chapitre 1 Introduction : les thèmes de l’étude du vivant
3
ConCept 
1.1
Les thèmes qu’explore cet ouvrage
établissent des ponts entre
les différents domaines de la biologie
La  biologie  est  un  sujet  qui  ratisse  large,  et  les  bulletins  de 
nouvelles révèlent chaque jour des découvertes excitantes en 
ce domaine. Il existe très probablement de meilleures façons 
d’acquérir une vision cohérente du vivant qu’en mémorisant 
les données factuelles de ce colossal sujet. Il est sûrement préférable  de  s’engager  plus  activement  en  établissant  des  liens 
entre  tous  les  faits  que  vous  découvrez  et  en  en  dégageant 
une série de thèmes qui couvrent tous les domaines de la biologie.  En  vous  concentrant  sur  quelques  grandes  idées  –  des 
façons  de  penser  ce  qu’est  la  vie  qui  demeurent  toujours 
vraies  au  cours  du  temps  –,  vous  arriverez  plus  facilement  à 
organiser vos connaissances et à comprendre la signification 
de toutes les informations que vous découvrirez en étudiant 
la biologie. Pour vous faciliter la tâche, nous vous proposons 
huit  thèmes  unificateurs  qui  vous  serviront  de  repères  tout 
au long de ce livre. 
thème : De nouvelles propriétés
émergent à chaque niveau de la hiérarchie
de l’organisation biologique
L’étude du vivant commence à l’échelle microscopique, celle 
des  molécules  et  des  cellules  composant  les  organismes,  et 
s’étend  jusqu’à  celle  de  la  planète  prise  dans  sa  globalité. 
Nous  pouvons  découper  ce  formidable  champ  d’action  en 
divers niveaux d’organisation biologique. 
Imaginez  que  vous  êtes  dans  l’espace  à  regarder  la  Terre, 
puis que vous zoomez graduellement pour observer la vie terrestre de plus en plus près. C’est le printemps au Québec, et 
vous  mettez  le  cap  sur  l’une  de  ses  forêts  afin  de  procéder  à 
l’examen  moléculaire  d’une  feuille  d’érable.  La  figure  1.4
(dans les deux pages qui suivent) raconte cette exploration de 
plus en plus détaillée du monde vivant. En suivant la numérotation,  examinez  la  série  d’images  qui  vous  fera  passer  du 
niveau de la biosphère à celui de l’atome. 
Les propriétés émergentes des systèmes
Examinons  encore  la  hiérarchie  de  l’organisation  biologique 
à la figure 1.4, mais cette fois-ci en prenant du recul, c’està-dire  en  partant  du  niveau  moléculaire.  Chaque  fois  qu’on 
monte  d’un  niveau  dans  la  hiérarchie,  nous  voyons  apparaître de nouvelles propriétés qui n’étaient pas présentes au 
niveau  précédent.  Ces  propriétés émergentes  résultent 
de l’arrangement des composantes et de leurs interactions de 
plus  en  plus  complexes.  Par  exemple,  même  si  on  mélange 
de  la  chlorophylle  et  toutes  les  molécules  d’un  chloroplaste 
dans  une  éprouvette,  la  photosynthèse  ne  peut  se  dérouler, 
car  cette  réaction  dépend  de  la  façon  très  spécifique  dont  la 
chlorophylle et les autres molécules sont organisées dans un 
chloroplaste intact. Prenons un autre exemple. Si un traumatisme  crânien  grave  perturbe  l’architecture  complexe  d’un 
cerveau humain, celui-ci risque de cesser de fonctionner correctement,  même  si  toutes  ses  parties  sont  encore  présentes. 
gentes d’un réseau complexe de neurones. À un niveau d’organisation  biologique  encore  plus  élevé,  en  l’occurrence  au 
niveau  de  l’écosystème,  le  recyclage  des  nutriments  tel  le 
  carbone  dépend  d’un  réseau  de  divers  organismes  qui  interagissent entre eux, de même qu’avec le sol et l’air.
Les propriétés émergentes ne sont pas exclusives au vivant. 
Une  boîte  contenant  toutes  les  pièces  d’une  bicyclette  ne 
vous  mènera  nulle  part,  mais  si  celles-ci  sont  assemblées 
d’une façon précise, vous pourrez pédaler jusqu’où bon vous 
semble. Il en va de même du graphite formant la mine d’un 
crayon  et  d’un  diamant  serti  sur  une  alliance :  tous  deux  se 
composent  de  carbone  pur,  mais  leurs  propriétés  sont  très 
différentes  parce  que  leurs  atomes  de  carbone  sont  arrangés 
différemment.  Ces  deux  exemples  illustrent  l’importance  du 
concept  d’organisation,  mais  rien  ne  peut  rivaliser  avec  les 
systèmes  biologiques  en  matière  de  complexité.  Celle-ci  fait 
des propriétés émergentes de la vie un sujet d’étude particulièrement stimulant.
Les forces et les faiblesses du réductionnisme
Puisque  les  êtres  vivants  présentent  des  propriétés  qui 
émergent  de  leur  organisation  complexe,  les  scientifiques 
qui  s’attachent  à  comprendre  les  processus  biologiques  font 
face  à  un  dilemme.  D’une  part,  il  est  impossible  d’expliquer 
totalement  un  niveau  d’organisation  supérieur  en  le  réduisant à ses parties. Un animal disséqué ne vit plus ; une cellule 
réduite à ses constituants chimiques n’a plus rien d’une cellule. D’autre part, il est vain d’essayer d’analyser une chose 
aussi complexe qu’un organisme ou une cellule sans la réduire 
à ses composantes. 
Une  stratégie  efficace  en  biologie,  appelée  réductionnisme,  consiste  à  fragmenter  les  systèmes  complexes  en 
  éléments  plus  simples  et  plus  faciles  à  manipuler  en  vue  de 
les étudier. Par exemple, c’est en se penchant sur la structure 
moléculaire  d’une  substance  extraite  de  cellules  que  James 
Watson  et  Francis  Crick  ont  déduit,  en  1953,  que  l’ADN 
constitue  le  fondement  chimique  de  l’hérédité.  Cependant, 
on comprit mieux le rôle crucial de l’ADN des cellules et des 
organismes  lorsque  les  scientifiques  réussirent  à  étudier  ses 
interactions  avec  d’autres  molécules.  Les  biologistes  doivent 
recourir à la stratégie réductionniste sans perdre de vue l’objectif  plus  global  qui  est  de  comprendre  les  propriétés  émergentes,  c’est-à-dire  la  façon  dont  les  parties  des  cellules,  les 
organismes  et  les  niveaux  supérieurs  d’organisation,  comme 
les écosystèmes, interagissent. C’est l’objectif de la biologie des 
systèmes, une approche mise au point il y a plus de 50 ans. 
La biologie des systèmes
Un système n’est qu’une combinaison de composantes fonctionnant  ensemble.  Un  biologiste  peut  étudier  un  système  à 
n’importe quel niveau d’organisation. Une seule cellule d’une 
feuille  d’arbre  peut  être  considérée  comme  un  système,  tout 
comme  une  grenouille,  une  colonie  de  fourmis  ou  l’écosystème d’un désert. Pour comprendre le fonctionnement de 
tels  systèmes,  il  ne  suffit  pas  de  connaître  la  liste  de  leurs 
composantes, aussi complète soit-elle. Après avoir compris ce 
principe, de nombreux chercheurs ont commencé à enrichir 
le  réductionnisme  de  nouvelles  stratégies  leur  permettant 
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