Lorsque nous avons les yeux ouverts et l’esprit distrait, nos sens
n’en sont pas moins frappés par les objets ainsi qu’à l’ordinaire,
mais l’âme occupée,
J
disent quelques métaphysiciens, n’en reçoit
pas moins l’image et ne s’en souvient jamais. C’est pour elle, ajoutent-ils
K
, comme si rien n’avait frappé la vue. Je ne crois pas cela.
L
Chaque sens ou organe a son nerf ou sa fonction. Quelle que
soit la fonction de l’organe ou du principe, ou de l’origine de tous
les nerfs réunis, en quelque lieu qu’on le place, il a certainement
sa fonction particulière;
M
quelle est-elle?
N
Le cerveau ne pense non plus de lui-même, que les yeux ne
voient et que les autres sens n’agissent d’eux-mêmes. Il faut au
cerveau, pour penser, des objets, comme il en faut à l’œil pour
voir. Cet organe, aidé de la mémoire, a beau mêler
O
, confondre,
combiner, créer des êtres fantastiques, ces êtres existent épars.
Le cerveau n’est qu’un organe comme un autre. Ce n’est
même qu’un organe secondaire, qui n’entrerait jamais en fonction sans l’entremise des autres organes
17
.
P
Il est sujet à tous les
J disent… métaphysiciens aj. V.
K ajoutent-ils aj. V.
L Chaque sens a son nerf et sa fonction. […] de l’organe ou de l’origine ou
du principe de tous les nerfs…
M FNR: Quelle est-elle? LA PENSÉE. La pensée est volontaire et involontaire.
Je veux penser à telle chose et j’y pense. Je continue d’y penser sans le vouloir,
et je continuerais dans la distraction et la lassitude. (p. 207, l. 18-22; AT, 351).
N FNR: Liez un nerf ; point d’élévation, ni au-dessus ni au-dessous de la ligature. Le nerf ou cette corde a des nœuds qu’on appelle ganglions. Le cerveau ne
pense… (p. 120, l. 19-23; AT, 312).
O V: voir; SP: Cet organe, aide de la mémoire, a beau mêler confondre,
combiner et créer […] épars. Le cerveau n’est donc qu’un organe comme un
autre, et il a sa fonction particulière. Ce n’est même […] jamais en action sans
l’entremise…
17 Cf. Buffon, Histoire naturelle, éd. J. Varloot cit, p. 119: « Le système
nerveux, le cerveau (1758)»; ce passage témoigne du caractère d’extrait et de
compte-rendu de ces fragments: Diderot, plus haut, affirme (ou expose) en fait
le contraire, supra, Partie II, notes 16, 20, 27-28; cf. aussi J.-P. Changeux, Raison et plaisir, Paris, 1994, pp. 138-39: «De Diderot à Freud: une continuité de
pensée […]. Il pressent déjà que dans le cas du cerveau, cette organisation est
particulièrement riche et s’articule autour de plusieurs niveaux de complexité.
‘Il faut au cerveau pour penser des objets, comme il en faut à l’œil pour voir’, et
ceux-ci dérivent des ‘impressions qui affectent les organes des sens, puis, de
proche en proche, le cerveau et ses parties’ [...]. La psychologie de Diderot a
bien pour objet de relier les ‘facultés de l’âme’ à une ‘qualité corporelle’».
P il est… organes om. V.
PHÉNOMÈNES DU CERVEAU
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AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 293
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