sente. Voila pourquoi ils ne font rien dans les corps où ils sont
combinés avec d’autres substances
7 .
C Il faut classer les êtres depuis la molécule inerte, s’il en est,
jusqu’à la molécule vivante,
D
à l’animal-plante, à l’animalmicroscopique, à l’animal, à l’homme.
E
La chaîne des êtres n’est pas interrompue par la diversité des
formes. La forme n’est souvent qu’un masque qui trompe; et le
chaînon qui paraît manquer réside peut-être dans un être connu, à
qui les progrès de l’anatomie comparée n’ont encore pu assigner
sa véritable place
8 .
F
Le papillon est ver, chenille et papillon. L’éphémère est chrysalide pendant quatre ans. La grenouille commence par être
têtard. Combien de métamorphoses nous échappent ! J’en vois
7 Cf. Cours de chimie de Rouelle, dans DPV, IX, pp. 179-239; ms. Bordeaux, Bibl. municipale, n° 564, t. I, p. 68. Diderot avait suivi les leçons de
G.-F. Rouelle au Jardin des plantes, dans les années 1750. Maître de Lavoisier
aussi, ce chimiste proposait une approche expérimentale qui – ayant recours aux
techniques de fermentation, de distillation-transformation et au calcul des
constantes de combinaison élémentaire – semblait étayer les thèses transformistes de l’Interprétation de la nature. Diderot en tire l’idée que cette énergie
présente dans la matière – actuelle (« force ») et potentielle (nisus) – est le
concept théorique qui permet d’expliquer les phénomènes profonds d’organisation et d’évolution de la vie. Les « rêveries », « conjectures » ou « extravagances » du naturaliste sont celles qu’il verra à l’œuvre au Jardin du Roi. C’est
à Diderot le mérite d’avoir décelé à l’avance le sens de ces tâtonnements: la chimie est une science des quantités, des transformations complexes d’éléments
mesurables. A propos de Rouelle, voir F. Abbri, Le terre, l’acqua, le arie. La
rivoluzione chimica del Settecento, Bologna, 1984, pp. 44-46.
C ETRES. Il faut commencer par classer les êtres.
D à l’animal microscopique, à l’animal plante…
E CHAÎNE DES ÊTRES. Il ne faut pas croire la chaîne des Êtres interrompue
8 Cf. Le Rêve de D’Alembert, dans DPV, XVII, pp. 131-132: « Cependant
puisque les mêmes causes subsistent, pourquoi les effets ont-ils cessé? Pourquoi ne voyons-nous plus le taureau percer la terre de sa corne, appuyer ses
pieds contre le sol et faire effort pour en dégager son corps pesant?… Laissez
passer la race présente des animaux subsistants; laissez agir le grand sédiment
inerte quelques millions de siècles. Peut-être faut-il pour renouveler les espèces
dix fois plus de temps qu’il n’en est accordé à leur durée; attendez et ne vous
hâtez pas de prononcer sur le grand travail de nature »; voir aussi J.-B. R. Robinet, De la nature, 5 vol., Amsterdam, 1761-1766; et du même: Considerations
philosophiques sur la gradation naturelle des formes de l’être, Paris, 1766, dont
Diderot fit un compte-rendu pour la Correspondance littéraire, où il critique le
finalisme et l’anthropomorphisme de Robinet (DPV, XVIII, p. 165).
F MÉTAMORPHOSES. Le papillon…
108
PARTIE I
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 108
combinés avec d’autres substances
7 .
C Il faut classer les êtres depuis la molécule inerte, s’il en est,
jusqu’à la molécule vivante,
D
à l’animal-plante, à l’animalmicroscopique, à l’animal, à l’homme.
E
La chaîne des êtres n’est pas interrompue par la diversité des
formes. La forme n’est souvent qu’un masque qui trompe; et le
chaînon qui paraît manquer réside peut-être dans un être connu, à
qui les progrès de l’anatomie comparée n’ont encore pu assigner
sa véritable place
8 .
F
Le papillon est ver, chenille et papillon. L’éphémère est chrysalide pendant quatre ans. La grenouille commence par être
têtard. Combien de métamorphoses nous échappent ! J’en vois
7 Cf. Cours de chimie de Rouelle, dans DPV, IX, pp. 179-239; ms. Bordeaux, Bibl. municipale, n° 564, t. I, p. 68. Diderot avait suivi les leçons de
G.-F. Rouelle au Jardin des plantes, dans les années 1750. Maître de Lavoisier
aussi, ce chimiste proposait une approche expérimentale qui – ayant recours aux
techniques de fermentation, de distillation-transformation et au calcul des
constantes de combinaison élémentaire – semblait étayer les thèses transformistes de l’Interprétation de la nature. Diderot en tire l’idée que cette énergie
présente dans la matière – actuelle (« force ») et potentielle (nisus) – est le
concept théorique qui permet d’expliquer les phénomènes profonds d’organisation et d’évolution de la vie. Les « rêveries », « conjectures » ou « extravagances » du naturaliste sont celles qu’il verra à l’œuvre au Jardin du Roi. C’est
à Diderot le mérite d’avoir décelé à l’avance le sens de ces tâtonnements: la chimie est une science des quantités, des transformations complexes d’éléments
mesurables. A propos de Rouelle, voir F. Abbri, Le terre, l’acqua, le arie. La
rivoluzione chimica del Settecento, Bologna, 1984, pp. 44-46.
C ETRES. Il faut commencer par classer les êtres.
D à l’animal microscopique, à l’animal plante…
E CHAÎNE DES ÊTRES. Il ne faut pas croire la chaîne des Êtres interrompue
8 Cf. Le Rêve de D’Alembert, dans DPV, XVII, pp. 131-132: « Cependant
puisque les mêmes causes subsistent, pourquoi les effets ont-ils cessé? Pourquoi ne voyons-nous plus le taureau percer la terre de sa corne, appuyer ses
pieds contre le sol et faire effort pour en dégager son corps pesant?… Laissez
passer la race présente des animaux subsistants; laissez agir le grand sédiment
inerte quelques millions de siècles. Peut-être faut-il pour renouveler les espèces
dix fois plus de temps qu’il n’en est accordé à leur durée; attendez et ne vous
hâtez pas de prononcer sur le grand travail de nature »; voir aussi J.-B. R. Robinet, De la nature, 5 vol., Amsterdam, 1761-1766; et du même: Considerations
philosophiques sur la gradation naturelle des formes de l’être, Paris, 1766, dont
Diderot fit un compte-rendu pour la Correspondance littéraire, où il critique le
finalisme et l’anthropomorphisme de Robinet (DPV, XVIII, p. 165).
F MÉTAMORPHOSES. Le papillon…
108
PARTIE I
AL-962-02-Texte 1 9.6.2004 15:19 Page 108
