finalement, depuis 1765-1769 – dates de publications des derniers volumes de l’Encyclopédie et du Rêve de D’Alembert –, la
sensibilité physique comme une propriété générale de la matière
et des êtres vivants, qui se développe dans le temps (infra, § 3)
32
.
Cette propriété n’a désormais plus rien de semblable au psychisme des particules, qui renverrait à quelque entité spirituelle
animant la machine, tel que Maupertuis (premier modèle de
Diderot) pouvait le laisser entendre dans ses écrits de 1751-54
33
dans le sillage de Leibniz (les « molécules organiques » comme
des « monades »)
34
, mais elle dévient un fait empirique, constatable par l’observation, par l’analyse des dynamiques des corps et
des organes, au cours de l’expérience médicale concrète.
prendre successivement une consistance plus ferme et plus proportionnée à
l’usage de chaque partie: représentons nous tous les viscères bien disposés, les
vaisseaux libres, ouverts, remplis d’une humeur appropriée, les nerfs distribués
par tout le corps, et se communiquant de mille manières; enfin toutes les parties
dans l’état le plus sain, mais sans vie; cette machine ainsi formée ne diffère de
l’homme vivant que par le mouvement et le sentiment, phénomènes principaux
de la vie vraisemblablement réductibles à un seul primitif ; on y observe même
avant que la vie commence, ou peu de temps après qu’elle a cessé, une propriété
singulière, la source du mouvement et du sentiment attachée à la nature organique des principes qui composent le corps, ou plutôt dépendante d’une union
telle de ces molécules que Glisson a le premier découverte, et appelée irritabilité, et qui n’est, dans le vrai, qu’un mode de sensibilité. Voyez SENSIBILITÉ».
32 Cf. Roger, Les sciences de la vie cit., pp. 636-641, a déjà insisté sur l’importance de la triade La Caze-Fouquet-Ménuret dans la formation des idées biologiques de Diderot. Cela va, me semble-t-il, dans la juste direction d’une
remise en perspective de l’influence directe de Bordeu sur Le Rêve et sur les
Éléments.
33 Cf. P. L. de Maupertuis, Essai sur la formation des corps organisés, Berlin, 1754, p. 13: « Une attraction uniforme et aveugle répandue dans toutes les
parties de la matière, ne saurait servir à expliquer comment ces parties s’arrangent pour former le corps dont l’organisation est la plus simple (...). Il faut avoir
recours à quelque principe d’intelligence, à quelque chose de semblable à ce que
nous appelons désir, aversion, mémoire...».
34 Cf. Discours de métaphysique (1686), éd. A. Robinet, Paris, 1990; Système nouveau de la nature et de la communication des substances (1695), éd.
Ch. Frémont, Paris, 1994; et surtout De ipsa natura sive de vi insita actionibusque creaturarum, pro Dynamicis suis confirmandis illustrandisque (1698),
dans Opuscules philosophiques choisis, éd. P. Schrecker, Paris, 1966; cf.
Duchesneau, op. cit., pp. 67-102: « Critiques et synthèses leibnitiennes ».
INTRODUCTION
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sensibilité physique comme une propriété générale de la matière
et des êtres vivants, qui se développe dans le temps (infra, § 3)
32
.
Cette propriété n’a désormais plus rien de semblable au psychisme des particules, qui renverrait à quelque entité spirituelle
animant la machine, tel que Maupertuis (premier modèle de
Diderot) pouvait le laisser entendre dans ses écrits de 1751-54
33
dans le sillage de Leibniz (les « molécules organiques » comme
des « monades »)
34
, mais elle dévient un fait empirique, constatable par l’observation, par l’analyse des dynamiques des corps et
des organes, au cours de l’expérience médicale concrète.
prendre successivement une consistance plus ferme et plus proportionnée à
l’usage de chaque partie: représentons nous tous les viscères bien disposés, les
vaisseaux libres, ouverts, remplis d’une humeur appropriée, les nerfs distribués
par tout le corps, et se communiquant de mille manières; enfin toutes les parties
dans l’état le plus sain, mais sans vie; cette machine ainsi formée ne diffère de
l’homme vivant que par le mouvement et le sentiment, phénomènes principaux
de la vie vraisemblablement réductibles à un seul primitif ; on y observe même
avant que la vie commence, ou peu de temps après qu’elle a cessé, une propriété
singulière, la source du mouvement et du sentiment attachée à la nature organique des principes qui composent le corps, ou plutôt dépendante d’une union
telle de ces molécules que Glisson a le premier découverte, et appelée irritabilité, et qui n’est, dans le vrai, qu’un mode de sensibilité. Voyez SENSIBILITÉ».
32 Cf. Roger, Les sciences de la vie cit., pp. 636-641, a déjà insisté sur l’importance de la triade La Caze-Fouquet-Ménuret dans la formation des idées biologiques de Diderot. Cela va, me semble-t-il, dans la juste direction d’une
remise en perspective de l’influence directe de Bordeu sur Le Rêve et sur les
Éléments.
33 Cf. P. L. de Maupertuis, Essai sur la formation des corps organisés, Berlin, 1754, p. 13: « Une attraction uniforme et aveugle répandue dans toutes les
parties de la matière, ne saurait servir à expliquer comment ces parties s’arrangent pour former le corps dont l’organisation est la plus simple (...). Il faut avoir
recours à quelque principe d’intelligence, à quelque chose de semblable à ce que
nous appelons désir, aversion, mémoire...».
34 Cf. Discours de métaphysique (1686), éd. A. Robinet, Paris, 1990; Système nouveau de la nature et de la communication des substances (1695), éd.
Ch. Frémont, Paris, 1994; et surtout De ipsa natura sive de vi insita actionibusque creaturarum, pro Dynamicis suis confirmandis illustrandisque (1698),
dans Opuscules philosophiques choisis, éd. P. Schrecker, Paris, 1966; cf.
Duchesneau, op. cit., pp. 67-102: « Critiques et synthèses leibnitiennes ».
INTRODUCTION
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