habiles de nos chimistes reprirent ces expériences et les poussèrent aussi loin qu’elles purent aller: ils trouvèrent que l’amidon
ne contenait, pour bien dire, que les parties végétales de la farine;
qu’en enlevant l’amidon, il restait un gluten qu’ils appelèrent
végéto-animal: toutes ses parties sont si rapprochées et si liées
entre elles, qu’on ne peut les séparer: quand on le tire, il s’étend
dans tous les sens; et quand on l’abandonne, il se replie sur lui
même et reprend sa première forme, comme fait le tissu de la
peau qui tour à tour s’étend et se resserre. Si on brûle ce gluten, il
se grille comme la chair et répand l’odeur des matières animales.
S
Il y a des anguilles dans la colle de farine, dans le vinaigre,
dans le grain niellé, dans le grain cornu*.
*
T
On distingue par la poussière noire le grain cornu ou ergoté, du grain
niellé simple.
Fontana
16 a fait diverses expériences sur la reproduction du grain niellé et
ergoté.
1
e Un seul grain de froment, ou de seigle semé avec quelques grains d’ergot.
2
de Un seul grain de froment ou de seigle, baigné dans la poussière noire et
fétide de la nielle et semé
U
avec les grains de l’ergot.
3
e grain de froment
V
semé après avoir été seulement aspersé de nielle.
Dans la précédente, ou troisième expérience, épi où presque tous les grains
ont été niellés, très peu de sains.
Dans la seconde, bonne partie des grains avaient l’ergot et la nielle
ensemble: sous la même enveloppe grains d’ergot pur et proche de ceux-ci;
grains niellés remplis de poussière noire et aussi d’anguilles génératrices.
S Les anguilles de la colle de farine sont vivipares
T DE L’ERGOT. Comment distingue-t-on le grain niellé simple et le grain
niellé et ergoté? parmi la poussière noire, il y a des anguilles dans ce dernier.
Fontana…
16 Felice Fontana (1730-1805) fut abbé et professeur à Pise; directeur du
Muséum de physique et d’histoire naturelle à Florence; il publia ses observations sur la tremella et l’ergot dans l’ouvrage Saggio di Osservazioni sopra il
falso Ergot, e Tremella, Firenze, 1775. Mais la découverte des « anguilles » du
grain cornu, par Fontana, remonte à 1767, exposée en passant (« di passaggio »)
dans l’ouvrage sur le venin de la vipère, publié à Lucca: Ricerche fisiche sopra
il veleno della vipera. Le naturaliste italien croyait qu’il s’agissait de véritables
animaux, très dangereux pour l’économie agricole (Saggio di Osservazioni cit.,
pp. IX-X). Diderot les range dans cette catégorie ontologique et philosophique
médiane, d’êtres de passage: végéto-animaux. Sur la question des « êtres incertains », voir Interprétation de la nature, pensée XII, dans DPV, IX, pp. 36-37.
U avec des grains d’ergot.
V semé, seulement aspergé de nielle.
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PARTIE I
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