chapitre 31 Les Eumycètes 755
Parmi les Eumycètes qui s’attaquent aux cultures vivrières,
plusieurs produisent des composés toxiques pour l’humain.
Par exemple, certaines espèces de l’Ascomycète Aspergillus
contaminent le grain et les arachides en sécrétant des aflatoxines, des substances cancérogènes. Un autre Ascomycète,
Claviceps purpurea, pousse sur le seigle (Secale cereale) et produit des structures pourpres appelées ergots de seigle. Si l’on
consomme du seigle avarié, la toxine contenue dans les ergots
cause la gangrène (en provoquant la vasoconstriction qui
réduit la circulation sanguine) et divers troubles nerveux
(spasmes, sensations de brûlure, hallucinations et démence
temporaire). En l’an 994, une épidémie d’ergotisme (maladie
provoquée par l’ergot de seigle) a tué plus de 40 000 personnes
en France. L’une des substances hallucinogènes extraites de
l’ergot est l’amide de l’acide lysergique, précurseur du LSD
(en allemand Lysergik Saüre Diethylamide [acide lysergique
diéthylamide]).
Bien que les animaux soient beaucoup moins affectés par
les Eumycètes parasites que les végétaux, on estime que près
de 500 espèces d’Eumycètes vivraient aux dépens des animaux. L’un de ces parasites, le Chytridiomycète Batrachochytrium dendrobatidis, est responsable du déclin récent ou de
l’extinction de quelque 200 espèces de grenouilles et autres
Amphibiens (figure 31.26). Ce Chytridiomycète cause de
graves infections cutanées à l’origine d’une mortalité massive. Selon les observations sur le terrain et les études portant
sur des spécimens dans les musées, B. dendrobatidis a fait son
apparition au sein des populations de grenouilles peu avant
leur déclin en Australie, au Costa Rica, aux États-Unis et dans
d’autres pays. En outre, ce Chytridiomycète présente une très
faible diversité génétique dans les régions où il a infecté des
grenouilles. Ces constatations avalisent l’hypothèse voulant
(a) Rouille du maïs
(Basidiomycète)
(b) Taches
goudronneuses
sur des feuilles
d’érable
(Ascomycète)
(c) Ergot de seigle
(Ascomycète)
m Figure 31.25 Exemples de maladies fongiques
touchant les végétaux.
. Figure 31.26
impact
Les amphibiens sont attaqués
U
n eumycète parasite pourrait-il être la cause du déclin et de l’extinction de centaines de populations d’Amphibiens au cours des trois
dernières décennies ? Si la disparition d’habitats due à l’activité humaine
a souvent été désignée comme la cause principale, les causes sous-jacentes
sont demeurées inconnues pour près de la moitié des espèces en déclin.
Or, selon des études récentes, la propagation mondiale d’un eumycète
parasite, le Chytridiomycète Batrachochytrium dendrobatidis, serait à l’origine de cette disparition massive. Vance Vredenburg et ses collègues, de la
San Francisco State University, ont montré que la population d’une
espèce de grenouilles (Rana muscosa) s’est effondrée lorsque le Chytridiomycète a envahi la région de Sixty Lake Basin, en Californie. Avant l’introduction du Chytridiomycète, en 2004, les lacs de cette région abritaient
une population de 2 325 grenouilles. En 2009, elles n’étaient plus que 38.
Toutes les grenouilles survivantes vivaient dans les deux lacs (en jaune sur la
carte) que les chercheurs avaient traités à l’aide d’un fongicide pour
réduire l’action néfaste du parasite.
pourQuoi C’est iMportant Partout dans le monde, plus du tiers des
espèces d’Amphibiens subissent un grave déclin de leurs populations. Il est
essentiel de connaître les causes de ce déclin si nous voulons prévenir la
disparition de ces animaux. De plus, dans la mesure où 60 % des maladies
dont souffrent les humains proviennent de maladies sévissant chez d’autres
animaux, nous avons tout intérêt à connaître les nouvelles souches qui
frappent les Amphibiens.
pour en savoir plus V. T. Vredenburg et al., Large-scale amphibian
die-offs driven by the dynamics of an emerging infectious disease, Proceedings
of the National Academy of Sciences 107 : 9689-9694 (2010) ; P. Philipon,
Déclin des amphibiens : un premier pas d’école, La Recherche 345 (2001).
Pour des informations sur les différentes espèces d’amphibiens du Québec
et pour participer à leur protection : http ://www.atlasamphibiensreptiles.
qc.ca
et si ?
Les données indiquent-elles que le Chytridiomycète est la
cause du déclin des populations de grenouilles ou que sa présence est
corrélée avec ce déclin ? Expliquez votre réponse.
2 00 4
200 5
2 00 6
2 0 07
2 0 0 8
Californie
Sixty
Lake
Basin
Limites de la prolifération
du Chytridiomycète
État des lacs en 2009 :
Légende
᭡ Rana muscosa tuées par une
infection de B. dendrobatidis
N
Populations de grenouilles
éteintes
Lacs traités : les grenouilles
sont traitées avec des
fongicides puis relâchées
Parmi les Eumycètes qui s’attaquent aux cultures vivrières,
plusieurs produisent des composés toxiques pour l’humain.
Par exemple, certaines espèces de l’Ascomycète Aspergillus
contaminent le grain et les arachides en sécrétant des aflatoxines, des substances cancérogènes. Un autre Ascomycète,
Claviceps purpurea, pousse sur le seigle (Secale cereale) et produit des structures pourpres appelées ergots de seigle. Si l’on
consomme du seigle avarié, la toxine contenue dans les ergots
cause la gangrène (en provoquant la vasoconstriction qui
réduit la circulation sanguine) et divers troubles nerveux
(spasmes, sensations de brûlure, hallucinations et démence
temporaire). En l’an 994, une épidémie d’ergotisme (maladie
provoquée par l’ergot de seigle) a tué plus de 40 000 personnes
en France. L’une des substances hallucinogènes extraites de
l’ergot est l’amide de l’acide lysergique, précurseur du LSD
(en allemand Lysergik Saüre Diethylamide [acide lysergique
diéthylamide]).
Bien que les animaux soient beaucoup moins affectés par
les Eumycètes parasites que les végétaux, on estime que près
de 500 espèces d’Eumycètes vivraient aux dépens des animaux. L’un de ces parasites, le Chytridiomycète Batrachochytrium dendrobatidis, est responsable du déclin récent ou de
l’extinction de quelque 200 espèces de grenouilles et autres
Amphibiens (figure 31.26). Ce Chytridiomycète cause de
graves infections cutanées à l’origine d’une mortalité massive. Selon les observations sur le terrain et les études portant
sur des spécimens dans les musées, B. dendrobatidis a fait son
apparition au sein des populations de grenouilles peu avant
leur déclin en Australie, au Costa Rica, aux États-Unis et dans
d’autres pays. En outre, ce Chytridiomycète présente une très
faible diversité génétique dans les régions où il a infecté des
grenouilles. Ces constatations avalisent l’hypothèse voulant
(a) Rouille du maïs
(Basidiomycète)
(b) Taches
goudronneuses
sur des feuilles
d’érable
(Ascomycète)
(c) Ergot de seigle
(Ascomycète)
m Figure 31.25 Exemples de maladies fongiques
touchant les végétaux.
. Figure 31.26
impact
Les amphibiens sont attaqués
U
n eumycète parasite pourrait-il être la cause du déclin et de l’extinction de centaines de populations d’Amphibiens au cours des trois
dernières décennies ? Si la disparition d’habitats due à l’activité humaine
a souvent été désignée comme la cause principale, les causes sous-jacentes
sont demeurées inconnues pour près de la moitié des espèces en déclin.
Or, selon des études récentes, la propagation mondiale d’un eumycète
parasite, le Chytridiomycète Batrachochytrium dendrobatidis, serait à l’origine de cette disparition massive. Vance Vredenburg et ses collègues, de la
San Francisco State University, ont montré que la population d’une
espèce de grenouilles (Rana muscosa) s’est effondrée lorsque le Chytridiomycète a envahi la région de Sixty Lake Basin, en Californie. Avant l’introduction du Chytridiomycète, en 2004, les lacs de cette région abritaient
une population de 2 325 grenouilles. En 2009, elles n’étaient plus que 38.
Toutes les grenouilles survivantes vivaient dans les deux lacs (en jaune sur la
carte) que les chercheurs avaient traités à l’aide d’un fongicide pour
réduire l’action néfaste du parasite.
pourQuoi C’est iMportant Partout dans le monde, plus du tiers des
espèces d’Amphibiens subissent un grave déclin de leurs populations. Il est
essentiel de connaître les causes de ce déclin si nous voulons prévenir la
disparition de ces animaux. De plus, dans la mesure où 60 % des maladies
dont souffrent les humains proviennent de maladies sévissant chez d’autres
animaux, nous avons tout intérêt à connaître les nouvelles souches qui
frappent les Amphibiens.
pour en savoir plus V. T. Vredenburg et al., Large-scale amphibian
die-offs driven by the dynamics of an emerging infectious disease, Proceedings
of the National Academy of Sciences 107 : 9689-9694 (2010) ; P. Philipon,
Déclin des amphibiens : un premier pas d’école, La Recherche 345 (2001).
Pour des informations sur les différentes espèces d’amphibiens du Québec
et pour participer à leur protection : http ://www.atlasamphibiensreptiles.
qc.ca
et si ?
Les données indiquent-elles que le Chytridiomycète est la
cause du déclin des populations de grenouilles ou que sa présence est
corrélée avec ce déclin ? Expliquez votre réponse.
2 00 4
200 5
2 00 6
2 0 07
2 0 0 8
Californie
Sixty
Lake
Basin
Limites de la prolifération
du Chytridiomycète
État des lacs en 2009 :
Légende
᭡ Rana muscosa tuées par une
infection de B. dendrobatidis
N
Populations de grenouilles
éteintes
Lacs traités : les grenouilles
sont traitées avec des
fongicides puis relâchées
