tion de la nature, considérées comme « bizarres » en 1753. La
mort de Rouelle coïncide, ensuite, avec la rédaction des Principes philosophiques sur la matière et le mouvement. La coïncidence n’est pas le fait du hasard, car Diderot s’intéresse depuis
1770 à un sujet ancien. Les trois ans de cours de chimie lui ont
servi à bâtir sa conception du dynamisme universel, idée que l’on
trouve au cœur des Éléments de physiologie (infra, § 3).
Les articles de médecine et de chimie rédigés par Venel,
ancien élève de la faculté de Montpellier, témoignent de l’état de
crise des fondements théoriques que sa discipline connaît au
milieu du siècle et que le même D’Alembert souligne à l’article
« Éléments, en Physique»:
Aujourd’hui les Philosophes sages reconnaissent, 1°. qu’on
ignore absolument en quoi consiste les éléments des corps. Voyez
CONFIGURATION, CORPS, MATIÈRE, CORPUSCULE etc. 2°. Qu’on
ignore encore, à plus forte raison, si les éléments des corps sont
tous semblables et si les corps diffèrent entre eux par la différente nature de leurs éléments, ou seulement par leur différente
disposition. 3°. Qu’il y a apparence que les éléments ou particules primitives des corps sont durs par eux-mêmes. Voyez
DURETÉ (Enc. V, p. 498a).
Pour Venel, la chimie devient, comme pour Diderot, une
branche de l’histoire naturelle, voire la racine principale de
l’arbre des sciences de la vie. Le long article « Chimie » révèle
clairement les incertitudes épistémologiques liées à l’héritage de
l’ancien dualisme particules/principes
22
. Ces difficultés vont
trouver une voie de solution – comme il arrivera, plus tard, à
Lavoisier avec ses études sur la respiration animale – grâce à
l’approfondissement des études médicales dans le domaine de la
physiologie non-mécaniste. Diderot suivra ce parcours de
réflexion, un parcours critique par rapport à la tradition (infra,
§ 2), à côté de ses maîtres montpelliérains.
22 Ibidem, pp. 44-55; sur le problème général du statut de la chimie au
XVII
e siècle et son héritage: A. Clericuzio, Elements, Principles and Corpuscules. A Study of Atomism and Chemistry in the Seventeenth Century, Dordrecht, 2000.
18
INTRODUCTION
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mort de Rouelle coïncide, ensuite, avec la rédaction des Principes philosophiques sur la matière et le mouvement. La coïncidence n’est pas le fait du hasard, car Diderot s’intéresse depuis
1770 à un sujet ancien. Les trois ans de cours de chimie lui ont
servi à bâtir sa conception du dynamisme universel, idée que l’on
trouve au cœur des Éléments de physiologie (infra, § 3).
Les articles de médecine et de chimie rédigés par Venel,
ancien élève de la faculté de Montpellier, témoignent de l’état de
crise des fondements théoriques que sa discipline connaît au
milieu du siècle et que le même D’Alembert souligne à l’article
« Éléments, en Physique»:
Aujourd’hui les Philosophes sages reconnaissent, 1°. qu’on
ignore absolument en quoi consiste les éléments des corps. Voyez
CONFIGURATION, CORPS, MATIÈRE, CORPUSCULE etc. 2°. Qu’on
ignore encore, à plus forte raison, si les éléments des corps sont
tous semblables et si les corps diffèrent entre eux par la différente nature de leurs éléments, ou seulement par leur différente
disposition. 3°. Qu’il y a apparence que les éléments ou particules primitives des corps sont durs par eux-mêmes. Voyez
DURETÉ (Enc. V, p. 498a).
Pour Venel, la chimie devient, comme pour Diderot, une
branche de l’histoire naturelle, voire la racine principale de
l’arbre des sciences de la vie. Le long article « Chimie » révèle
clairement les incertitudes épistémologiques liées à l’héritage de
l’ancien dualisme particules/principes
22
. Ces difficultés vont
trouver une voie de solution – comme il arrivera, plus tard, à
Lavoisier avec ses études sur la respiration animale – grâce à
l’approfondissement des études médicales dans le domaine de la
physiologie non-mécaniste. Diderot suivra ce parcours de
réflexion, un parcours critique par rapport à la tradition (infra,
§ 2), à côté de ses maîtres montpelliérains.
22 Ibidem, pp. 44-55; sur le problème général du statut de la chimie au
XVII
e siècle et son héritage: A. Clericuzio, Elements, Principles and Corpuscules. A Study of Atomism and Chemistry in the Seventeenth Century, Dordrecht, 2000.
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