318 trOiSiÈMe partie La génétique
qui touche 1 individu sur 10 000 dans le monde. Cette maladie dégénérative du système nerveux est due à un allèle
dominant létal dont les effets phénotypiques ne se manifestent
pas de façon évidente avant l’âge de 35 à 45 ans. Lorsqu’elle
débute, la détérioration du système nerveux est malheureusement irréversible, et la mort est inéluctable. Comme pour
les autres caractères dominants, la probabilité qu’un individu
né d’un père ou d’une mère portant l’allèle de la maladie de
Huntington présente lui-même cet allèle est de
1
⁄2 (voir la
grille de Punnett à la figure 14.17).
Auparavant, il fallait attendre l’apparition des premiers
symptômes pour savoir si une personne avait effectivement
reçu l’allèle de la maladie de Huntington. Tel n’est plus le cas
depuis que l’analyse d’échantillons d’ADN provenant des
membres d’une tribu comptant plusieurs familles apparentées,
et dans lesquelles la maladie présentait une forte incidence, a
permis de déceler l’allèle de la maladie de Huntington. On
sait désormais que cet allèle est situé sur un locus près de
l’extrémité du chromosome 4, et le gène a été séquencé en
1993. Cette découverte a permis de mettre au point des tests
pour détecter la présence de cet allèle dans le génome d’un
individu. (Nous verrons au chapitre 20 les techniques sur
lesquelles reposent ces tests.) L’existence de ces tests pose
toutefois un terrible dilemme aux personnes dont la famille
a déjà été touchée par cette maladie. Certaines personnes
voudront en subir un avant de décider d’avoir des enfants,
alors que d’autres trouveront trop angoissante l’idée de se
savoir atteintes. Il s’agit manifestement d’une décision tout
à fait personnelle.
Les maladies multifactorielles
On qualifie parfois les maladies héréditaires dont nous
avons parlé jusqu’ici de maladies mendéliennes simples,
parce qu’elles sont dues à l’anormalité de l’un ou des deux
allèles sur un seul locus. Il existe un bien plus grand nombre
d’affections dont les causes sont multifactorielles ; il s’agit,
en d’autres termes, de maladies résultant à la fois de la présence d’une composante génétique et d’une influence significative du milieu. Les maladies multifactorielles comprennent
notamment les troubles cardiaques, le diabète, le cancer,
l’alcoolisme et certaines formes de maladies mentales, telles
que la schizophrénie et les troubles bipolaires. Dans beaucoup de cas, la composante héréditaire est polygénique. Par
exemple, de nombreux gènes influent sur l’état de notre
système cardiovasculaire, ce qui augmente les risques que
certains d’entre nous aient une crise cardiaque ou un accident
vasculaire cérébral (AVC). Mais, peu importe notre génotype,
notre mode de vie joue un rôle important. L’exercice physique, une alimentation saine, l’absence de consommation
de tabac et la capacité de composer avec les situa tions stressantes sont autant de facteurs qui diminuent les risques
de souffrir d’une maladie cardiaque ou de certains types de
cancer, par exemple.
À l’heure actuelle, on sait si peu de choses sur le rôle joué
par les facteurs génétiques dans la plupart des maladies multifactorielles que la meilleure stratégie en matière de santé
publique consiste à donner aux gens le plus d’informations
possible sur l’importance des facteurs environnementaux et à
les encourager à adopter des habitudes de vie saines.
Les outils de dépistage
et de conseil génétique
Il est possible d’éviter certaines maladies génétiques avant
même de concevoir un bébé ou au cours des premiers stades
de la grossesse. De nombreux hôpitaux proposent aux futurs
parents les services de conseillers génétiques capables de les
renseigner au cas où une maladie présente dans leur famille
leur inspirerait des inquiétudes.
La génétique mendélienne et les règles de probabilité
sont le fondement du conseil génétique
Prenons l’exemple de Jean et Carole, un couple imaginaire :
ils ont chacun un frère qui est mort de la même maladie
héréditaire récessive. Avant de concevoir un premier enfant,
ils souhaitent consulter un conseiller génétique, afin de
déterminer les risques que leur enfant soit atteint de la maladie. À partir des renseignements concernant leurs frères, nous
pouvons déduire que les deux parents de Carole et les deux
parents de Jean sont des porteurs sains de l’allèle récessif.
Carole et Jean sont donc issus de croisements de Aa et Aa, où
a représente l’allèle de la maladie en question. Nous savons
également qu’aucun des deux n’est un homozygote récessif
(aa), puisqu’ils ne présentent aucun symptôme. Leurs génotypes sont donc soit AA, soit Aa.
La proportion des génotypes des descendants d’un croisement Aa 3 Aa étant de 1 AA : 2 Aa : 1 aa, la probabilité que
Jean et Carole soient tous deux des porteurs sains (Aa) est de
2
⁄3. Selon la règle de la multiplication, la probabilité que leur
premier enfant soit atteint de la maladie est de
2
⁄3 (la probabilité que Jean soit un porteur sain) 3
2
⁄3 (la probabilité que
Carole soit une porteuse saine) 3
1
⁄4 (la probabilité que
l’enfant de deux porteurs sains soit un homozygote récessif)
5
1
⁄9. Supposons que Carole et Jean décident d’avoir un
enfant – après tout, il y a huit chances sur neuf qu’il soit normal. Si, en dépit des probabilités, celui-ci souffre de la maladie en question, nous savons désormais que Jean et Carole
sont tous deux des porteurs sains, et nous connaissons leur
génotype (Aa). Puisqu’ils sont des porteurs sains, Jean et
Carole savent que, s’ils décident d’avoir un autre bébé, la
probabilité que ce dernier soit atteint de la maladie est de
1
⁄ 4.
La probabilité est plus élevée pour un enfant subséquent
parce que le diagnostic de la maladie chez le premier enfant
permet d’établir que les deux parents sont des porteurs sains,
et non pas parce que le génotype du premier enfant influe
d’une façon quelconque sur celui d’un autre enfant à venir.
Lorsqu’on se sert des lois de Mendel pour prévoir les résultats possibles d’une union, il ne faut pas oublier que chaque
enfant est le résultat d’un événement indépendant, c’està-dire que son génotype ne subit pas l’influence des génotypes
de ses frères et sœurs plus âgés. Supposons que Jean et Carole
donnent naissance à trois autres enfants, et que tous aient la
maladie héréditaire hypothétique. La probabilité d’un tel
résultat est de 1 sur 64 (soit
1
⁄4 3
1
⁄4 3
1
⁄4). Malgré cette
malchance persistante, la probabilité qu’un cinquième bébé
soit atteint sera encore de
1
⁄4.
Les tests de dépistage des porteurs sains
La plupart des enfants souffrant de maladies récessives naissent de parents au phénotype normal. Il est donc possible
qui touche 1 individu sur 10 000 dans le monde. Cette maladie dégénérative du système nerveux est due à un allèle
dominant létal dont les effets phénotypiques ne se manifestent
pas de façon évidente avant l’âge de 35 à 45 ans. Lorsqu’elle
débute, la détérioration du système nerveux est malheureusement irréversible, et la mort est inéluctable. Comme pour
les autres caractères dominants, la probabilité qu’un individu
né d’un père ou d’une mère portant l’allèle de la maladie de
Huntington présente lui-même cet allèle est de
1
⁄2 (voir la
grille de Punnett à la figure 14.17).
Auparavant, il fallait attendre l’apparition des premiers
symptômes pour savoir si une personne avait effectivement
reçu l’allèle de la maladie de Huntington. Tel n’est plus le cas
depuis que l’analyse d’échantillons d’ADN provenant des
membres d’une tribu comptant plusieurs familles apparentées,
et dans lesquelles la maladie présentait une forte incidence, a
permis de déceler l’allèle de la maladie de Huntington. On
sait désormais que cet allèle est situé sur un locus près de
l’extrémité du chromosome 4, et le gène a été séquencé en
1993. Cette découverte a permis de mettre au point des tests
pour détecter la présence de cet allèle dans le génome d’un
individu. (Nous verrons au chapitre 20 les techniques sur
lesquelles reposent ces tests.) L’existence de ces tests pose
toutefois un terrible dilemme aux personnes dont la famille
a déjà été touchée par cette maladie. Certaines personnes
voudront en subir un avant de décider d’avoir des enfants,
alors que d’autres trouveront trop angoissante l’idée de se
savoir atteintes. Il s’agit manifestement d’une décision tout
à fait personnelle.
Les maladies multifactorielles
On qualifie parfois les maladies héréditaires dont nous
avons parlé jusqu’ici de maladies mendéliennes simples,
parce qu’elles sont dues à l’anormalité de l’un ou des deux
allèles sur un seul locus. Il existe un bien plus grand nombre
d’affections dont les causes sont multifactorielles ; il s’agit,
en d’autres termes, de maladies résultant à la fois de la présence d’une composante génétique et d’une influence significative du milieu. Les maladies multifactorielles comprennent
notamment les troubles cardiaques, le diabète, le cancer,
l’alcoolisme et certaines formes de maladies mentales, telles
que la schizophrénie et les troubles bipolaires. Dans beaucoup de cas, la composante héréditaire est polygénique. Par
exemple, de nombreux gènes influent sur l’état de notre
système cardiovasculaire, ce qui augmente les risques que
certains d’entre nous aient une crise cardiaque ou un accident
vasculaire cérébral (AVC). Mais, peu importe notre génotype,
notre mode de vie joue un rôle important. L’exercice physique, une alimentation saine, l’absence de consommation
de tabac et la capacité de composer avec les situa tions stressantes sont autant de facteurs qui diminuent les risques
de souffrir d’une maladie cardiaque ou de certains types de
cancer, par exemple.
À l’heure actuelle, on sait si peu de choses sur le rôle joué
par les facteurs génétiques dans la plupart des maladies multifactorielles que la meilleure stratégie en matière de santé
publique consiste à donner aux gens le plus d’informations
possible sur l’importance des facteurs environnementaux et à
les encourager à adopter des habitudes de vie saines.
Les outils de dépistage
et de conseil génétique
Il est possible d’éviter certaines maladies génétiques avant
même de concevoir un bébé ou au cours des premiers stades
de la grossesse. De nombreux hôpitaux proposent aux futurs
parents les services de conseillers génétiques capables de les
renseigner au cas où une maladie présente dans leur famille
leur inspirerait des inquiétudes.
La génétique mendélienne et les règles de probabilité
sont le fondement du conseil génétique
Prenons l’exemple de Jean et Carole, un couple imaginaire :
ils ont chacun un frère qui est mort de la même maladie
héréditaire récessive. Avant de concevoir un premier enfant,
ils souhaitent consulter un conseiller génétique, afin de
déterminer les risques que leur enfant soit atteint de la maladie. À partir des renseignements concernant leurs frères, nous
pouvons déduire que les deux parents de Carole et les deux
parents de Jean sont des porteurs sains de l’allèle récessif.
Carole et Jean sont donc issus de croisements de Aa et Aa, où
a représente l’allèle de la maladie en question. Nous savons
également qu’aucun des deux n’est un homozygote récessif
(aa), puisqu’ils ne présentent aucun symptôme. Leurs génotypes sont donc soit AA, soit Aa.
La proportion des génotypes des descendants d’un croisement Aa 3 Aa étant de 1 AA : 2 Aa : 1 aa, la probabilité que
Jean et Carole soient tous deux des porteurs sains (Aa) est de
2
⁄3. Selon la règle de la multiplication, la probabilité que leur
premier enfant soit atteint de la maladie est de
2
⁄3 (la probabilité que Jean soit un porteur sain) 3
2
⁄3 (la probabilité que
Carole soit une porteuse saine) 3
1
⁄4 (la probabilité que
l’enfant de deux porteurs sains soit un homozygote récessif)
5
1
⁄9. Supposons que Carole et Jean décident d’avoir un
enfant – après tout, il y a huit chances sur neuf qu’il soit normal. Si, en dépit des probabilités, celui-ci souffre de la maladie en question, nous savons désormais que Jean et Carole
sont tous deux des porteurs sains, et nous connaissons leur
génotype (Aa). Puisqu’ils sont des porteurs sains, Jean et
Carole savent que, s’ils décident d’avoir un autre bébé, la
probabilité que ce dernier soit atteint de la maladie est de
1
⁄ 4.
La probabilité est plus élevée pour un enfant subséquent
parce que le diagnostic de la maladie chez le premier enfant
permet d’établir que les deux parents sont des porteurs sains,
et non pas parce que le génotype du premier enfant influe
d’une façon quelconque sur celui d’un autre enfant à venir.
Lorsqu’on se sert des lois de Mendel pour prévoir les résultats possibles d’une union, il ne faut pas oublier que chaque
enfant est le résultat d’un événement indépendant, c’està-dire que son génotype ne subit pas l’influence des génotypes
de ses frères et sœurs plus âgés. Supposons que Jean et Carole
donnent naissance à trois autres enfants, et que tous aient la
maladie héréditaire hypothétique. La probabilité d’un tel
résultat est de 1 sur 64 (soit
1
⁄4 3
1
⁄4 3
1
⁄4). Malgré cette
malchance persistante, la probabilité qu’un cinquième bébé
soit atteint sera encore de
1
⁄4.
Les tests de dépistage des porteurs sains
La plupart des enfants souffrant de maladies récessives naissent de parents au phénotype normal. Il est donc possible
