chapitre 22 La « descendance avec modification » : l’évolution selon Darwin 529
communes qui ont amené Darwin à percevoir l’unité du
vivant. Pour lui, cette unité découlerait du fait que tous les
organismes descendent d’un ancêtre commun ayant vécu
dans un passé très lointain. En colonisant les divers habitats
au fil de millions d’années, croyait aussi Darwin, les descendants de cet organisme primordial ont accumulé des modifications diverses – des adaptations – qui les rendaient capables
de vivre dans des milieux particuliers. C’est ainsi qu’il explique
comment la descendance avec modification a fini par produire au fil du temps la très riche diversité du vivant que
nous connaissons aujourd’hui.
Darwin voit le vivant comme un arbre : d’un même tronc
jaillissent des branches multiples qui se divisent jusqu’à
former des ramilles dont les extrémités
représentent la diversité des organismes
vivant aujourd’hui (figure 22.7). Chaque
fourche de l’arbre de l’évo lution représente l’ancêtre commun le plus récent
de toutes les lignées qui se sé parent à
partir de là. Prenons l’exemple d’espèces étroitement apparentées comme
l’éléphant d’Asie (Elephas maximus) et
l’éléphant d’Afrique (Loxodonta africana).
Comme on le voit à la figure 22.8, ces
espèces sont très similaires parce qu’elles
appartenaient à la même lignée issue
d’un ancêtre commun jusqu’à ce qu’elles
en divergent dans un passé relativement récent. Notez que sept lignées
reliées aux éléphants se sont éteintes
au cours des 32 derniers millions d’années, de sorte qu’aucune espèce vivante
ne comble aujourd’hui le fossé entre les
éléphants et leurs plus proches parents,
les lamantins et les damans. De telles
extinctions ne sont pas rares : de très
nombreuses branches de l’arbre de l’évolution – y compris quelques-unes des
principales ramifications – débouchent
sur des culs-de-sac. Les scientifiques
estiment que près de 99 % de toutes
les espèces qui ont vécu sur Terre se
sont éteintes ! Comme le montre la
figure 22.8, les fossiles des espèces
éteintes peuvent révéler les divergences
des espèces contemporaines en comblant les trous entre elles.
Dans sa tentative de classification,
Linné avait compris que certains organismes se ressemblaient plus que
d’autres, mais n’avait pas établi de lien
entre ces ressemblances et l’évolution.
Toutefois, comme il avait reconnu que
l’immense variété des organismes peut
être rangée en « groupes subordonnés aux groupes » (l’expression est de
Darwin), sa taxinomie concorde en
grande partie avec la théorie darwinienne. Pour Darwin, la hiérarchie de
b  Figure 22.7
« I think… » Dans ce
croquis réalisé en 1837,
Darwin commence à se
représenter l’évolution
comme un arbre portant
des embranchements.
m  Figure 22.8 La descendance avec modification. Cet arbre généalogique retrace l’évolution de la
famille des Éléphantidés. Il se fonde principalement sur les fossiles : leur anatomie, leur ordre d’apparition
selon la strate et leur distribution géographique. Remarquez que plusieurs branches se terminent par une
extinction (indiquée par le signe †). (L’axe du temps n’est pas à l’échelle.)
Selon cet arbre généalogique, à quel moment environ l’ancêtre commun le plus récent des
Mammuthus (mammouths laineux), des éléphants d’Asie et des éléphants d’Afrique vivait-il ?
?
† Barytherium
† Mammut
(mastodonte)
† Stegodon
† Platybelodon
† Mammuthus
(mammouth)
† Deinotherium
† Moeritherium
Hyracoïdes
(damans)
Siréniens
(lamantins
et genres
apparentés)
34
60
24
Millions d’années écoulées
Années écoulées
5,5 2 10
4 0
Elephas maximus
(Asie)
Loxodonta
africana
(Afrique)
Loxodonta cyclotis
(Afrique)
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