chapitre 14 Mendel et le concept de gène 319
d’évaluer avec plus de précision le risque génétique lié à une
affection donnée en déterminant si de futurs parents sont des
porteurs sains d’un allèle récessif. On dispose désormais de
tests permettant de déterminer si un individu au phénotype
normal est homozygote dominant ou porteur sain hétérozygote pour un nombre croissant de maladies héréditaires
(figure 14.18). À titre d’exemple, citons ceux qui permettent
de dépister les porteurs sains des allèles de la maladie de
Tay-Sachs, de l’anémie à hématies falciformes et de la forme
la plus répandue de la fibrose kystique.
Ces tests permettent aux individus ayant des antécédents
familiaux de maladies génétiques de prendre des décisions
éclairées s’ils désirent procréer. Malheureusement, ces nouvelles méthodes de dépistage génétique soulèvent d’autres
problèmes. Les porteurs sains se verront-ils refuser une assurance maladie ou une assurance vie, ou perdront-ils leur emploi
qui leur procure ces avantages, bien qu’ils soient eux-mêmes
en bonne santé ? La législation sur le transfert des renseignements génétiques, dans les pays où elle existe, peut dissiper
ces inquiétudes en défendant la discrimination dans l’emploi
ou la couverture d’assurance sur la base de résultats de tests
génétiques. Une question demeure : y aura-t-il assez de conseillers génétiques pour aider les nombreux individus qui se
soumettent à des tests à en comprendre les résultats ? Et
même si les résultats sont bien compris, les individus atteints
risquent de faire face à des décisions difficiles. Les progrès en
biotechnologie permettront peut-être de réduire la souffrance
humaine, mais il est impératif d’apporter en premier des
réponses à des questions fondamentales d’ordre éthique.
Le diagnostic prénatal
Supposons qu’un homme et une femme en attente d’un
enfant apprennent qu’ils sont tous deux des porteurs sains de
la maladie de Tay-Sachs. De la 14
e
à la 16
e
semaine de grossesse, des tests réalisés à la suite de l’amniocentèse permettent de déterminer si le fœtus est atteint de la maladie
(figure 14.19a). Cette technique consiste à insérer une
aiguille dans la cavité utérine et à franchir l’amnios (la membrane extraembryonnaire la plus externe). Le médecin qui
effectue le test extrait ensuite de la cavité amniotique environ
10 mL du liquide dans lequel baigne le fœtus. Il est possible de
détecter certaines maladies génétiques grâce à la présence de
molécules dans le liquide amniotique. Des tests pour détecter
d’autres maladies, y compris la maladie de Tay-Sachs, sont
effectués sur l’ADN de cellules fœtales contenues dans le
liquide amniotique et mises en culture en laboratoire. Ces cellules permettent d’établir le caryotype et de déterminer certaines anomalies chromosomiques (voir les figures 13.3, p. 284
[caryotype normal], et 15.15, p. 344 [caryotype anormal]).
Une autre technique appelée biopsie des villosités
choriales consiste à insérer un tube mince dans l’utérus par
le col utérin et à aspirer une petite quantité de tissu fœtal en
provenance du placenta, cet organe qui assure le transport
des nutriments et des déchets entre le fœtus et la mère
(figure 14.19b). Les cellules des villosités choriales, où l’échantillon a été prélevé, proviennent du fœtus ; elles ont donc le
même génotype et les mêmes séquences d’ADN que celui-ci.
Ces cellules prolifèrent assez rapidement pour permettre
d’établir immédiatement un caryotype. Cette méthode rapide
présente l’avantage de donner des résultats plus tôt que
l’amniocentèse (celle-ci nécessite de cultiver les cellules pendant plusieurs semaines avant de pouvoir dresser un caryotype). Par ailleurs, on peut réaliser une biopsie des villosités
choriales dès la huitième semaine de grossesse.
Récemment, des scientifiques ont mis au point des méthodes
d’isolement des cellules fœtales qui se sont échappées dans le
sang de la mère. Bien que ces cellules soient peu nombreuses,
il est possible de les cultiver pour effectuer des tests, et d’analyser l’ADN fœtal.
Les techniques d’imagerie médicale permettent au médecin
d’examiner directement le fœtus pour détecter la présence
d’anomalies graves qui pourraient ne pas être mises en évidence par les tests génétiques. L’échographie consiste à utiliser
des ultrasons. Ce procédé simple et non effractif sert à produire une image du fœtus à partir de la réflexion des ondes
sonores. Une autre technique, la fœtoscopie, consiste à insérer
dans l’utérus un tube aussi fin qu’une aiguille comportant un
objectif et des fibres optiques (qui transmettent la lumière).
Les ultrasons et l’isolation de cellules ou d’ADN fœtaux du
sang de la mère ne comportent aucun risque connu pour la
mère et le fœtus ; les autres méthodes entraînent parfois des
. Figure 14.18
iMpact
Les tests génétiques
D
epuis que la séquence complète du génome humain a été terminée
en 2003, le nombre et le type de tests génétiques basés sur l’ADN
ont littéralement explosé. Depuis 2010, il est possible d’effectuer des
tests génétiques pour plus de 2 000 différents allèles responsables de
maladies.
pourQuoI C’est IMportAnt Pour de futurs parents avec une histoire
familiale de maladies récessives ou dominantes à manifestation tardive, la
décision d’avoir un enfant est parfois difficile. Les tests génétiques peuvent
éliminer une partie de l’incertitude et permettre de meilleures prédictions des
probabilités et des risques en jeu.
pour en sAvoIr plus Tests génétiques : quels sont les enjeux du libre
accès ?, Pour la science 379 (mai 2009).
et sI ?
Si un des parents répond positivement et l’autre négativement
au test de dépistage d’un allèle récessif associé à une maladie donnée, quelle
est la probabilité que leur premier enfant en soit atteint ? Que leur premier
enfant soit porteur sain ? Si leur premier enfant est porteur sain, quelle est la
probabilité que leur deuxième enfant le soit aussi ?
d’évaluer avec plus de précision le risque génétique lié à une
affection donnée en déterminant si de futurs parents sont des
porteurs sains d’un allèle récessif. On dispose désormais de
tests permettant de déterminer si un individu au phénotype
normal est homozygote dominant ou porteur sain hétérozygote pour un nombre croissant de maladies héréditaires
(figure 14.18). À titre d’exemple, citons ceux qui permettent
de dépister les porteurs sains des allèles de la maladie de
Tay-Sachs, de l’anémie à hématies falciformes et de la forme
la plus répandue de la fibrose kystique.
Ces tests permettent aux individus ayant des antécédents
familiaux de maladies génétiques de prendre des décisions
éclairées s’ils désirent procréer. Malheureusement, ces nouvelles méthodes de dépistage génétique soulèvent d’autres
problèmes. Les porteurs sains se verront-ils refuser une assurance maladie ou une assurance vie, ou perdront-ils leur emploi
qui leur procure ces avantages, bien qu’ils soient eux-mêmes
en bonne santé ? La législation sur le transfert des renseignements génétiques, dans les pays où elle existe, peut dissiper
ces inquiétudes en défendant la discrimination dans l’emploi
ou la couverture d’assurance sur la base de résultats de tests
génétiques. Une question demeure : y aura-t-il assez de conseillers génétiques pour aider les nombreux individus qui se
soumettent à des tests à en comprendre les résultats ? Et
même si les résultats sont bien compris, les individus atteints
risquent de faire face à des décisions difficiles. Les progrès en
biotechnologie permettront peut-être de réduire la souffrance
humaine, mais il est impératif d’apporter en premier des
réponses à des questions fondamentales d’ordre éthique.
Le diagnostic prénatal
Supposons qu’un homme et une femme en attente d’un
enfant apprennent qu’ils sont tous deux des porteurs sains de
la maladie de Tay-Sachs. De la 14
e
à la 16
e
semaine de grossesse, des tests réalisés à la suite de l’amniocentèse permettent de déterminer si le fœtus est atteint de la maladie
(figure 14.19a). Cette technique consiste à insérer une
aiguille dans la cavité utérine et à franchir l’amnios (la membrane extraembryonnaire la plus externe). Le médecin qui
effectue le test extrait ensuite de la cavité amniotique environ
10 mL du liquide dans lequel baigne le fœtus. Il est possible de
détecter certaines maladies génétiques grâce à la présence de
molécules dans le liquide amniotique. Des tests pour détecter
d’autres maladies, y compris la maladie de Tay-Sachs, sont
effectués sur l’ADN de cellules fœtales contenues dans le
liquide amniotique et mises en culture en laboratoire. Ces cellules permettent d’établir le caryotype et de déterminer certaines anomalies chromosomiques (voir les figures 13.3, p. 284
[caryotype normal], et 15.15, p. 344 [caryotype anormal]).
Une autre technique appelée biopsie des villosités
choriales consiste à insérer un tube mince dans l’utérus par
le col utérin et à aspirer une petite quantité de tissu fœtal en
provenance du placenta, cet organe qui assure le transport
des nutriments et des déchets entre le fœtus et la mère
(figure 14.19b). Les cellules des villosités choriales, où l’échantillon a été prélevé, proviennent du fœtus ; elles ont donc le
même génotype et les mêmes séquences d’ADN que celui-ci.
Ces cellules prolifèrent assez rapidement pour permettre
d’établir immédiatement un caryotype. Cette méthode rapide
présente l’avantage de donner des résultats plus tôt que
l’amniocentèse (celle-ci nécessite de cultiver les cellules pendant plusieurs semaines avant de pouvoir dresser un caryotype). Par ailleurs, on peut réaliser une biopsie des villosités
choriales dès la huitième semaine de grossesse.
Récemment, des scientifiques ont mis au point des méthodes
d’isolement des cellules fœtales qui se sont échappées dans le
sang de la mère. Bien que ces cellules soient peu nombreuses,
il est possible de les cultiver pour effectuer des tests, et d’analyser l’ADN fœtal.
Les techniques d’imagerie médicale permettent au médecin
d’examiner directement le fœtus pour détecter la présence
d’anomalies graves qui pourraient ne pas être mises en évidence par les tests génétiques. L’échographie consiste à utiliser
des ultrasons. Ce procédé simple et non effractif sert à produire une image du fœtus à partir de la réflexion des ondes
sonores. Une autre technique, la fœtoscopie, consiste à insérer
dans l’utérus un tube aussi fin qu’une aiguille comportant un
objectif et des fibres optiques (qui transmettent la lumière).
Les ultrasons et l’isolation de cellules ou d’ADN fœtaux du
sang de la mère ne comportent aucun risque connu pour la
mère et le fœtus ; les autres méthodes entraînent parfois des
. Figure 14.18
iMpact
Les tests génétiques
D
epuis que la séquence complète du génome humain a été terminée
en 2003, le nombre et le type de tests génétiques basés sur l’ADN
ont littéralement explosé. Depuis 2010, il est possible d’effectuer des
tests génétiques pour plus de 2 000 différents allèles responsables de
maladies.
pourQuoI C’est IMportAnt Pour de futurs parents avec une histoire
familiale de maladies récessives ou dominantes à manifestation tardive, la
décision d’avoir un enfant est parfois difficile. Les tests génétiques peuvent
éliminer une partie de l’incertitude et permettre de meilleures prédictions des
probabilités et des risques en jeu.
pour en sAvoIr plus Tests génétiques : quels sont les enjeux du libre
accès ?, Pour la science 379 (mai 2009).
et sI ?
Si un des parents répond positivement et l’autre négativement
au test de dépistage d’un allèle récessif associé à une maladie donnée, quelle
est la probabilité que leur premier enfant en soit atteint ? Que leur premier
enfant soit porteur sain ? Si leur premier enfant est porteur sain, quelle est la
probabilité que leur deuxième enfant le soit aussi ?
