corps 5 . Encore ce matérialisme des Éléments se nourrit-il de la
leçon des matérialistes anciens, Epicure et Lucrèce, toujours présents dans l’œuvre
6 .
Bien des années auparavant, à la veille de l’entreprise encyclopédique, Diderot eut affaire à la médecine et à la physiologie
« pratiques », d’abord en qualité de traducteur du Dictionnaire de
médecine (Paris, 1745, 6 vol.), de R. James
7 . Il collabora à cette
traduction avec Eidous et Toussaint, sous la direction de J. Busson. La dimension de son travail d’éditeur a été analysée par
J. Mayer qui nous renseigne sur ce qu’était ce matérialisme bio5 Il y avait déjà, au XVIII
e siècle, une tradition de médecine pratique qui
trouve son essor dans beaucoup de dictionnaires d’usage « domestique »; voici
quelques titres: N. Chomel, Dictionnaire Œconomique, contenant divers
moyens d’augmenter son bien et de conserver sa santé, 2 vol., Paris, 1718; P.-J.
Macquer, Dictionnaire de chymie, contenant la théorie & la pratique de cette
science, son application à la physique, à l’histoire naturelle, à la médecine & à
l’économie animale, Paris, 1766; J.-H. S. Formey, Dictionnaire instructif, où
l’on trouve les principaux termes des sciences et des arts dont l’explication peut
être utile ou agréable aux personnes qui n’ont pas fait des études approfondies,
Halle, 1767.
6 Cf. l’article « Physiologie » cit. Tarin y exprime la position matérialiste
classique, contraire à l’animisme de G.-E. Stahl (infra, 2.2), que Diderot sûrement partageait. Cf. Enc. XII, p. 538a: « Quant au commerce mutuel de l’âme et
du corps, c’est non seulement la chose du monde la plus inconcevable, mais
même la plus inutile au médecin. La chaleur produite dans le corps peut bien se
concevoir quand même l’homme ne serait qu’un, comme parle Montaigne,
puisque les pierres s’échauffent par le frottement. Le mouvement ne peut s’expliquer ni par les affections du corps, ni par les propriétés de l’âme; il n’y a rien
dans l’idée de l’âme qui se trouve dans celle du mouvement. C’est pourquoi la
chaleur et le mouvement ne peuvent s’expliquer par l’âme; et si, voulant expliquer le mouvement volontaire, vous dites qu’il consiste en ce que l’âme veut le
mouvement, vous n’éclaircissez rien, parce qu’il n’y a rien dans l’idée du mouvement que vous puissiez trouver dans l’idée de l’âme; car éclaircir ou rendre
raison d’une chose, c’est faire voir clairement qu’il y a dans l’idée d’A quelque
chose contenue aussi dans celle de B, mais encore une fois le médecin ne doit
s’embarrasser que de rétablir la santé. Or cette curation est un changement qui
se fait dans le corps humain par l’action d’autres corps. Mais l’âme n’est pas
susceptible de pareils changements, ainsi tous les systèmes sur son commerce
avec le corps sont inutiles. Qui a guéri le corps, ne doit pas s’inquiéter de l’âme;
elle revient toujours sûrement à ses fonctions, quand le corps revenant aux
siennes, lève tous les obstacles qui semblaient l’empêcher d’agir ».
7 Cf. l’édition anglaise: A Medicinal Dictionary; including physic, surgery,
anatomy, chymistry, and botany... Together with a history of drugs... and an
introductory preface, 3 vol. in-fol., London, 1743-1745.
INTRODUCTION
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AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 13
leçon des matérialistes anciens, Epicure et Lucrèce, toujours présents dans l’œuvre
6 .
Bien des années auparavant, à la veille de l’entreprise encyclopédique, Diderot eut affaire à la médecine et à la physiologie
« pratiques », d’abord en qualité de traducteur du Dictionnaire de
médecine (Paris, 1745, 6 vol.), de R. James
7 . Il collabora à cette
traduction avec Eidous et Toussaint, sous la direction de J. Busson. La dimension de son travail d’éditeur a été analysée par
J. Mayer qui nous renseigne sur ce qu’était ce matérialisme bio5 Il y avait déjà, au XVIII
e siècle, une tradition de médecine pratique qui
trouve son essor dans beaucoup de dictionnaires d’usage « domestique »; voici
quelques titres: N. Chomel, Dictionnaire Œconomique, contenant divers
moyens d’augmenter son bien et de conserver sa santé, 2 vol., Paris, 1718; P.-J.
Macquer, Dictionnaire de chymie, contenant la théorie & la pratique de cette
science, son application à la physique, à l’histoire naturelle, à la médecine & à
l’économie animale, Paris, 1766; J.-H. S. Formey, Dictionnaire instructif, où
l’on trouve les principaux termes des sciences et des arts dont l’explication peut
être utile ou agréable aux personnes qui n’ont pas fait des études approfondies,
Halle, 1767.
6 Cf. l’article « Physiologie » cit. Tarin y exprime la position matérialiste
classique, contraire à l’animisme de G.-E. Stahl (infra, 2.2), que Diderot sûrement partageait. Cf. Enc. XII, p. 538a: « Quant au commerce mutuel de l’âme et
du corps, c’est non seulement la chose du monde la plus inconcevable, mais
même la plus inutile au médecin. La chaleur produite dans le corps peut bien se
concevoir quand même l’homme ne serait qu’un, comme parle Montaigne,
puisque les pierres s’échauffent par le frottement. Le mouvement ne peut s’expliquer ni par les affections du corps, ni par les propriétés de l’âme; il n’y a rien
dans l’idée de l’âme qui se trouve dans celle du mouvement. C’est pourquoi la
chaleur et le mouvement ne peuvent s’expliquer par l’âme; et si, voulant expliquer le mouvement volontaire, vous dites qu’il consiste en ce que l’âme veut le
mouvement, vous n’éclaircissez rien, parce qu’il n’y a rien dans l’idée du mouvement que vous puissiez trouver dans l’idée de l’âme; car éclaircir ou rendre
raison d’une chose, c’est faire voir clairement qu’il y a dans l’idée d’A quelque
chose contenue aussi dans celle de B, mais encore une fois le médecin ne doit
s’embarrasser que de rétablir la santé. Or cette curation est un changement qui
se fait dans le corps humain par l’action d’autres corps. Mais l’âme n’est pas
susceptible de pareils changements, ainsi tous les systèmes sur son commerce
avec le corps sont inutiles. Qui a guéri le corps, ne doit pas s’inquiéter de l’âme;
elle revient toujours sûrement à ses fonctions, quand le corps revenant aux
siennes, lève tous les obstacles qui semblaient l’empêcher d’agir ».
7 Cf. l’édition anglaise: A Medicinal Dictionary; including physic, surgery,
anatomy, chymistry, and botany... Together with a history of drugs... and an
introductory preface, 3 vol. in-fol., London, 1743-1745.
INTRODUCTION
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