Supplément (1777) de l’Encyclopédie, à l’époque du début de la
rédaction des Éléments, A. von Haller (1708-1777) – première
source et repère incontournable pour Diderot (infra, 3.4) – ajoute
une rectification nécessaire. La physiologie hallerienne est, en
fait, animata anatome, une science qui fonde l’étude de la nature
animale sur l’anatomie vivante, ou bien sur la connaissance des
rapports entre structure et fonctions des organes, en vue de la
compréhension de leur unité fonctionnelle in vivo. Haller affirme,
à propos de « physiologie », dans le Supplément de l’Encyclopédie, en polémiquant avec Tarin: « Ce n’est pas par cette partie que
la Médecine a pu commencer, elle suppose des connaissances
anatomiques et des attentions sur les fonctions des parties animales, qui n’ont pu se perfectionner qu’après une suite de
siècles »
3 .
La définition tardive que donne Haller, qui ne participa pas à
la rédaction de l’Encyclopédie de Diderot
4 – à cause de sa
méfiance à l’égard des philosophes, qu’il appelait « habitants de
l’île frivole » –, aurait été approuvée par l’auteur des Éléments de
physiologie. Diderot donne un large espace à l’animata anatome
dans son ouvrage (Partie II: « Éléments et parties du corps
humain ») et suit parfois mot pour mot le texte des Elementa physiologiœ corporis humani (8 vol., Lausanne, 1757-1766) chefd’œuvre du physiologiste de Göttingen. Mais le but de l’œuvre
ultime de Diderot – sur laquelle il travailla depuis 1769, après Le
Rêve de D’Alembert, jusqu’à sa mort, en 1784 – est, avant tout,
éthique et pratique. Il s’agit de définir quelles sont les conditions
concrètes de réalisation d’un bonheur physique et moral pour
l’homme considéré dans sa corporéité pleine, dans l’unité espritplus exact et le plus usité ne regarde que l’ordre, le mécanisme, l’ensemble des
fonctions et des mouvements qui entretiennent la vie des animaux, dont l’exercice parfait, universel, fait avec constance, alacrité et facilité, constitue l’état le
plus florissant de santé, dont le moindre dérangement est par lui-même maladie,
et dont l’entière cessation est l’extrême diamétralement opposé à la vie, c’est-àdire la mort».
3 Cf. Enc., Supplément, vol. IV, Amsterdam, 1777, p.333a: art. « Physiologie » (Haller).
4 L’éditeur littéraire des quatre volumes de Supplément (Amsterdam, 17761777), est Jean-Baptiste-René Robinet (1735-1820); cf. mon essai: « Politica e
scienze della vita in Jean-Baptiste Robinet », dans Idee, n° 26/27, Lecce, 1994,
pp. 171-212.
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