chapitre 1 Introduction : les thèmes de l’étude du vivant
23
un groupe témoin (composé ici de faux serpents bruns). Idéalement, le groupe expérimental et le groupe témoin diffèrent 
seulement par la variable que l’expérience est censée mesurer 
–  dans  le  cas  qui  nous  occupe,  l’effet  de  la  coloration  des 
  serpents sur le comportement des prédateurs.
Sans  groupe  témoin,  les  chercheurs  n’auraient  pu  écarter 
d’autres  causes  possibles  pour  expliquer  la  fréquence  accrue 
des attaques sur les fausses couleuvres tachetées, par exemple 
un nombre différent de prédateurs ou des écarts de température  dans  les  diverses  régions  testées.  Grâce  à  une  méthodologie  expérimentale  ingénieuse,  seule  la  coloration  peut 
expliquer  le  plus  faible  taux  de  prédation  envers  les  fausses 
couleuvres tachetées déposées dans l’aire de distribution géographique  des  serpents-arlequins.  Ce  n’était  pas  le  nombre 
absolu  d’attaques  sur  les  fausses  couleuvres  tachetées  qui 
comptait,  mais  la  différence  entre  ce  nombre  et  le  nombre 
d’attaques sur les faux serpents bruns.
Contrairement à ce qu’on croit parfois, le terme expérience
contrôlée ne signifie pas que les scientifiques contrôlent l’environnement expérimental pour maintenir constantes toutes 
les variables à l’exception de celle qu’ils sont censés mesurer. 
De  toute  façon,  cela  est  impossible  dans  la  recherche  sur  le 
terrain  et  irréaliste  même  dans  l’environnement  hautement 
contrôlé  d’un  laboratoire.  Les  chercheurs  « contrôlent »  les 
variables  non  désirées  non  pas  en  les  éliminant  par  contrôle 
de l’environnement, mais en annulant leurs effets au moyen 
de groupes témoins.
La  reproductibilité  des  observations  et  des  résultats  de  l’expérience constitue aussi un critère scientifique incontournable. 
Les  observations  non  vérifiables  peuvent  être  intéressantes 
ou même fascinantes, mais elles ne comptent pas quand il est 
question de recherche scientifique. Les manchettes de certains 
m  Figure 1.26  L’utilisation de serpents artificiels dans des expériences sur le terrain pour vérifier l’hypothèse de Bates. En (b), un
ours a mordu le faux serpent brun.
(a) Fausse couleuvre tachetée
(b) Faux serpent brun qui a été attaqué
.  Figure 1.27
La présence de serpents-arlequins
modifie-t-elle le taux de prédation
sur leurs « imposteurs », les couleuvres
tachetées ?
expérIenCe  David Pfennig et ses collègues ont fabriqué des faux serpents pour vérifier la prédiction de l’hypothèse de Bates, selon laquelle les
couleuvres tachetées tirent avantage de leur imitation de la coloration
d’avertissement des serpents-arlequins, mais seulement dans les régions
abritant des serpents-arlequins venimeux. Les chercheurs ont placé un
nombre égal de fausses couleuvres tachetées (groupe expérimental) et de
faux serpents bruns (groupe témoin) dans 14 sites. La moitié d’entre eux
a été installée dans la région où cohabitent le serpent-arlequin et la
couleuvre tachetée, et l’autre moitié, dans une région où ne vit pas le
serpent-arlequin. Au bout de quatre semaines, les chercheurs ont récupéré les faux serpents et consigné les données sur la prédation à partir
des marques de dents et de griffes sur ceux-ci.
résultats  Dans les sites exempts de serpents-arlequins, les prédateurs
ont surtout attaqué des fausses couleuvres tachetées. Dans les sites habités
par des serpents-arlequins, la plupart des agressions ont visé de faux
serpents bruns.
83%
84%
Zones non habitées
par le serpent-arlequin
17%
16%
Zones habitées par
le serpent-arlequin
20
0
40
60
80
100
% d’attaques sur
les faux reptiles
Fausses
couleuvres
tachetées
Faux
serpents
bruns
ConClusIon  Les expériences sur le terrain corroborent l’hypothèse de
Bates en ne réfutant pas la principale prédiction, selon laquelle les faux
serpents-arlequins ne sont efficaces que dans les régions abritant des
serpents-arlequins. Les expériences ont également permis de réfuter
l’hypothèse voulant que les prédateurs évitent habituellement tous les
serpents aux rayures vivement colorées, qu’ils soient venimeux ou non. En
effet, les données recueillies montrent que, dans les régions dépourvues
de serpents-arlequins, les rayures vivement colorées n’ont pas repoussé
les prédateurs. (Les fausses couleuvres tachetées ont peut-être été attaquées plus fréquemment dans ces régions parce que leurs couleurs très
voyantes les rendaient plus visibles que les faux serpents bruns.)
sourCe  D. W. Pfennig, W. R. Harcombe et K. S. Pfennig, Frequencydependent Batesian mimicry, Nature 410 : 323 (2001).
et  sI ?
  Quelle prédiction feriez-vous si tous les prédateurs du territoire de la Caroline du Nord et du Sud évitaient tous les reptiles parés
d’anneaux aux couleurs voyantes ?
investigation
Précédent

- 63/1611

Suivant