Nier les effets de l’imagination de la mère sur l’enfant, par des
raisonnements mécaniques, c’est oublier qu’on fait mourir un
homme en lui chatouillant la plante des pieds ou les côtes.
Je ne crois pas aux taches
101 : cependant, Haller après avoir nié
les effets de l’imagination de la mère, avoue que des enfants ont
été sujets, pendant toute leur vie, à des convulsions occasionnées
par des terreurs et autres affections violentes éprouvées par la
mère pendant la grossesse; bien qu’il n’y ait aucune communication nerveuse de celle-ci à son enfant
102 .
Je ne voudrais pas qu’une mère fût exposée à voir, pendant
toute sa grossesse, un visage grimacier. La grimace est contagieuse, nous la prenons; pourquoi la mère la prenant, l’enfant ne
la prendrait-il pas? Cet enfant est, pendant neuf mois, partie triste
ou gaie d’un système qui souffre ou se réjouit.
E
La nature se plie
à l’habitude
103 .
A. Bridoux, Paris, 1953, p. 1413: « Le matin de la neuvième journée de son mal,
il dit à Schluter, son valet, de lui aller préparer des panets, dont il savait qu’il
mangeait volontiers, parce qu’il craignait que ses boyaux ne se rétrécissent, s’il
continuait à ne prendre que des bouillons, et s’il ne donnait de l’occupation à
l’estomac et aux viscères, pour les maintenir dans leur état ».
101 Il s’agit des tâches de la peau que la superstition populaire attribuait,
comme effets, aux envies de la mère pendant sa grossesse; c’est la question de la
callipédie de Quillet, qui est mise en question par Diderot: supra, note 95.
102 PL, vol. II, chap. XXXV, pp. 302-303.
E CONFORMATIONS HÉRÉDITAIRES. La nature…
103 Cf. La Mettrie, L’Homme-Machine cit., p. 102: « Puisqu’il est des communications évidentes entre la mère et l’enfant* [*Au moins par les vaisseaux,
est-il sûr qu’il n’y en a point par les nerfs?], et qu’il est dur de nier des faits rapportés par Tulpius et par d’autres écrivains aussi dignes de foi […] nous croirons
que c’est par la même voie que le fœtus ressent l’impétuosité de l’imagination
maternelle, comme une cire molle reçoit toutes sortes d’impressions; et que les
mêmes traces, ou envies de la mère, peuvent s’imprimer sur le fœtus, sans que
cela puisse se comprendre, quoiqu’en disent Blondel et tous ses adhérents »;
Nicolaus Tulpius (1593-1674), pseudonyme du médecin hollandais Nicolas
Dirx, est l’auteur des Observationes medicæ, Amstelodami, 1672; d’opinion
contraire Marat, De l’Homme cit., vol. II, Section Seconde: « Du pouvoir de
l’Ame sur le Corps », pp. 72-73: « On a cru néanmoins longtemps que le sang de
la mère passait dans le corps du fœtus, par le moyen du Placenta et du Cordon
ombilical: on supposait que les vaisseaux sanguins de la matrice étaient ouverts
dans ses lacunes, ceux du placenta dans ses Mamelons et qu’ils s’abouchaient
les uns avec les autres. Mais l’expérience a démenti cette hypothèse, car en
injectant les artères du Cordon, la liqueur revient en entier par les veines.
D’ailleurs, on peut tirer les Mamelons des lacunes sans qu’il sorte de sang, ni de
la matrice, ni du placenta; il suinte seulement de l’une et de l’autre une liqueur
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PARTIE II
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raisonnements mécaniques, c’est oublier qu’on fait mourir un
homme en lui chatouillant la plante des pieds ou les côtes.
Je ne crois pas aux taches
101 : cependant, Haller après avoir nié
les effets de l’imagination de la mère, avoue que des enfants ont
été sujets, pendant toute leur vie, à des convulsions occasionnées
par des terreurs et autres affections violentes éprouvées par la
mère pendant la grossesse; bien qu’il n’y ait aucune communication nerveuse de celle-ci à son enfant
102 .
Je ne voudrais pas qu’une mère fût exposée à voir, pendant
toute sa grossesse, un visage grimacier. La grimace est contagieuse, nous la prenons; pourquoi la mère la prenant, l’enfant ne
la prendrait-il pas? Cet enfant est, pendant neuf mois, partie triste
ou gaie d’un système qui souffre ou se réjouit.
E
La nature se plie
à l’habitude
103 .
A. Bridoux, Paris, 1953, p. 1413: « Le matin de la neuvième journée de son mal,
il dit à Schluter, son valet, de lui aller préparer des panets, dont il savait qu’il
mangeait volontiers, parce qu’il craignait que ses boyaux ne se rétrécissent, s’il
continuait à ne prendre que des bouillons, et s’il ne donnait de l’occupation à
l’estomac et aux viscères, pour les maintenir dans leur état ».
101 Il s’agit des tâches de la peau que la superstition populaire attribuait,
comme effets, aux envies de la mère pendant sa grossesse; c’est la question de la
callipédie de Quillet, qui est mise en question par Diderot: supra, note 95.
102 PL, vol. II, chap. XXXV, pp. 302-303.
E CONFORMATIONS HÉRÉDITAIRES. La nature…
103 Cf. La Mettrie, L’Homme-Machine cit., p. 102: « Puisqu’il est des communications évidentes entre la mère et l’enfant* [*Au moins par les vaisseaux,
est-il sûr qu’il n’y en a point par les nerfs?], et qu’il est dur de nier des faits rapportés par Tulpius et par d’autres écrivains aussi dignes de foi […] nous croirons
que c’est par la même voie que le fœtus ressent l’impétuosité de l’imagination
maternelle, comme une cire molle reçoit toutes sortes d’impressions; et que les
mêmes traces, ou envies de la mère, peuvent s’imprimer sur le fœtus, sans que
cela puisse se comprendre, quoiqu’en disent Blondel et tous ses adhérents »;
Nicolaus Tulpius (1593-1674), pseudonyme du médecin hollandais Nicolas
Dirx, est l’auteur des Observationes medicæ, Amstelodami, 1672; d’opinion
contraire Marat, De l’Homme cit., vol. II, Section Seconde: « Du pouvoir de
l’Ame sur le Corps », pp. 72-73: « On a cru néanmoins longtemps que le sang de
la mère passait dans le corps du fœtus, par le moyen du Placenta et du Cordon
ombilical: on supposait que les vaisseaux sanguins de la matrice étaient ouverts
dans ses lacunes, ceux du placenta dans ses Mamelons et qu’ils s’abouchaient
les uns avec les autres. Mais l’expérience a démenti cette hypothèse, car en
injectant les artères du Cordon, la liqueur revient en entier par les veines.
D’ailleurs, on peut tirer les Mamelons des lacunes sans qu’il sorte de sang, ni de
la matrice, ni du placenta; il suinte seulement de l’une et de l’autre une liqueur
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