chapitre 1 Introduction : les thèmes de l’étude du vivant
25
nettement mieux faire peu avec certitude et laisser à ceux qui 
suivront le soin de trouver le reste… » Ceux qui, poussés par 
le désir de comprendre le fonctionnement de la nature, choisissent  une  carrière  scientifique  ont  l’assurance  de  pouvoir 
puiser  dans  le  vaste  bagage  de  découvertes  que  d’autres  ont 
faites avant eux.
Les  membres  de  la  communauté  scientifique  scrutent  les 
travaux de ceux qui ont choisi le même domaine de recherche 
qu’eux. Il leur arrive même souvent de vérifier les conclusions 
des autres en essayant de reproduire leurs expériences.   Lorsque 
des  confrères  scientifiques  n’arrivent  pas  à  reproduire  les 
résultats d’une expérience, ce peut être parce que l’hypothèse 
de départ comportait une faiblesse sous-jacente et qu’elle devra 
être revue. À cet égard, la science s’autoréglemente. L’intégrité 
sion des résultats font partie des règles de l’aventure scientifique. Après tout, la validité des données expé  rimentales est 
un élément clé pour tracer de futures pistes de recherche. 
Il n’est pas rare que plusieurs scientifiques travaillent sur 
le même sujet de recherche. Certains membres de la communauté scientifique sont motivés par le désir d’être les premiers 
à faire une découverte importante ou à procéder à une expérience  clé,  alors  que  d’autres  tirent  plus  de  satisfaction  à 
  coopérer avec d’autres confrères à la résolution d’un problème.
 La coopération est plus facile lorsque les scientifiques travaillent sur le même type d’organisme. Il s’agit souvent d’un 
organisme modèle qu’utilisent  de  nombreux  chercheurs, 
c’est-à-dire une espèce facile à reproduire en laboratoire et qui 
se  prête  particulièrement  bien  aux  projets  en  cours  d’étude. 
Dans  la  mesure  où  tous  les  organismes  sont  génétiquement 
liés, les découvertes réalisées sur un organisme modèle s’avèrent 
souvent  applicables  à  beaucoup  d’autres.  Par  exemple,  les 
études  en  génétique  réalisées  sur  la  drosophile  (Drosophila
melanogaster) nous ont appris beaucoup de choses sur le fonctionnement  des  gènes  chez  d’autres  espèces,  dont  l’espèce 
humaine. Les organismes modèles populaires comptent aussi 
Arabidopsis thaliana (une  plante  connue  sous  le  nom  d’arabette),  Caenorhabditis elegans  (un  nématode),  Danio rerio (le 
poisson-zèbre),  Mus musculus (la  souris  commune) et  Escherichia coli (une  bactérie). Au  fil  des  chapitres  de  ce  manuel, 
remarquez  combien  l’étude  du  vivant  s’est  enrichie  des 
  nombreuses  contributions  de  ces  organismes  modèles,  et  de 
bien d’autres. 
Les  biologistes  abordent  des  questions  intéressantes  selon 
des  angles  différents.  Les  uns  se  concentrent  sur  les  écosystèmes,  alors  que  d’autres  étudient  des  phénomènes  naturels 
au niveau des organismes et des cellules. Ce manuel est divisé 
en modules qui considèrent la biologie selon différents niveaux 
hiérarchiques de l’organisation biologique. Il est néanmoins 
possible d’examiner n’importe quel problème selon diverses 
perspectives qui se révéleront complémentaires. 
Puisque vous faites vos premiers pas dans l’étude de la biologie, vous aurez avantage à établir ce type de liens entre les 
divers niveaux de cette science. Vous pouvez commencer en 
remarquant  comment  certains  sujets  reviennent  sans  cesse 
d’un module à l’autre. C’est le cas, notamment, de la drépanocytose, une maladie génétique qui n’a plus de secret pour 
les biologistes et dont la prévalence est particulièrement élevée 
parmi les populations d’Afrique et d’autres régions tropicales, 
ainsi que chez leurs descendants. Le changement climatique 
mondial, dont nous avons déjà parlé, est aussi un sujet dont 
traitent  plusieurs  modules  de  ce  manuel,  mais  chaque  fois 
rents vous aideront à intégrer la matière et à rendre la biologie encore plus captivante en vous permettant d’en voir les 
applications. 
science, technologie et société
grante de la société dans son ensemble. La science est indissociable de la culture contemporaine.
Certains  philosophes  des  sciences  avancent  que  les  chercheurs sont tellement influencés par les valeurs culturelles et 
politiques  que  la  science  ne  possède  pas  plus  d’objectivité 
que  les  autres  moyens  de  comprendre  la  nature.  À  l’opposé, 
certaines  personnes  envisagent  les  théories  scientifiques 
comme s’il s’agissait de lois de la nature et non d’interprétations humaines de la nature. La réalité se situe probablement 
entre ces deux extrêmes. La science est rarement d’une objectivité  parfaite,  mais  elle  doit  toujours  se  conformer  aux  exigences suivantes : les observations et les expériences doivent 
être  reproductibles  et  les  hypothèses  doivent  être  vérifiables 
et réfutables.
Le lien entre la science et la société s’est précisé avec l’avènement de la technologie. La science et la technologie recourent 
parfois  à  des  processus  de  recherche  similaires,  mais  leurs 
objectifs  fondamentaux  diffèrent.  La  science  a  pour  but  de 
logie applique le savoir scientifique à quelque objet. Les biologistes et les autres scientifiques parleront de « découvertes » 
alors  que  les  ingénieurs  et  autres  technologues  parleront 
d’« inventions ». Et parmi ceux qui bénéficient de ces inventions  se  trouvent  les  scientifiques,  qui  utilisent  la  nouvelle 
technologie  dans  leur  recherche.  En  somme,  la  science  et  la 
technologie sont indissociables.
L’interdépendance  de  la  science  et  de  la  technologie peut 
avoir des répercussions considérables sur la société. Quelquefois,  les  applications  les  plus  bénéfiques  de  la  recherche 
  fondamentale  ont  vu  le  jour  de  façon  inattendue  à  la  suite 
d’observations recueillies en cours d’exploration scientifique. 
Prenons par exemple la découverte par Watson et Crick de la 
structure  de  l’ADN  il  y  a  60  ans.  Cette  percée  a  suscité  une 
foule  d’activités  scientifiques  qui  ont  débouché  sur  l’apparition de nombreuses technologies d’analyse de l’ADN, lesquelles 
ont  à  leur  tour  révolutionné  plusieurs  domaines,  dont  la 
médecine,  l’agriculture  et  la  médecine  légale  (figure  1.29). 
verait un jour des applications importantes, mais ils ne pouvaient certainement pas en prévoir la nature de façon précise.
L’orientation  que  prend  la  technologie  dépend  moins  de 
la  curiosité  qui  anime  la  science  que  des  besoins  et  désirs 
actuels  de  la  société  et  de  l’environnement  du  moment.  Les 
débats concernant la technologie portent plus souvent sur la 
question « devrions-nous le faire ? » que sur la question « pouvonsnous  le  faire ? ».  Les  progrès  technologiques  s’accompagnent 
de  choix  difficiles.  Dans  quelles  circonstances,  par  exemple, 
est-il acceptable de se servir de la technologie de l’ADN pour 
dépister  les  maladies  héréditaires ?  Et  ce  dépistage  devrait-il 
être volontaire, ou existe-t-il des circonstances où il devrait 
Précédent

- 65/1611

Suivant