durée du plaisir et de la peine; point de mélodie, sans la durée de
la sensation des sons qui se succèdent quelquefois si rapidement.
La sensation s’exécute par les nerfs, car on ne saurait les toucher, que le sentiment ne se perçoive. De là, sensation simple,
sensation agréable, sensation douloureuse; on meurt d’une
extrême douleur.
Mais
L tout ne sent pas dans le corps. Il y a des nerfs partout,
mais ils ne sont pas tout ce qu’il y a. Les os ne sentent pas, ni les
tendons, ni les ligaments,
M
ni les capsules.
L’origine de la sensation est à l’extrémité du nerf touché;
point de sensation, s’il est détruit ou vicié
13
. La sensation va du
membre au cerveau,
N
si la communication n’est pas libre, point
de sensation. Il faut encore
O que le cerveau, où les nerfs portent la
sensation, sente aussi.
Lorsqu’on avait le membre
P
qu’on a perdu, de ce membre
affecté la sensation allait au cerveau: si par quelque cause la
même sensation est ressuscitée, alors on rapportera la sensation à
son ancienne origine et l’on aura mal au membre, qui n’existe
plus
14
.
L Mais aj. V.
M FNR: ni les capsules. Ce qu’il y a de sensible dans le nerf, ce ne sont pas
ses enveloppes, mais bien ses cordes médullaires. (p. 119, l. 4-6; AT, 311).
13 EL vol. IV: Diderot mentionne les titres des paragraphes, en exposant les
thèmes fondamentaux de la distinction sensibilité/irritabilité.
N si la… sensation aj. V; SP: Pour la sensation il faut un nerf sain et une
communication libre du nerf au cerveau.
O encore aj. V.
P qu’on a perdu aj. V; SP: membre qu’on n’a plus.
14 Cf. aussi Le Rêve cit., p. 156: « Ce juge-là [le cerveau] est un être bien
extraordinaire. – Il se trompe quelquefois lui-même; il est sujet à des préventions d’habitude: on sent du mal à un membre qu’on n’a plus. On le trompe
quand on veut: croisez deux de vos doigts l’un sur l’autre, touchez une petite
boule, et il prononcera qu’il y en a deux »; l’observation sur les « membres fantômes » vise à montrer l’importance de l’« origine du faisceau » (le cerveau)
pour une philosophie des sensations qui se veut déjà au-delà du « sensationnisme » de Locke et de Condillac: cf. Enc. XV, p. 35a: « Toute sensation, celle
du ton, par exemple, ou de la lumière en général, quelque simple, quelque indivisible qu’elle nous paraisse, est un composé d’idées, est un assemblage ou
amas de petites perceptions qui suivent dans notre âme si rapidement, et dont
chacune s’y arrête si peu, ou qui s’y présentent à la fois en si grand nombre, que
l’âme ne pouvant les distinguer l’une de l’autre, n’a de ce composé qu’une seule
perception très confuse, par égard aux petites parties ou perceptions qui forment
ce composé »; l’hallucination psychophysique est aujourd’hui un sujet de débat
284
PARTIE III
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 284
Précédent

- 285/514

Suivant