A U X O R I G I N E S D E L‘ E N V I R O N N E M E N T
10
Vers une nouvelle crise
d’extinctions en masse ?
L’élimination de prédateurs de sommet
entraîne, on le sait, des eff ets en cascade au
sein des réseaux trophiques qu’ils coiff aient.
Ainsi, l’eff ondrement de la population de
morues sur les côtes de Nouvelle-Écosse
(Canada) – accompagné d’ailleurs de celui
de quelques autres espèces faisant l’objet
d’une exploitation commerciale, tels le haddock, l’aiglefi n ou la raie ocellée – entraîna,
par divers biais directs et indirects, un bouleversement complet du réseau trophique marin (Frank et al., 2005). La rupture
se produisit à la fi n des années 1980. En
eff et, l’atténuation du contrôle structurant
exercé par les grands poissons prédateurs,
notamment la morue, provoqua la prolifération de petits poissons pélagiques et de
macro-invertébrés vivant sur le fond des
mers, tels le crabe neigeux Chionoecetes opilio et la crevette Pandalus borealis. (À noter
que cette transformation permit une reconversion des pêcheurs, qui tirent aujourd’hui
leurs revenus de l’exploitation des crabes et
autres crevettes… jusqu’à la prochaine rupture trophique.)
Des eff ets indirects tout aussi nets se produisirent : le zooplancton herbivore, soumis à la prédation des poissons pélagiques
et des premiers stades de crabes et de crevettes, vit régresser les espèces de grande
taille ; quant au phytoplancton, il se mit à
croître tandis que ses concentrations en
nitrate chutaient. Les phoques, eux, gros
consommateurs de petits poissons pélagiques et d’invertébrés benthiques, profi tèrent de la raréfaction des morues.
Un exemple de cascade trophique
la biodiversité en danger
Pour évaluer l’érosion actuelle de la biodiversité, les spécialistes disposent de trois
sources d’informations : les recensements d’extinctions avérées ; les indicateurs de
vulnérabilité d’espèces suivis par les experts de l’UICN, rassemblés dans des listes
rouges ; les données chronologiques apportées par divers types d’observatoires.
Mais comment passe-t-on de simples constats à l’évaluation de taux ou de
rythmes d’extinction ? Cela pose la question de la référence : qu’est-ce qu’un taux
d’extinction normal – ce que les paléontologues appellent le « bruit de fond » des
extinctions ?
L’espérance de vie moyenne des espèces – hors phase d’extinctions en masse –
est de l’ordre de 5 millions d’années. Ainsi, sachant que notre planète porte quelque
50 000 espèces de vertébrés, on devrait s’attendre à voir disparaître une espèce de
vertébré par siècle. Si l’on estime que la vérité est plus proche de 1 million d’années
que de 5, alors il faut s’attendre à voir disparaître de la surface de la terre 5 espèces
par siècle.
Les recensements d’extinctions avérées
Ces recensements directs ne sont possibles que pour les groupes taxonomiques les
mieux connus et pour lesquels il existe un nombre suffi sant de spécialistes ou d’amateurs compétents. C’est le cas des oiseaux, des mammifères, des plantes supérieures,
ainsi que de certains groupes d’insectes tels les papillons diurnes.
10
Vers une nouvelle crise
d’extinctions en masse ?
L’élimination de prédateurs de sommet
entraîne, on le sait, des eff ets en cascade au
sein des réseaux trophiques qu’ils coiff aient.
Ainsi, l’eff ondrement de la population de
morues sur les côtes de Nouvelle-Écosse
(Canada) – accompagné d’ailleurs de celui
de quelques autres espèces faisant l’objet
d’une exploitation commerciale, tels le haddock, l’aiglefi n ou la raie ocellée – entraîna,
par divers biais directs et indirects, un bouleversement complet du réseau trophique marin (Frank et al., 2005). La rupture
se produisit à la fi n des années 1980. En
eff et, l’atténuation du contrôle structurant
exercé par les grands poissons prédateurs,
notamment la morue, provoqua la prolifération de petits poissons pélagiques et de
macro-invertébrés vivant sur le fond des
mers, tels le crabe neigeux Chionoecetes opilio et la crevette Pandalus borealis. (À noter
que cette transformation permit une reconversion des pêcheurs, qui tirent aujourd’hui
leurs revenus de l’exploitation des crabes et
autres crevettes… jusqu’à la prochaine rupture trophique.)
Des eff ets indirects tout aussi nets se produisirent : le zooplancton herbivore, soumis à la prédation des poissons pélagiques
et des premiers stades de crabes et de crevettes, vit régresser les espèces de grande
taille ; quant au phytoplancton, il se mit à
croître tandis que ses concentrations en
nitrate chutaient. Les phoques, eux, gros
consommateurs de petits poissons pélagiques et d’invertébrés benthiques, profi tèrent de la raréfaction des morues.
Un exemple de cascade trophique
la biodiversité en danger
Pour évaluer l’érosion actuelle de la biodiversité, les spécialistes disposent de trois
sources d’informations : les recensements d’extinctions avérées ; les indicateurs de
vulnérabilité d’espèces suivis par les experts de l’UICN, rassemblés dans des listes
rouges ; les données chronologiques apportées par divers types d’observatoires.
Mais comment passe-t-on de simples constats à l’évaluation de taux ou de
rythmes d’extinction ? Cela pose la question de la référence : qu’est-ce qu’un taux
d’extinction normal – ce que les paléontologues appellent le « bruit de fond » des
extinctions ?
L’espérance de vie moyenne des espèces – hors phase d’extinctions en masse –
est de l’ordre de 5 millions d’années. Ainsi, sachant que notre planète porte quelque
50 000 espèces de vertébrés, on devrait s’attendre à voir disparaître une espèce de
vertébré par siècle. Si l’on estime que la vérité est plus proche de 1 million d’années
que de 5, alors il faut s’attendre à voir disparaître de la surface de la terre 5 espèces
par siècle.
Les recensements d’extinctions avérées
Ces recensements directs ne sont possibles que pour les groupes taxonomiques les
mieux connus et pour lesquels il existe un nombre suffi sant de spécialistes ou d’amateurs compétents. C’est le cas des oiseaux, des mammifères, des plantes supérieures,
ainsi que de certains groupes d’insectes tels les papillons diurnes.
