756 cinquième partie La diversité biologique à travers l’évolution
que B. dendrobatidis ait fait son apparition récemment avant
de se répandre autour du monde en décimant de nombreuses
populations d’Amphibiens.
Le terme général sous lequel on groupe les infections fongiques est mycose. Chez les humains, les dermatomycoses
comprennent notamment la teigne, qui se caractérise par l’apparition de lésions circulaires sur la peau. Les Ascomycètes responsables de la teigne peuvent infecter n’importe quelle partie
de l’épiderme. Mais ils s’attaquent le plus souvent aux pieds,
où ils provoquent des démangeaisons intenses et des vésicules,
une affection qu’on appelle pied d’athlète. En dépit de leur
très haut risque de transmission, la teigne et le pied d’athlète
se traitent avec diverses lotions et poudres fongicides.
Les mycoses systémiques, qui s’étendent à tout l’organisme,
sont très dangereuses. La contamination débute habituellement par l’inhalation de spores. Parmi ces mycoses redoutables figure la coccidioïdomycose, causée par Coccidioides
immitis, dont les symptômes ressemblent à ceux de la tuberculose. En Amérique du Nord, des centaines de personnes
atteintes en mouraient chaque année si elles n’étaient pas
traitées au moyen de médicaments antifongiques.
Certaines mycoses sont opportunistes, c’est-à-dire qu’elles
ne surviennent que lorsque l’équilibre microbiologique, chimique ou immunologique de l’organisme est rompu. Par
exemple, Candida albicans fait partie de la flore normale des
épithéliums humides, comme celui qui tapisse le vagin. Mais,
dans certaines circonstances, cette levure peut croître trop rapidement et devenir pathogène, causant des infections telles que
les vaginites. Le nombre d’infections opportunistes, de mycoses
notamment, s’est accru au cours des dernières décennies, en
partie à cause du sida, qui affaiblit le système immunitaire.
ce que nous devons aux eumycètes
Les dangers auxquels nous exposent les Eumycètes ne doivent
pas nous faire oublier les immenses bienfaits qu’ils nous procurent. Ainsi, nous dépendons d’eux pour la décomposition
et le recyclage de la matière organique. De plus, sans les mycorhizes, notre agriculture serait beaucoup moins productive.
Les « champignons » ne sont pas seulement des Eumycètes
que nous aimons apprêter et manger. Ainsi, des Eumycètes
participent au processus de maturation du roquefort et d’autres
fromages bleus. Une espèce d’Ascomycète, Aspergillus niger,
produit l’acide citrique qui entre dans la composition des
colas et sodas. Les morilles et les truffes, qui constituent les
appareils sporifères comestibles de divers Ascomycètes, sont
grandement appréciées pour leurs saveurs complexes (voir la
figure 31.16). Un kilogramme de ces Eumycètes peut valoir
des centaines, voire des milliers de dollars sur le marché.
Dans la nature, les truffes dégagent une odeur forte qui attire
certains animaux et insectes. Ces derniers déterrent alors les
truffes et en dispersent les spores. Parfois, l’odeur imite celle
des phéromones (des substances attractives sexuelles) de certains mammifères. Plusieurs espèces de truffes d’Europe imitent
les phéromones que sécrètent les porcs ; c’est pourquoi on
utilise des truies pour débusquer ces précieux champignons.
Depuis des milliers d’années, les humains manipulent les
levures pour fabriquer des boissons alcoolisées et du pain.
En milieu anaérobie, des levures transforment les sucres en
alcool et en CO 2 , dont les petites bulles font lever la pâte.
Toutefois, l’obtention, à partir des levures en question, de
cultures pures dont on maîtrise mieux l’usage est relativement récente. De tous les Eumycètes de culture, c’est la levure
Saccharomyces cerevisiae qui est la plus importante (voir la
figure 31.7). Elle compte de nombreuses souches entrant
dans la fabrication du pain et de la bière.
De nombreux Eumycètes possèdent une valeur inestimable
en médecine. Par exemple, on extrait des ergots de seigle un
composé permettant de réduire l’hypertension artérielle et de
juguler les hémorragies consécutives aux accouchements.
Certains Eumycètes produisent des antibiotiques indispensables au traitement des infections bactériennes. D’ailleurs, le
premier antibiotique qui a été découvert, la pénicilline, est
fabriqué par une moisissure commune nommée Penicillium
notatum (figure 31.27). L’industrie pharmaceutique compte
bien des médicaments obtenus à partir des Eumycètes, notamment les statines (pour réduire le cholestérol) et la cyclosporine, un agent immunosuppresseur utilisé pour empêcher le
rejet d’un organe après une transplantation.
Les Eumycètes occupent aussi une place importante dans
la recherche. La levure Saccharomyces cerevisiae sert à étudier
la génétique moléculaire des Eucaryotes, car ses cellules sont
faciles à cultiver et à manipuler. L’examen des interactions
entre les gènes homologues chez S. cerevisiae permet aux
scientifiques de mieux comprendre le rôle des gènes associés
à des affections comme la maladie de Parkinson et d’autres
maladies qui touchent les humains.
Les travaux réalisés avec certains eumycètes génétiquement modifiés sont très prometteurs. Bien qu’elles puissent
produire certaines protéines utiles, des bactéries comme Escherichia coli sont incapables de synthétiser les glycoprotéines,
car elles ne contiennent pas les enzymes nécessaires à la fixation des glucides aux protéines. Or, les Eumycètes, eux, en
produisent. En 2003, des scientifiques ont réussi à créer une
souche de S. cerevisiae capable de synthétiser des glycoprotéines humaines, dont un facteur de croissance analogue à
l’insuline. Ces glycoprotéines permettront peut-être de traiter
les personnes atteintes de maladies inhibant la production de
tels composés. Entre-temps, des chercheurs ont effectué le
séquençage des 30 millions de paires de bases du génome
Penicillium
Zone
d’inhibition
de la
croissance
Staphylococcus spp.
m Figure 31.27 La production d’un antibiotique par la moisissure
Penicillium notatum. Dans cette boîte de Petri, la région transparente
située entre la moisissure et les colonies bactériennes (Staphylococcus spp.)
montre l’inhibition de croissance attribuable à l’antibiotique produit par
Penicillium notatum.
que B. dendrobatidis ait fait son apparition récemment avant
de se répandre autour du monde en décimant de nombreuses
populations d’Amphibiens.
Le terme général sous lequel on groupe les infections fongiques est mycose. Chez les humains, les dermatomycoses
comprennent notamment la teigne, qui se caractérise par l’apparition de lésions circulaires sur la peau. Les Ascomycètes responsables de la teigne peuvent infecter n’importe quelle partie
de l’épiderme. Mais ils s’attaquent le plus souvent aux pieds,
où ils provoquent des démangeaisons intenses et des vésicules,
une affection qu’on appelle pied d’athlète. En dépit de leur
très haut risque de transmission, la teigne et le pied d’athlète
se traitent avec diverses lotions et poudres fongicides.
Les mycoses systémiques, qui s’étendent à tout l’organisme,
sont très dangereuses. La contamination débute habituellement par l’inhalation de spores. Parmi ces mycoses redoutables figure la coccidioïdomycose, causée par Coccidioides
immitis, dont les symptômes ressemblent à ceux de la tuberculose. En Amérique du Nord, des centaines de personnes
atteintes en mouraient chaque année si elles n’étaient pas
traitées au moyen de médicaments antifongiques.
Certaines mycoses sont opportunistes, c’est-à-dire qu’elles
ne surviennent que lorsque l’équilibre microbiologique, chimique ou immunologique de l’organisme est rompu. Par
exemple, Candida albicans fait partie de la flore normale des
épithéliums humides, comme celui qui tapisse le vagin. Mais,
dans certaines circonstances, cette levure peut croître trop rapidement et devenir pathogène, causant des infections telles que
les vaginites. Le nombre d’infections opportunistes, de mycoses
notamment, s’est accru au cours des dernières décennies, en
partie à cause du sida, qui affaiblit le système immunitaire.
ce que nous devons aux eumycètes
Les dangers auxquels nous exposent les Eumycètes ne doivent
pas nous faire oublier les immenses bienfaits qu’ils nous procurent. Ainsi, nous dépendons d’eux pour la décomposition
et le recyclage de la matière organique. De plus, sans les mycorhizes, notre agriculture serait beaucoup moins productive.
Les « champignons » ne sont pas seulement des Eumycètes
que nous aimons apprêter et manger. Ainsi, des Eumycètes
participent au processus de maturation du roquefort et d’autres
fromages bleus. Une espèce d’Ascomycète, Aspergillus niger,
produit l’acide citrique qui entre dans la composition des
colas et sodas. Les morilles et les truffes, qui constituent les
appareils sporifères comestibles de divers Ascomycètes, sont
grandement appréciées pour leurs saveurs complexes (voir la
figure 31.16). Un kilogramme de ces Eumycètes peut valoir
des centaines, voire des milliers de dollars sur le marché.
Dans la nature, les truffes dégagent une odeur forte qui attire
certains animaux et insectes. Ces derniers déterrent alors les
truffes et en dispersent les spores. Parfois, l’odeur imite celle
des phéromones (des substances attractives sexuelles) de certains mammifères. Plusieurs espèces de truffes d’Europe imitent
les phéromones que sécrètent les porcs ; c’est pourquoi on
utilise des truies pour débusquer ces précieux champignons.
Depuis des milliers d’années, les humains manipulent les
levures pour fabriquer des boissons alcoolisées et du pain.
En milieu anaérobie, des levures transforment les sucres en
alcool et en CO 2 , dont les petites bulles font lever la pâte.
Toutefois, l’obtention, à partir des levures en question, de
cultures pures dont on maîtrise mieux l’usage est relativement récente. De tous les Eumycètes de culture, c’est la levure
Saccharomyces cerevisiae qui est la plus importante (voir la
figure 31.7). Elle compte de nombreuses souches entrant
dans la fabrication du pain et de la bière.
De nombreux Eumycètes possèdent une valeur inestimable
en médecine. Par exemple, on extrait des ergots de seigle un
composé permettant de réduire l’hypertension artérielle et de
juguler les hémorragies consécutives aux accouchements.
Certains Eumycètes produisent des antibiotiques indispensables au traitement des infections bactériennes. D’ailleurs, le
premier antibiotique qui a été découvert, la pénicilline, est
fabriqué par une moisissure commune nommée Penicillium
notatum (figure 31.27). L’industrie pharmaceutique compte
bien des médicaments obtenus à partir des Eumycètes, notamment les statines (pour réduire le cholestérol) et la cyclosporine, un agent immunosuppresseur utilisé pour empêcher le
rejet d’un organe après une transplantation.
Les Eumycètes occupent aussi une place importante dans
la recherche. La levure Saccharomyces cerevisiae sert à étudier
la génétique moléculaire des Eucaryotes, car ses cellules sont
faciles à cultiver et à manipuler. L’examen des interactions
entre les gènes homologues chez S. cerevisiae permet aux
scientifiques de mieux comprendre le rôle des gènes associés
à des affections comme la maladie de Parkinson et d’autres
maladies qui touchent les humains.
Les travaux réalisés avec certains eumycètes génétiquement modifiés sont très prometteurs. Bien qu’elles puissent
produire certaines protéines utiles, des bactéries comme Escherichia coli sont incapables de synthétiser les glycoprotéines,
car elles ne contiennent pas les enzymes nécessaires à la fixation des glucides aux protéines. Or, les Eumycètes, eux, en
produisent. En 2003, des scientifiques ont réussi à créer une
souche de S. cerevisiae capable de synthétiser des glycoprotéines humaines, dont un facteur de croissance analogue à
l’insuline. Ces glycoprotéines permettront peut-être de traiter
les personnes atteintes de maladies inhibant la production de
tels composés. Entre-temps, des chercheurs ont effectué le
séquençage des 30 millions de paires de bases du génome
Penicillium
Zone
d’inhibition
de la
croissance
Staphylococcus spp.
m Figure 31.27 La production d’un antibiotique par la moisissure
Penicillium notatum. Dans cette boîte de Petri, la région transparente
située entre la moisissure et les colonies bactériennes (Staphylococcus spp.)
montre l’inhibition de croissance attribuable à l’antibiotique produit par
Penicillium notatum.
