à la fois; il lui faut le secours de la mémoire. Or très certainement
la mémoire est une qualité corporelle.
La différence
I
d’une âme sensitive à une âme raisonnable
n’est qu’une affaire d’organisation.
L’animal est un tout un et c’est peut-être cette unité qui constitue l’âme, le soi, la conscience, à l’aide de la mémoire
82
.
Toutes les pensées naissent les unes des autres; cela me
semble évident. Les opinions intellectuelles sont également
enchaînées: la perception naît de la sensation. De la perception la
réflexion, la
J
méditation, le jugement. Il n’y a rien de libre dans
les opérations intellectuelles, ni dans la sensation, ni dans la perception ou la vue des rapports des sensations entre elles, ni dans
la réflexion ou la méditation ou l’attention plus ou moins forte à
ces rapports, ni dans le jugement ou l’acquiescement à ce qui
paraît vrai (voir la 3
e partie, Entendement).
K
Quelle différence d’une montre sensible et
L
vivante à une
montre d’or, de fer, d’argent, ou de cuivre ! Si une âme était attachée à cette dernière, qu’y produirait-elle? Si la liaison d’une
âme à cette machine est impossible, qu’on me le démontre: si elle
I de l’âme […] à l’âme…
82 Cette idée de l’unité organique qui forme l’« âme », en tant que
conscience de l’animal, est un argument de la tradition stoïcienne (la physique
de Chrysippe) que Diderot connaissait par l’entremise de Sénèque et des
sources antiques; cf. Stoicorum veterum fragmenta, éd. H. von Arnim, Lipsiæ,
1905, vol. II, p. 221: « Corpus autem nostrum, ex multis compositum, extrinsecus et intrinsecus unitum est atque propria habitudine constat; superior autem
habitudo conexionis istorum anima est » [« Notre corps, en fait, étant composé
de plusieurs éléments, jouit d’une unité intrinsèque et extrinsèque; et il est ainsi
établi par sa propre prédisposition: cette prédisposition, d’un ordre supérieur à
la connexion de ces êtres, est l’âme»]; cf. l’article « Stoïcisme », Enc. XV,
p. 528a: « Quoiqu’il y ait un lien principal et universel des choses, qui les
enchaîne, nos âmes ne sont cependant sujettes au destin, qu’autant et que selon
qu’il convient à leur nature; toute force extérieure a beau conspirer contre elles,
si leur bonté est originelle et première, elle persévérera; s’il en est autrement, si
elles sont nées ignorantes, grossières, féroces; s’il ne survient rien qui les améliore, les instruise et les fortifie; par cette seule condition, sans aucune influence
du destin, d’un mouvement volontaire et propre, elles se porteront au vice et à
l’erreur. Il n’est pas difficile de conclure de ces principes, que les stoïciens
étaient matérialistes, fatalistes et à proprement parler athées ».
J méditation et le jugement…
K ANIMAL ET MACHINE. Quelle différence…
L vivante, et d’une montre […] d’argent et de cuivre !
DES ÊTRES
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AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 153
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