452 trOiSiÈMe partie La génétique
Cependant, les quelques enzymes virales placées sous le
contrôle du génome des virus ont fourni des cibles pour
d’autres médicaments. La plupart des médicaments antiviraux ressemblent à des nucléosides, de sorte qu’ils empêchent
la synthèse des acides nucléiques viraux. L’un de ces produits
est l’acyclovir, qui empêche la réplication de l’herpèsvirus en
inhibant la polymérase virale qui synthétise l’ADN viral. De
façon analogue, la zidovudine (ou azidothymidine, AZT) freine
la réplication du VIH en entravant la synthèse de l’ADN par la
transcriptase inverse. Au cours des deux dernières décennies,
des efforts considérables ont été consacrés à la mise au point
de médicaments contre le VIH. Actuellement, on constate
que les multithérapies, parfois appelées cocktails, sont les plus
efficaces. De tels traitements comprennent habituellement
une combinaison de deux analogues de nucléosides et d’un
inhibiteur de protéase qui interfère avec une enzyme requise
pour l’assemblage de particules des virus.
Les nouveaux virus
On qualifie de nouveaux virus ceux qui semblent faire leur
apparition soudainement. Le VIH, ou virus du sida, en est un
exemple classique : ce virus, jusque-là inconnu, est apparu à
San Francisco au début des années 1980, bien que des études
postérieures aient permis de découvrir un cas au Congo
belge, en 1959. Le virus Ebola, découvert en 1976, en Afrique
centrale, est un nouveau virus qui cause une fièvre hémorragique, un syndrome (un ensemble de symptômes) souvent
fatal qui se caractérise par de la fièvre, des vomissements, des
hémorragies internes et externes et un collapsus cardiovasculaire. Certains nouveaux virus causent une encéphalite (une
inflammation du cerveau). On peut citer l’exemple du virus
du Nil occidental, qui est apparu pour la première fois en
Amérique du Nord en 1999 et s’est propagé dans les 48 États
limitrophes des États-Unis.
En avril 2009, une flambée générale, ou épidémie, d’une
maladie semblable à la grippe est apparue au Mexique et
aux États-Unis. L’agent infectieux a rapidement été identifié
comme étant un virus de la grippe apparenté aux virus qui
causent la grippe saisonnière (figure 19.9a). Ce virus particulier a été nommé H1N1 pour des raisons que nous expliquerons un peu plus loin. La maladie virale s’est propagée
rapidement, forçant l’OMS à déclarer une épidémie à l’échelle
mondiale, ou pandémie, en juin 2009. En novembre, la
maladie avait atteint 207 pays, infectant plus de 600 000 personnes et en tuant près de 8 000. Les services de santé publique
ont réagi rapidement en émettant des directives pour fermer
les écoles et d’autres lieux publics afin de ralentir la propagation du virus ; la mise au point d’un vaccin et les efforts de
dépistage ont été accélérés (figure 19.9b).
Comment ces souches virales sont-elles apparues sur la
scène humaine, engendrant des maladies graves autrefois rares
ou inconnues ? Trois phénomènes contribuent à l’émergence
de maladies virales. Le premier, la mutation de virus existants,
est peut-être le plus important. Les virus à ARN ont un taux de
mutation exceptionnellement élevé, parce que les erreurs dans
la réplication de leurs génomes d’ARN ne sont pas cor rigées
par les étapes de « correction d’épreuves ». Certaines mutations
modifient les virus existants en nouvelles variantes génétiques
(souches) capables de rendre malades des indi vidus immunisés
contre le virus ancestral. Par exemple, les épidémies de grippe
saisonnière sont dues à de nouvelles souches de virus génétiquement assez différentes des souches précédentes ; c’est pourquoi l’immunité acquise lors d’in fections grippales précédentes
a peu d’effets sur les suivantes.
Un deuxième phénomène qui peut conduire à l’émergence de maladies virales est la propagation d’une maladie
virale à partir d’une petite population isolée. Par exemple, le
sida est passé pratiquement inaperçu pendant des décennies
avant qu’on l’identifie et qu’il se propage dans le monde
entier. Cette maladie, qui était rare chez les humains, est
devenue un fléau mondial sous l’influence de facteurs technologiques et sociaux (le prix abordable des voyages internationaux, les transfusions sanguines, la promiscuité sexuelle et
la consommation de drogues par voie intraveineuse).
Une troisième source de nouvelles maladies virales chez les
humains est la propagation de virus provenant d’autres espèces
animales. Les chercheurs estiment que près des trois quarts
des nouvelles maladies humaines sont d’abord apparues chez
d’autres animaux. On dit que les animaux qui hébergent et
peuvent transmettre un virus particulier sans en souffrir euxmêmes constituent un réservoir naturel pour ce virus. Par
exemple, la pandémie de grippe de 2009 que nous venons
(c) Pandémie de grippe de 1918. Un grand nombre de ceux qui ont été
infectés au cours de la pire épidémie de grippe dans les 100 dernières
années ont été traités dans de grands hôpitaux improvisés, comme celui-ci.
(a) Virus de la grippe A (H1N1)
pandémique de 2009.
On voit les virus (en bleu) sur
une cellule infectée (en vert)
dans cette MET colorée.
(b) Dépistage de la pandémie
de 2009. Dans un aéroport de
la Corée du Sud, des caméras
thermiques à balayage ont été
utilisées pour détecter les
passagers fiévreux qui pourraient
être atteints de la grippe H1N1.
1 Rm
(90 000 w)
m  Figure 19.9 La grippe chez les humains.
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