15. A UX CONFINS DU MONDE VIVANT : VIROÏ DES, PLASMIDES ET VIRUS.L AQ UESTION DES PRIONS 471
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
P ERSPECTIVE BIOMÉDICALE
Depuis une quarantaine d’années, plusieurs épidémies (et parfois pandémies) dramatiques d’origine virale ont frappé l’humanité. Ces infections à
fort retentissement sanitaire et médiatique sont
dues à des virus qui semblent surgir de nulle part.
Le caractère spectaculaire de ces épidémies, qui
n’affectent pas forcément de grandes populations,
est lié à une mortalité rapide et très élevée (jusqu’à
90 %), ainsi qu’à une forte invasivité (contagiosité).
La notion d’infection émergente date du début des
années 90 et concerne les épidémies virales ou bactériennes récemment apparues de façon soudaine,
ou ne s’étant pas manifestées depuis longtemps.
Leur propagation est rapide, en termes de sujets
touchés et de répartition géographique. En ce qui
concerne les virus, on peut citer les exemples des
fièvres hémorragiques foudroyantes (dues aux
virus de Marburg : 1967, de Lassa : 1969 et
d’Ebola : 1976), du sida (1981), des encéphalites
causées par le virus West Nile (1994), de l’hépatite
C, et de certaines formes de grippe.
En raison du caractère imprévisible et sporadique
de ces infections émergentes, il est très difficile de
connaître l’origine des virus impliqués, en particulier d’identifier les réservoirs de particules virales
et leurs vecteurs. En effet, de nombreux virus
infectent d’autres mammifères que les humains :
singes ou rongeurs, ainsi que des oiseaux. Chez ces
animaux sauvages, les mutations permanentes des
génomes viraux font apparaître des formes virales
potentiellement capables d’infecter l’Homme.
Cependant, il ne suffit pas que la «barrière
d’espèce» soit franchie, encore faut-il que la contamination de l’Homme ait lieu à partir du réservoir.
L’exemple des virus de Marburg et d’Ebola (qui
appartiennent à une nouvelle famille : les filovirus) illustre la façon dont ceci peut se faire. Dans le
premier cas, en 1967, il a été montré que c’est le
contact direct avec des singes sauvages importés
d’Ouganda (destinés à une société pharmaceutique), qui a contaminé 32 personnes, dont 7 sont
mortes en dix jours. De même, les divers épisodes
Ebola recensés récemment en Afrique centrale ou
en Asie, sont toujours corrélés avec la consommation de viande de singes contaminés. Si ces derniers
constituent clairement des vecteurs pour
l’Homme, le réservoir n’est pas encore identifié
avec certitude. Il semblerait en fait que des
chauves-souris, animaux connus pour héberger un
grand nombre de virus, infecteraient les singes,
organismes omnivores (et frugivores) via leurs
déjections déposées sur des fruits. Les recherches
sur les insectes dont se nourrissent les chauvessouris ayant donné des résultats négatifs, on suppose que ces dernières représentent le véritable
réservoir de virions.
Bien que la grippe soit une maladie virale commune et récurrente, elle connaît régulièrement des
épisodes pandémiques graves. On peut citer la
grippe espagnole (1918-1919), qui fit entre 20 et 50
millions de morts, la grippe asiatique (1957), la
grippe de Hong Kong (1968) et la grippe russe
(1977). Ces épidémies sont le plus souvent dues à
des formes virales émergentes, issues d’événements
rares de recombinaisons de génomes viraux spécifiques d’espèces animales différentes (notion de
«cassure antigénique» ; voir encadré biomédical).
On a craint, en 1997, de voir se développer une
nouvelle pandémie de grippe, plus meurtrière
encore que celle de 1918. Cet épisode, qui a débuté
à Hong Kong, n’a pourtant fait que huit victimes ;
il s’agit de la grippe d’origine aviaire. Le phénomène biologique responsable de ce début d’épidémie n’a rien à voir avec les recombinaisons
génétiques citées plus haut. Il a été montré, dans
ce cas, qu’une forme virale infectant les oiseaux est
passée directement à l’Homme, ce qui est tout à
fait nouveau. La transmission du virus entre
humains s’étant avérée inopérante, l’épidémie a
été rapidement stoppée, mais au prix de l’abattage
préventif d’un million et demi de poulets. Si ce
nouveau génome, très virulent pour l’Homme,
avait en plus présenté une contagiosité élevée, il
aurait pu être à l’origine d’une pandémie extrêmement grave (ce dont les autorités sanitaires étaient
bien conscientes).
Les infections virales émergentes
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
P ERSPECTIVE BIOMÉDICALE
Depuis une quarantaine d’années, plusieurs épidémies (et parfois pandémies) dramatiques d’origine virale ont frappé l’humanité. Ces infections à
fort retentissement sanitaire et médiatique sont
dues à des virus qui semblent surgir de nulle part.
Le caractère spectaculaire de ces épidémies, qui
n’affectent pas forcément de grandes populations,
est lié à une mortalité rapide et très élevée (jusqu’à
90 %), ainsi qu’à une forte invasivité (contagiosité).
La notion d’infection émergente date du début des
années 90 et concerne les épidémies virales ou bactériennes récemment apparues de façon soudaine,
ou ne s’étant pas manifestées depuis longtemps.
Leur propagation est rapide, en termes de sujets
touchés et de répartition géographique. En ce qui
concerne les virus, on peut citer les exemples des
fièvres hémorragiques foudroyantes (dues aux
virus de Marburg : 1967, de Lassa : 1969 et
d’Ebola : 1976), du sida (1981), des encéphalites
causées par le virus West Nile (1994), de l’hépatite
C, et de certaines formes de grippe.
En raison du caractère imprévisible et sporadique
de ces infections émergentes, il est très difficile de
connaître l’origine des virus impliqués, en particulier d’identifier les réservoirs de particules virales
et leurs vecteurs. En effet, de nombreux virus
infectent d’autres mammifères que les humains :
singes ou rongeurs, ainsi que des oiseaux. Chez ces
animaux sauvages, les mutations permanentes des
génomes viraux font apparaître des formes virales
potentiellement capables d’infecter l’Homme.
Cependant, il ne suffit pas que la «barrière
d’espèce» soit franchie, encore faut-il que la contamination de l’Homme ait lieu à partir du réservoir.
L’exemple des virus de Marburg et d’Ebola (qui
appartiennent à une nouvelle famille : les filovirus) illustre la façon dont ceci peut se faire. Dans le
premier cas, en 1967, il a été montré que c’est le
contact direct avec des singes sauvages importés
d’Ouganda (destinés à une société pharmaceutique), qui a contaminé 32 personnes, dont 7 sont
mortes en dix jours. De même, les divers épisodes
Ebola recensés récemment en Afrique centrale ou
en Asie, sont toujours corrélés avec la consommation de viande de singes contaminés. Si ces derniers
constituent clairement des vecteurs pour
l’Homme, le réservoir n’est pas encore identifié
avec certitude. Il semblerait en fait que des
chauves-souris, animaux connus pour héberger un
grand nombre de virus, infecteraient les singes,
organismes omnivores (et frugivores) via leurs
déjections déposées sur des fruits. Les recherches
sur les insectes dont se nourrissent les chauvessouris ayant donné des résultats négatifs, on suppose que ces dernières représentent le véritable
réservoir de virions.
Bien que la grippe soit une maladie virale commune et récurrente, elle connaît régulièrement des
épisodes pandémiques graves. On peut citer la
grippe espagnole (1918-1919), qui fit entre 20 et 50
millions de morts, la grippe asiatique (1957), la
grippe de Hong Kong (1968) et la grippe russe
(1977). Ces épidémies sont le plus souvent dues à
des formes virales émergentes, issues d’événements
rares de recombinaisons de génomes viraux spécifiques d’espèces animales différentes (notion de
«cassure antigénique» ; voir encadré biomédical).
On a craint, en 1997, de voir se développer une
nouvelle pandémie de grippe, plus meurtrière
encore que celle de 1918. Cet épisode, qui a débuté
à Hong Kong, n’a pourtant fait que huit victimes ;
il s’agit de la grippe d’origine aviaire. Le phénomène biologique responsable de ce début d’épidémie n’a rien à voir avec les recombinaisons
génétiques citées plus haut. Il a été montré, dans
ce cas, qu’une forme virale infectant les oiseaux est
passée directement à l’Homme, ce qui est tout à
fait nouveau. La transmission du virus entre
humains s’étant avérée inopérante, l’épidémie a
été rapidement stoppée, mais au prix de l’abattage
préventif d’un million et demi de poulets. Si ce
nouveau génome, très virulent pour l’Homme,
avait en plus présenté une contagiosité élevée, il
aurait pu être à l’origine d’une pandémie extrêmement grave (ce dont les autorités sanitaires étaient
bien conscientes).
Les infections virales émergentes
