chapitre 1 Introduction : les thèmes de l’étude du vivant
17
Darwin expliquait qu’en raison de ses effets cumulatifs au 
fil de nombreuses générations, la sélection naturelle permettait  d’envisager  qu’une  espèce  ancestrale  se  « scinde »  en  de 
nouvelles  espèces.  Un  tel  phénomène  peut  se  produire,  par 
exemple,  lorsqu’une  même  population  se  fragmente  en  plusieurs  populations  géographiquement  isolées  et  vivant  dans 
des  environnements  différents.  À  mesure  qu’elles  s’adaptent 
chacune de leur côté à un environnement particulier, cellesci peuvent former des espèces distinctes.
L’« arbre généalogique » des 14 géospizes de la figure 1.22, 
à la page suivante, est un exemple bien connu de la radiation 
adaptative  d’une  espèce  ancestrale  en  nouvelles  espèces. 
Darwin  a  recueilli  des  spécimens  de  ces  oiseaux  lorsqu’il  a 
visité  les  îles  Galápagos  en  1835.  Cet  archipel  volcanique 
relativement jeune est situé dans l’océan Pacifique à environ 
900  km  des  côtes  de  l’Amérique  du  Sud.  Il  abrite  de  nombreuses espèces végétales et animales qui n’existent nulle part 
ailleurs dans le monde, encore qu’elles soient manifestement 
apparentées  aux  espèces  du  continent  sud-américain.  Après 
que le volcanisme eut fait apparaître l’archipel, il y a quelques 
millions d’années, les géospizes se sont probablement diversifiés sur ses différentes îles à partir d’une espèce ancestrale qui 
s’y est posée par hasard. (On a longtemps cru que les premiers 
géospizes  provenaient  du  continent  sud-américain,  comme 
de  nombreux  organismes  des  îles  Galápagos,  mais  il  semble 
qu’ils  proviendraient  des  Antilles,  un  archipel  des  Caraïbes 
qui,  à  une  autre  époque,  se  trouvait  beaucoup  plus  près  des 
îles Galápagos.) Des années après la visite de Darwin aux îles 
Galápagos,  des  chercheurs  ont  commencé  à  étudier  l’apparentement entre les différentes espèces de géospizes, d’abord 
à partir de données anatomiques et géographiques puis, plus 
récemment, à partir de la comparaison des séquences d’ADN.
Les diagrammes que les biologistes créent pour représenter 
l’évolution ont souvent la forme d’un arbre, quoique ces derniers  aient  aujourd’hui  tendance  à  le  présenter  horizon  talement, comme dans la figure 1.22. Le diagramme arborescent 
convient particulièrement à ce type de représentation : tout 
comme  une  personne  possède  une  histoire  familiale  qu’on 
peut  représenter  par  un  arbre  généalogique,  chaque  espèce 
courant les ramifications, on remonte jusqu’aux espèces ancestrales.  Les  espèces  très  semblables,  comme  les  géospizes  des 
îles  Galápagos,  descendent  d’un  ancêtre  commun  occupant 
une fourche relativement récente de l’arbre généalo  gique. En 
remontant  plus  loin  dans  le  temps,  toutefois,  on  s’aperçoit 
que les géospizes sont apparentés aux pinsons, aux faucons, 
aux  pingouins  et  à  tous  les  autres  Oiseaux.  Par  ailleurs,  les 
Oiseaux,  les  Mammifères  et  tous  les  autres  Vertébrés  ont 
un ancêtre commun encore plus ancien. Des ressemblances 
comme  la  structure  des  cils  chez  les  Eucaryotes  (voir  la 
figure  1.16)  témoignent  d’un  lien  de  parenté  encore  plus 
archaïque.   
Toujours  plus  loin  dans  le  temps,  il  y  a  plus  de 
3,5 milliards d’années, seuls les Procaryotes primitifs existaient 
sur  la  Terre.  Nous  en  retrouvons  des  vestiges  dans  nos  propres  cellules,  notamment  dans  le  code  génétique  universel. 
Tous  les  êtres  vivants  sont  donc  apparentés,  et  l’essence  de 
ce lien réside dans l’évolution.
Variation des caractères
héréditaires dans une
population
1
Élimination des individus
possédant certains
caractères
2
Reproduction
des survivants
3
Augmentation de la
fréquence des caractères
favorisant la survie et
la reproduction
4
m  Figure 1.20  La sélection naturelle. Cette population imaginaire de coléoptères a colonisé un lieu dont le sol a
été noirci par un feu de brousse. Au départ, la coloration des individus varie considérablement dans la population : elle
va d’un gris très pâle à un gris très sombre. Les individus pâles sont repérés plus facilement par les oiseaux affamés qui
se nourrissent de coléoptères.
m  Figure 1.21  L’adaptation évolutive. Les chauves-souris sont les
seuls mammifères capables de voler. Leurs ailes font penser à de longs
« doigts » palmés qui forment une sorte de cape. Selon la théorie de
Darwin, ce genre d’adaptation est dû à la sélection naturelle.
Précédent

- 57/1611

Suivant