corps, il se repose comme le corps, il perd son autorité sur le
corps, comme le corps perd la sienne sur lui.
On n’a la conscience du principe de la raison, ou de l’âme, que
comme on a la conscience de son existence, de l’existence de son
pied, de sa main, du froid, du chaud, de la douleur, du plaisir,
C
faites abstraction de toutes ces qualités et plus d’âme.
Est-ce que l’âme est gaie, triste, colère, tendre, dissimulée,
voluptueuse? Elle n’est rien sans le corps; je défie qu’on
explique rien sans le corps.
D
Qu’on cherche à s’expliquer comment les passions s’introduisent dans l’âme sans mouvements corporels et sans commencer par ces mouvements,
E
je le défie.
C’est sottise à ceux qui descendent de l’âme au corps: il ne se
fait rien ainsi dans l’homme. Marat ne sait ce qu’il dit, quand il
parle de l’action de l’âme sur le corps, s’il y avait regardé de plus
près, il aurait vu que l’action de l’âme sur le corps est l’action
d’une portion du corps
F
sur une autre et l’action du corps sur
l’âme, l’action d’une autre partie
G du corps sur une autre. Autant
il est clair, ferme, précis dans son chapitre de l’action du corps sur
l’âme, autant il est vague, faible dans le chapitre suivant
81
.
H
Le raisonnement ne s’explique point à l’aide d’une âme
immatérielle, ou d’un esprit: cet esprit ne peut être à deux objets
C faites abstraction de toute sensation corporelle, et plus d’âme.
D Mais qu’on cherche…
E je le défie, et sans commencer par ces mouvements. Sottise de ceux […]
de l’âme aux corps.
F sur l’âme, et l’action…
G portion
81 Cf. Marat, De l’Homme cit., vol. II: « Livre Troisième. Où l’on traite de
l’influence réciproque de l’Ame et du Corps »; p. 6: « Section Première. Du
pouvoir du Corps sur l’Ame »; p. 43: « Section Seconde. Du pouvoir de l’Ame
sur le Corps »; p. 77: « Livre Quatrième. Où l’on rend raison de l’influence de
l’Ame sur le Corps, et du Corps sur l’Ame »; p. 82: « Section Première. De l’influence de l’Ame sur le Corps »; p. 117: « Section Seconde: De l’influence du
Corps sur l’Ame ». Diderot s’est sans doute servi plutôt des descriptions de
Marat concernant les déterminations corporelles qui agissent sur l’âme, par
exemple, p. 124: « Il y a un rapport constant entre la sensibilité des organes et
celle de la substance pensante. Le Corps est-il délicat? l’Ame l’est aussi. Est-il
peu sensible? l’Ame l’est de même. Vous diriez que c’est le rapport qui se
trouve entre l’antécédent et le conséquent d’une proportion continue ».
H Raisonnement. Le […] point du tout à l’aide d’une âme ou d’un esprit
[…] il faut donc le secours de la mémoire.
152
PARTIE I
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 152
Précédent

- 153/514

Suivant