262 B IOLOGIE CELLULAIRE
gras cellulaires, mais également tous les lipides
membranaires, y compris les glycolipides caractéristiques des thylakoïdes.
2.6.3. É LABORATION DE MEMBRANES
PARL ER ÉTICULUM ENDOPLASMIQUE
Si l’on envisage le réticulum endoplasmique
dans son ensemble, on conclut qu’il constitue une
«machine à fabriquer de la membrane»:par sa
composante RR, il introduit des protéines dans
une bicouche phospholipidique, par sa composante RL il produit cette même bicouche. Comme
ces deux compartiments sont en continuité physique et que la bicouche qui les constitue est très
fluide, en raison de la richesse en acides gras
courts et insaturés de ses phospholipides et de sa
relative pauvreté en cholestérol, les protéines et les
lipides se rejoignent et se mélangent aisément
pour organiser une membrane biologique typique.
Que devient cette membrane sans cesse élaborée,
alors que la surface globale du réticulum reste visiblement inchangée ? La réponse a déjà été fournie
lors de l’étude du passage des protéines sécrétées
vers l’appareil de Golgi : c’est sous la forme des
vésicules de transition que la membrane est transférée à ce nouvel organite. Nous verrons plus loin
que si celui-ci s’enrichit à son tour en surface
membranaire, il en perd également en bourgeonnant d’autres vésicules, au profit essentiellement
de la membrane plasmique. Il existe en fait un flux
permanent de membrane partant du réticulum
endoplasmique et atteignant la surface cellulaire ;
nous en reparlerons en fin de chapitre.
2.6.4. A UTRES FONCTIONS DU RÉTICULUM LISSE :
LA DÉTOXIFICATION
Le RL assure, on l’a vu, diverses modifications
chimiques affectant des molécules endogènes ; il
peut aussi modifier de nombreuses molécules provenant du milieu extérieur, absorbées par les cellules ou les organismes. Parmi celles-ci, on compte
des substances artificielles produites par l’industrie : pesticides (insecticides, désherbants), colorants, additifs alimentaires, conservateurs,
hydrocarbures aromatiques (goudrons provenant,
entre autres, de la fumée de cigarette), médicaments… Ces composés, souvent de nature hydrophobe, sont naturellement toxiques pour
l’organisme car ils ne peuvent pas être éliminés et
ils tendent à s’accumuler dans les membranes cellulaires ou les cellules riches en lipides (adipocytes). Chez les Vertébrés, on a montré que divers
moyens d’élimination existent cependant ; ils sont
assurés par des enzymes du RL, qui permettent la
détoxification de ces molécules au sein d’organes
tels que le foie, les reins ou les intestins. Le principe est l’hydroxylation, mécanisme mis en jeu
pour la désaturation normale des acides gras ou la
formation des hormones stéroïdes. Grâce à l’O 2 , à
une NADPH oxydase et au cytochrome P 450 , des
goupements OH sont greffés sur les molécules
hydrophobes, ce qui les rend plus hydrosolubles
ou permet leur accrochage covalent à des composés eux-mêmes polaires (acide glycuronique ou
groupements sulfate, par exemple). De cette façon,
des produits toxiques sont facilement éliminés par
la voie sanguine et l’excrétion urinaire.
Lorsque des injections répétées de médicaments
de type barbiturique sont faites chez le rat, on
observe une augmentation significative de la surface du RL des hépatocytes (x 2 en 4 jours) ainsi
qu’une augmentation de l’activité spécifique (x 4,
par unité de surface) des seules enzymes associées
à la détoxification, citées plus haut. Ce phénomène
conduit évidemment à l’élimination du composé
injecté, mais aussi à celle de tous les autres composés susceptibles de subir une hydroxylation
détoxifiante. De nombreuses espèces moléculaires
conduisent à des modifications semblables du RL.
Ce système naturel de détoxification a malheureusement un inconvénient grave. Parmi les composés exogènes, certains (assez rares) ont une
activité cancérigène directe car ils se lient à l’ADN
et entraînent des mutations. De nombreux autres
cependant, comme les benzopyrènes (trouvés dans
les goudrons), sont neutres et peu réactifs en soi,
mais ils deviennent des cancérigènes très puissants après une modification chimique consistant
en une hydroxylation. Or, cette «activation métabolique» est catalysée par des enzymes normalement trouvées dans les cellules, qui ne sont rien
d’autre que celles présentes dans le RL et chargées
de détoxifier les produits nocifs. Ainsi, de façon
paradoxale, la voie de détoxification à P 450 conduit
à des composés chimiques encore plus dangereux
que ceux qui sont entrés dans l’organisme ! La
preuve directe du rôle du RL dans ce processus
d’activation de molécules cancérigènes a été directement démontré in vitro, grâce à des microsomes
lisses purifiés à partir d’hépatocytes.
gras cellulaires, mais également tous les lipides
membranaires, y compris les glycolipides caractéristiques des thylakoïdes.
2.6.3. É LABORATION DE MEMBRANES
PARL ER ÉTICULUM ENDOPLASMIQUE
Si l’on envisage le réticulum endoplasmique
dans son ensemble, on conclut qu’il constitue une
«machine à fabriquer de la membrane»:par sa
composante RR, il introduit des protéines dans
une bicouche phospholipidique, par sa composante RL il produit cette même bicouche. Comme
ces deux compartiments sont en continuité physique et que la bicouche qui les constitue est très
fluide, en raison de la richesse en acides gras
courts et insaturés de ses phospholipides et de sa
relative pauvreté en cholestérol, les protéines et les
lipides se rejoignent et se mélangent aisément
pour organiser une membrane biologique typique.
Que devient cette membrane sans cesse élaborée,
alors que la surface globale du réticulum reste visiblement inchangée ? La réponse a déjà été fournie
lors de l’étude du passage des protéines sécrétées
vers l’appareil de Golgi : c’est sous la forme des
vésicules de transition que la membrane est transférée à ce nouvel organite. Nous verrons plus loin
que si celui-ci s’enrichit à son tour en surface
membranaire, il en perd également en bourgeonnant d’autres vésicules, au profit essentiellement
de la membrane plasmique. Il existe en fait un flux
permanent de membrane partant du réticulum
endoplasmique et atteignant la surface cellulaire ;
nous en reparlerons en fin de chapitre.
2.6.4. A UTRES FONCTIONS DU RÉTICULUM LISSE :
LA DÉTOXIFICATION
Le RL assure, on l’a vu, diverses modifications
chimiques affectant des molécules endogènes ; il
peut aussi modifier de nombreuses molécules provenant du milieu extérieur, absorbées par les cellules ou les organismes. Parmi celles-ci, on compte
des substances artificielles produites par l’industrie : pesticides (insecticides, désherbants), colorants, additifs alimentaires, conservateurs,
hydrocarbures aromatiques (goudrons provenant,
entre autres, de la fumée de cigarette), médicaments… Ces composés, souvent de nature hydrophobe, sont naturellement toxiques pour
l’organisme car ils ne peuvent pas être éliminés et
ils tendent à s’accumuler dans les membranes cellulaires ou les cellules riches en lipides (adipocytes). Chez les Vertébrés, on a montré que divers
moyens d’élimination existent cependant ; ils sont
assurés par des enzymes du RL, qui permettent la
détoxification de ces molécules au sein d’organes
tels que le foie, les reins ou les intestins. Le principe est l’hydroxylation, mécanisme mis en jeu
pour la désaturation normale des acides gras ou la
formation des hormones stéroïdes. Grâce à l’O 2 , à
une NADPH oxydase et au cytochrome P 450 , des
goupements OH sont greffés sur les molécules
hydrophobes, ce qui les rend plus hydrosolubles
ou permet leur accrochage covalent à des composés eux-mêmes polaires (acide glycuronique ou
groupements sulfate, par exemple). De cette façon,
des produits toxiques sont facilement éliminés par
la voie sanguine et l’excrétion urinaire.
Lorsque des injections répétées de médicaments
de type barbiturique sont faites chez le rat, on
observe une augmentation significative de la surface du RL des hépatocytes (x 2 en 4 jours) ainsi
qu’une augmentation de l’activité spécifique (x 4,
par unité de surface) des seules enzymes associées
à la détoxification, citées plus haut. Ce phénomène
conduit évidemment à l’élimination du composé
injecté, mais aussi à celle de tous les autres composés susceptibles de subir une hydroxylation
détoxifiante. De nombreuses espèces moléculaires
conduisent à des modifications semblables du RL.
Ce système naturel de détoxification a malheureusement un inconvénient grave. Parmi les composés exogènes, certains (assez rares) ont une
activité cancérigène directe car ils se lient à l’ADN
et entraînent des mutations. De nombreux autres
cependant, comme les benzopyrènes (trouvés dans
les goudrons), sont neutres et peu réactifs en soi,
mais ils deviennent des cancérigènes très puissants après une modification chimique consistant
en une hydroxylation. Or, cette «activation métabolique» est catalysée par des enzymes normalement trouvées dans les cellules, qui ne sont rien
d’autre que celles présentes dans le RL et chargées
de détoxifier les produits nocifs. Ainsi, de façon
paradoxale, la voie de détoxification à P 450 conduit
à des composés chimiques encore plus dangereux
que ceux qui sont entrés dans l’organisme ! La
preuve directe du rôle du RL dans ce processus
d’activation de molécules cancérigènes a été directement démontré in vitro, grâce à des microsomes
lisses purifiés à partir d’hépatocytes.
