tion d’instabilité culturelle dans le monde scientifique européen
prépare le terrain à une transformation profonde des paradigmes
de contrôle – théoriques et institutionnels – des pratiques médicales
13
. En France, dans cette période de crise, notamment à
Montpellier où siégeait une ancienne École de médecine, d’auguste tradition
14
, se développe le mouvement de pensée qui rompt
le plus radicalement avec le iatromécanisme, lequel, rappelonsle, dominait encore autour des années trente du siècle dans la
majorité des écoles européennes
15
.
Finalement, l’Encyclopédie, après James, constitue le premier
et véritable terrain de rencontre de Diderot avec la nouvelle physiologie vitaliste de Montpellier
16
. Les rédacteurs (ou sources
avouées) des principaux articles médicaux sont issus de cette
École: La Caze, Bouillet, Venel, d’Aumont, Bordeu, Ménuret de
Chambaud, Fouquet, Barthez (infra) apprennent à Diderot les
notions fondamentales de l’« économie animale », selon la
manière (et avec les corrections) de Haller, à travers l’anatomie,
comme un art de l’usage des parties du corps humain pour
atteindre l’« âme » et le bonheur. Diderot s’exerce aussitôt à
13 Cf. l’article «MÉCANICIENS (Médecine)» de l’Encyclopédie, X, pp. 220a222a, témoigne de cette crise: rédigé, de toute probabilité, par le médecin montpelliérain Arnulphe d’Aumont (1721-1782); cf. J. Roger, Les sciences de la vie
dans la pensée française au XVIII
e siècle, Paris, 1993, p. 631; F. Kafker, The
Encyclopedists as individuals: a biographical dictionary of the authors of the
Encyclopédie, Oxford, 1988, pp. 16-18.
14 Cf. L. Dulieu, La Médecine à Montpellier, vol. I: Le Moyen Âge, Avignon, 1975; vol. II: La Renaissance, Avignon, 1979; vol. III: L’Époque classique, Avignon, 1983; vol. IV: De la première à la troisième République,
Avignon, 1990; vol. V: De 1870 à 1920, Avignon, 1994.
15 Cf. J. Roger, Les sciences de la vie cit., sur « Les mésaventure du mécanisme », pp. 206-208: « Tous, cartésiens ou anti-cartésiens, gassendistes, chimistes ou éclectiques, sont persuadés du caractère mécanique des phénomènes
vitaux, et donner une liste des biologistes mécanistes en 1700 reviendrait à citer
tous les auteurs […]. Tout ce qui compte est mécaniste. Le mécanisme est ‘une
maxime constante parmi les philosophes modernes’ note le Journal des Savants
en 1693; et trente ans plus tard, quand Berner publie une Exercitatio physicomedica de applicatione Mechanismi ad Medicinam, le même journal exprime sa
lassitude »; voir aussi E. Guyénot, Les sciences de la vie au XVII
e et XVIII
e
siècles. L’idée d’évolution, Paris, 1957, p. 157.
16 Cf. R. Rey, Naissance et développement du vitalisme en France de la
deuxième moitié du 18
e siècle à la fin du Premier Empire, Oxford, 2000, sur
Diderot et les vitalistes, pp. 16, 59-61, 65, 71, sur James, pp. 100-101, sur les
Éléments, p. 148 ss.
INTRODUCTION
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AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 15
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