cité adaptative autonome, faisant économie du simple mécanisme « hydraulique » passif du passage de « corpuscules » de
différents formes géométriques dans des canaux parfaitement
rigides – images de l’explication iatromécaniste, courantes à
l’époque, encore dans les ouvrages de F. Hoffmann (1653-1727),
de H. Boerhaave (1668-1738) et ses disciples
25
. Cette attention
aux aspects « actifs » de la physiologie animale sera bien retenue
par Diderot, au moment de lire Haller, dans la Partie II des Éléments (infra, 3.4).
Les articles « Observation » et «Œconomie animale », de Ménuret de Chambaud, mettent une nouvelle fois en jeu la référence à La
Caze mais avec des innovations importantes
26
. Par rapport à son
vitalisme « préhistorique » (J. Roger), il avait néanmoins introduit
des notions théoriques essentielles, dans le tournant vers la nouvelle physiologie
27
. Ménuret, à propos des « Observations physiologiques », après avoir remarqué qu’il faut faire de l’expérience
médicale « sur l’homme vivant et en bonne santé » et que les physiologistes n’observent pas assez de leurs yeux, ajoute:
Pour faire une bonne physiologie, il faudrait d’abord l’histoire
exacte et bien détaillée de toutes les fonctions du corps humain,
de la manière apparente extérieure dont elles s’exécutent, c’està-dire des phénomènes qui en sont le produit et enfin des changements qu’opèrent sur l’ordre successif de ces fonctions les
25 Cf. F. Duchesneau, La Physiologie des Lumières. Empirisme, Modèles et
Théories, The Hague, 1982, chap. 2 et 4.
26 Cf. R. Rey, op. cit., pp. 177-184: « Les œuvres de La Caze: une paternité
difficile à établir ». Rey a mis en valeur l’originalité de l’œuvre de Ménuret dans
le cadre de la physiologie des Lumières.
27 Cf. J. Roger, Méthodes et modèles cit., p. 105: « Mais a coté des solides
et des liquides qui constituent le corps vivant, apparaît un autre état physique de
la matière vivante, la ‘matière muqueuse’, ‘une espèce d’écume muqueuse’
comme dit La Caze (pp. 105-107), un ‘mucus de sa nature très ductile’, comme
dit Fouquet (Sens. XV, 40b), a partir duquel se forment les organes particuliers,
mais aussi cet ‘organe général et passif appelé tissu cellulaire ou corps
muqueux’, auquel La Caze et Fouquet prêtent des usages différents, mais la
même consistance physique. A l’image fractionnelle et dure de l’atome – que
les solidistes de la même époque transforment en image de la fibre – vient se
surajouter ici l’image du tissu, dont G. Canguilhem a montré qu’elle était avant
tout image de la continuité (La connaissance de la vie, p. 76), mais aussi l’image
d’un état physique intermédiaire entre le solide et le liquide, ce ‘muqueux ductile’, apte à s’organiser, informe, mais prêt à recevoir la vie. A l’image du solide
structuré se substitue l’image de la matière molle organisée ».
INTRODUCTION
21
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 21
différents formes géométriques dans des canaux parfaitement
rigides – images de l’explication iatromécaniste, courantes à
l’époque, encore dans les ouvrages de F. Hoffmann (1653-1727),
de H. Boerhaave (1668-1738) et ses disciples
25
. Cette attention
aux aspects « actifs » de la physiologie animale sera bien retenue
par Diderot, au moment de lire Haller, dans la Partie II des Éléments (infra, 3.4).
Les articles « Observation » et «Œconomie animale », de Ménuret de Chambaud, mettent une nouvelle fois en jeu la référence à La
Caze mais avec des innovations importantes
26
. Par rapport à son
vitalisme « préhistorique » (J. Roger), il avait néanmoins introduit
des notions théoriques essentielles, dans le tournant vers la nouvelle physiologie
27
. Ménuret, à propos des « Observations physiologiques », après avoir remarqué qu’il faut faire de l’expérience
médicale « sur l’homme vivant et en bonne santé » et que les physiologistes n’observent pas assez de leurs yeux, ajoute:
Pour faire une bonne physiologie, il faudrait d’abord l’histoire
exacte et bien détaillée de toutes les fonctions du corps humain,
de la manière apparente extérieure dont elles s’exécutent, c’està-dire des phénomènes qui en sont le produit et enfin des changements qu’opèrent sur l’ordre successif de ces fonctions les
25 Cf. F. Duchesneau, La Physiologie des Lumières. Empirisme, Modèles et
Théories, The Hague, 1982, chap. 2 et 4.
26 Cf. R. Rey, op. cit., pp. 177-184: « Les œuvres de La Caze: une paternité
difficile à établir ». Rey a mis en valeur l’originalité de l’œuvre de Ménuret dans
le cadre de la physiologie des Lumières.
27 Cf. J. Roger, Méthodes et modèles cit., p. 105: « Mais a coté des solides
et des liquides qui constituent le corps vivant, apparaît un autre état physique de
la matière vivante, la ‘matière muqueuse’, ‘une espèce d’écume muqueuse’
comme dit La Caze (pp. 105-107), un ‘mucus de sa nature très ductile’, comme
dit Fouquet (Sens. XV, 40b), a partir duquel se forment les organes particuliers,
mais aussi cet ‘organe général et passif appelé tissu cellulaire ou corps
muqueux’, auquel La Caze et Fouquet prêtent des usages différents, mais la
même consistance physique. A l’image fractionnelle et dure de l’atome – que
les solidistes de la même époque transforment en image de la fibre – vient se
surajouter ici l’image du tissu, dont G. Canguilhem a montré qu’elle était avant
tout image de la continuité (La connaissance de la vie, p. 76), mais aussi l’image
d’un état physique intermédiaire entre le solide et le liquide, ce ‘muqueux ductile’, apte à s’organiser, informe, mais prêt à recevoir la vie. A l’image du solide
structuré se substitue l’image de la matière molle organisée ».
INTRODUCTION
21
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 21
