chapitre 25 L’histoire de la vie sur Terre 603
(H 2 S). L’émission de ce gaz dans l’atmosphère aurait provoqué d’autres extinctions en tuant directement des Végétaux
et des Animaux terrestres et en amorçant des réactions chimiques qui auraient détruit la couche d’ozone, un « bouclier »
qui protège normalement les organismes contre une exposition potentiellement mortelle aux rayons UV.
L’extinction massive du Crétacé s’est produite il y a
65,5 millions d’années et marque la transition entre le Mésozoïque et le Cénozoïque. Au cours de cet événement, plus de
la moitié des espèces marines a été exterminée et de nombreuses familles de végétaux et d’animaux terrestres ont disparu (surtout ceux de grande taille), notamment tous les
dinosaures (sauf les oiseaux, qui appartiennent au même
groupe ; voir le chapitre 34). Un des indices de cette extinction massive réside probablement dans la mince couche
d’argile riche en iridium qui sépare les sédiments du Mésozoïque et du Cénozoïque et qui se serait déposée en un temps
relativement bref. Dans cette couche, la concentration en iridium est près de 100 fois supérieure à sa teneur habituelle.
Or, cet élément, très rare sur la Terre, entre dans la constitution de nombreux météorites et autres corps célestes qui
s’abattent occasionnellement sur notre planète. Selon ce
qu’ont proposé en 1980 Walter et Luis Alvarez, de même que
leurs collègues de la University of California, cette argile
pourrait provenir d’un gigantesque nuage de débris formé
dans l’atmosphère à la suite d’une collision entre la Terre et
un astéroïde ou une grosse comète. Ce nuage aurait fait écran
à la lumière solaire et perturbé gravement le climat planétaire
durant plusieurs mois.
Avons-nous des preuves de l’existence d’un tel astéroïde
ou d’une telle comète ? Jusqu’ici, les recherches ont porté principalement sur le cratère de Chicxulub, une cicatrice vieille de
65 millions d’années découverte sous des sédiments, au large
de la côte du Yucatán, au Mexique (figure 25.16). D’un diamètre d’environ 180 km, ce cratère pourrait avoir été creusé
par un corps céleste d’un diamètre de 10 km. Les scienti fiques
poursuivent leur évaluation critique de cette possibilité et étudient d’autres hypothèses relatives aux extinctions massives.
La sixième vague d’extinctions massives
est-elle déjà en cours ?
Comme nous le verrons au chapitre 56, les activités hu maines
– notamment la destruction des habitats – modifient à tel
point l’environnement planétaire que de nombreuses espèces
sont menacées d’extinction. Depuis 400 ans, plus d’un millier d’espèces ont disparu ; et les scientifiques estiment que ce
taux d’extinction est de 100 à 1 000 fois plus important que
le taux de base historique que révèlent les archives fossiles.
Une sixième extinction massive est-elle en cours ? Il est malaisé
de répondre à cette question, en partie parce qu’il est difficile
de documenter le nombre total d’extinctions qui ont lieu en
ce moment. Ainsi, les forêts tropicales humides hébergent de
nombreuses espèces qui n’ont pas encore été découvertes. La
destruction des forêts tropicales peut donc entraîner l’extinction d’espèces dont nous ne connaissons pas encore l’existence. Dans ces conditions, il est donc compliqué d’évaluer
l’ampleur de la crise actuelle. Il est évident qu’à ce jour les
pertes ne sont pas de l’ordre de celles qu’ont entraînées les
cinq épisodes d’extinctions massives, mais ce n’est pas une
raison pour sous-estimer la gravité de la situation actuelle. Les
programmes de surveillance montrent que de nombreuses
espèces déclinent à une vitesse alarmante, et les études sur les
ours blancs, les pins et d’autres espèces animales et végétales
donnent à penser que les changements climatiques pourraient hâter le déclin de certaines de ces espèces. Les archives
fossiles nous apprennent en effet que depuis 500 millions
Péninsule
du Yucatán
Cratère de
Chicxulub
AMÉRIQUE
DU NORD
m  Figure 25.16 Choc pour la Terre et perturbation de la vie au Crétacé. Vieux de 65 millions d’années, 
le cratère de Chicxulub se trouve dans la mer des Caraïbes, près de la péninsule du Yucatán, au Mexique. Sa forme 
de fer à cheval et la configuration des débris dans les roches sédimentaires indiquent que l’astéroïde ou la comète 
a frappé la Terre de biais, selon l’axe sud­est. L’illustration représente l’impact et son effet immédiat, un nuage 
de vapeur chaude et de débris susceptible, d’après certains scientifiques, d’avoir tué la plupart des végétaux et 
des animaux de l’Amérique du Nord en quelques heures.
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