagination, les impressions passées, mais
accompagnées de plaisir, d’effroi, de douleur, etc.
18 Ce sont les sujets des chapitres qui suivent dans cette troisième partie;
elle aborde ces « phénomènes du cerveau » comme autant de corrélatifs physiques des anciennes « facultés de l’âme »; cf. la leçon de La Mettrie, Traité de
l’âme, dans Œuvres philosophiques cit., chap. IX, § 10-11, pp. 172-178; chap.
XII, § 5, pp. 203-205: « Du sommeil et des rêves ».
A nous avons vu, connu, aperçu, entendu…
B des cris animaux…
C actuellement éveillé, toutes les forêts de la Westphalie…; que j’ai traversées aj. V. [Diderot fait allusion à son voyage de retour en France, de Russie, au
printemps 1774; cf. Dieckmann, Inventaire cit., pp. 263-282].
PHÉNOMÈNES DU CERVEAU
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qui le perd, le désir qui le tourmente, l’aversion, la crainte, la
cruauté, la terreur,
Y
le courage, l’ennui, que sont toutes ces
choses?
Quelle idée l’homme tranquille a-t-il de la colère, le vieillard
de l’amour? Quelle idée peut-on avoir d’une douleur qu’on n’a
point éprouvée? Quelle idée reste-t-il d’une douleur quand elle
Z
est passée?
Qu’est-ce que la mémoire? Qu’est-ce que l’imagination, le
sommeil, le rêve?
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Chap. III
Mémoire
Je suis porté à croire que tout ce que
A
nous avons vu, connu,
entendu, aperçu, jusqu’aux arbres d’une longue forêt, que dis-je,
jusqu’à la disposition des branches, à la forme des feuilles et à la
variété des couleurs, des verts et des lumières; jusqu’à l’aspect
des grains de sable du rivage de la mer, aux inégalités de la surface des flots, soit agités par un souffle léger, soit écumeux et
soulevés par les vents de la tempête, jusqu’à la multitude des voix
humaines,
B des cris des animaux et des bruits physiques, à la
mélodie et à l’harmonie de tous les airs, de toutes les pièces de
musique, de tous les concerts que nous avons entendus, tout cela
existe en nous à notre insu.
Je revois,
C actuellement éveillé, les forêts de Westphalie, de la
Prusse, de la Saxe et de la Pologne que j’ai traversées. Je les
Y le courage; le sommeil; le rêve; l’ennui. Quelle idée…
Z est passée? La mémoire, l’imagination, les impressions passées, mais
accompagnées de plaisir, d’effroi, de douleur, etc.
18 Ce sont les sujets des chapitres qui suivent dans cette troisième partie;
elle aborde ces « phénomènes du cerveau » comme autant de corrélatifs physiques des anciennes « facultés de l’âme »; cf. la leçon de La Mettrie, Traité de
l’âme, dans Œuvres philosophiques cit., chap. IX, § 10-11, pp. 172-178; chap.
XII, § 5, pp. 203-205: « Du sommeil et des rêves ».
A nous avons vu, connu, aperçu, entendu…
B des cris animaux…
C actuellement éveillé, toutes les forêts de la Westphalie…; que j’ai traversées aj. V. [Diderot fait allusion à son voyage de retour en France, de Russie, au
printemps 1774; cf. Dieckmann, Inventaire cit., pp. 263-282].
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