566 quatrième partie Les mécanismes de l’évolution
d’Animaux (les chiens et les chats, par exemple) d’après les
différences que révèle leur apparence. Cependant, est-il réaliste
de penser qu’on peut classer les organismes dans ces unités distinctes que nous appelons espèces ? Ou est-ce un désir humain
que de vouloir ordonner le monde naturel ? Pour répondre à
cette question, les biologistes doivent comparer non seulement les caractéristiques morphologiques (forme du corps)
de divers groupes d’organismes, mais aussi les différences
moins évidentes touchant la physiologie, la biochimie et les
séquences d’ADN. Ces comparaisons confirment généralement
que les espèces morphologiquement différentes forment effectivement des groupes distincts qui présentent de nombreuses
différences autres que morphologiques.
Le concept biologique de l’espèce
La première définition de l’espèce utilisée dans ce manuel est
le conceptbiologiquedel’espèce. Selon ce concept, une
espèce est une population ou un groupe de populations dont
les membres peuvent se reproduire les uns avec les autres dans
la nature et engendrer une descendance viable et féconde ; ils
sont, par contre, le plus souvent dans l’impossibilité d’avoir
une telle descendance avec les individus d’autres populations
(figure 24.2). Par conséquent, les membres d’une espèce biologique sont unis par leur compatibilité reproductive potentielle.
Ainsi, tous les humains appartiennent à la même espèce : il
est peu probable qu’une femme d’affaires de l’Amérique du
Nord et un fermier de Mongolie se rencontrent, mais si cela
arrive et qu’ils s’accouplent, ils pourront avoir des bébés viables
qui deviendront des adultes féconds. En revanche, les humains
et les chimpanzés sont des espèces biologiquement distinctes,
même dans les régions où ils cohabitent, parce que de nombreux facteurs les empêchent de se féconder et de produire
une descendance viable et fertile.
Comment se fait-il qu’une espèce arrive à préserver son
patrimoine génétique et que ses membres présentent plus
de ressemblances entre eux qu’avec les membres des autres
espèces ? Pour répondre à cette question, nous devons examiner de nouveau le mécanisme évolutif du flux génétique,
c’est-à-dire l’échange d’allèles entre des populations (voir le
chapitre 23). Typiquement, le flux génétique concerne les
diverses populations d’une même espèce ; cet échange continuel d’allèles tend à préserver leur patrimoine génétique
commun. Comme nous allons le voir dans les prochaines
sections, l’absence de flux génétique joue un rôle clé dans la
formation de nouvelles espèces et dans le maintien de leur
isolement une fois leur potentiel d’interfécondité réduit.
L’isolement reproductif
Comme les espèces biologiques se distinguent par leur
incompatibilité reproductive, le concept biologique de l’espèce s’appuie sur l’isolement reproductif, c’est-à-dire sur
l’existence de facteurs biologiques (barrières) qui empêchent
les membres de deux espèces de produire des hybrides viables
et féconds. De telles barrières bloquent le flux génétique
entre les espèces et limitent la formation d’hybrides, c’està-dire de descendants issus d’un accouplement entre deux
espèces. Le blocage de tout échange génétique entre les espèces
ne découle pas d’une barrière unique, mais d’une combinaison de diverses barrières.
S’il est clair que la mouche domestique (Musca domestica)
ne peut s’accoupler avec la grenouille léopard du Nord
(Rana pipiens) ou la grande fougère (Pteridium aquilinum), les
bar rières reproductives entre des espèces plus étroitement
apparentées sont moins évidentes. Ces barrières peuvent être
pré zygotiques ou postzygotiques, selon qu’elles contribuent à
l’isolement reproductif avant ou après la fécondation. Les
m Figure 24.2 La définition biologique de l’espèce repose
sur le potentiel d’interfécondité et non sur la ressemblance
physique.
(a) Similarité entre des espèces différentes. La sturnelle des prés
(Sturnella magna, à gauche) et la sturnelle de l’Ouest (Sturnella
neglecta, à droite) ont une forme et des couleurs semblables. Elles
constituent pourtant deux espèces distinctes, car leur chant et leurs
comportements sont suffisamment différents pour que les femelles
d’une espèce ne soient pas incitées à la reproduction par les mâles
de l’autre espèce s’ils se rencontraient dans la nature.
(b) Diversité au sein d’une même espèce. Bien qu’ils présentent
une très grande variété de traits, les humains appartiennent tous
à la même espèce biologique (Homo sapiens) : ils sont interféconds.
d’Animaux (les chiens et les chats, par exemple) d’après les
différences que révèle leur apparence. Cependant, est-il réaliste
de penser qu’on peut classer les organismes dans ces unités distinctes que nous appelons espèces ? Ou est-ce un désir humain
que de vouloir ordonner le monde naturel ? Pour répondre à
cette question, les biologistes doivent comparer non seulement les caractéristiques morphologiques (forme du corps)
de divers groupes d’organismes, mais aussi les différences
moins évidentes touchant la physiologie, la biochimie et les
séquences d’ADN. Ces comparaisons confirment généralement
que les espèces morphologiquement différentes forment effectivement des groupes distincts qui présentent de nombreuses
différences autres que morphologiques.
Le concept biologique de l’espèce
La première définition de l’espèce utilisée dans ce manuel est
le conceptbiologiquedel’espèce. Selon ce concept, une
espèce est une population ou un groupe de populations dont
les membres peuvent se reproduire les uns avec les autres dans
la nature et engendrer une descendance viable et féconde ; ils
sont, par contre, le plus souvent dans l’impossibilité d’avoir
une telle descendance avec les individus d’autres populations
(figure 24.2). Par conséquent, les membres d’une espèce biologique sont unis par leur compatibilité reproductive potentielle.
Ainsi, tous les humains appartiennent à la même espèce : il
est peu probable qu’une femme d’affaires de l’Amérique du
Nord et un fermier de Mongolie se rencontrent, mais si cela
arrive et qu’ils s’accouplent, ils pourront avoir des bébés viables
qui deviendront des adultes féconds. En revanche, les humains
et les chimpanzés sont des espèces biologiquement distinctes,
même dans les régions où ils cohabitent, parce que de nombreux facteurs les empêchent de se féconder et de produire
une descendance viable et fertile.
Comment se fait-il qu’une espèce arrive à préserver son
patrimoine génétique et que ses membres présentent plus
de ressemblances entre eux qu’avec les membres des autres
espèces ? Pour répondre à cette question, nous devons examiner de nouveau le mécanisme évolutif du flux génétique,
c’est-à-dire l’échange d’allèles entre des populations (voir le
chapitre 23). Typiquement, le flux génétique concerne les
diverses populations d’une même espèce ; cet échange continuel d’allèles tend à préserver leur patrimoine génétique
commun. Comme nous allons le voir dans les prochaines
sections, l’absence de flux génétique joue un rôle clé dans la
formation de nouvelles espèces et dans le maintien de leur
isolement une fois leur potentiel d’interfécondité réduit.
L’isolement reproductif
Comme les espèces biologiques se distinguent par leur
incompatibilité reproductive, le concept biologique de l’espèce s’appuie sur l’isolement reproductif, c’est-à-dire sur
l’existence de facteurs biologiques (barrières) qui empêchent
les membres de deux espèces de produire des hybrides viables
et féconds. De telles barrières bloquent le flux génétique
entre les espèces et limitent la formation d’hybrides, c’està-dire de descendants issus d’un accouplement entre deux
espèces. Le blocage de tout échange génétique entre les espèces
ne découle pas d’une barrière unique, mais d’une combinaison de diverses barrières.
S’il est clair que la mouche domestique (Musca domestica)
ne peut s’accoupler avec la grenouille léopard du Nord
(Rana pipiens) ou la grande fougère (Pteridium aquilinum), les
bar rières reproductives entre des espèces plus étroitement
apparentées sont moins évidentes. Ces barrières peuvent être
pré zygotiques ou postzygotiques, selon qu’elles contribuent à
l’isolement reproductif avant ou après la fécondation. Les
m Figure 24.2 La définition biologique de l’espèce repose
sur le potentiel d’interfécondité et non sur la ressemblance
physique.
(a) Similarité entre des espèces différentes. La sturnelle des prés
(Sturnella magna, à gauche) et la sturnelle de l’Ouest (Sturnella
neglecta, à droite) ont une forme et des couleurs semblables. Elles
constituent pourtant deux espèces distinctes, car leur chant et leurs
comportements sont suffisamment différents pour que les femelles
d’une espèce ne soient pas incitées à la reproduction par les mâles
de l’autre espèce s’ils se rencontraient dans la nature.
(b) Diversité au sein d’une même espèce. Bien qu’ils présentent
une très grande variété de traits, les humains appartiennent tous
à la même espèce biologique (Homo sapiens) : ils sont interféconds.
