La faune avienne est tout aussi étrange. Parmi les oiseaux marins, les
plus paradoxaux sont sans contredit les Manchots Spheniscus mendiculus,
représentants d’un groupe typiquement antarctique remontés jusqu’aux
latitudes équatoriales en suivant les courants froids longeant les côtes du
Chili et du Pérou. Les Cormorans aptères Phalacrocorax harrisi, dont les
ailes sont si réduites qu’elles ne leur permettent pas de voler, constituent un
cas fort intéressant d’aptérisme insulaire lié à première vue à l’absence de
tout prédateur.
Cette faune remarquable, en parfait équilibre avec son milieu naturel,
comporte une proportion d’endémiques considérable ; les oiseaux en
comptent 70 % en dépit du nombre relativement important d’espèces
marines.
La nature était intacte au XVI e siècle, lors de la découverte des
Galapagos par les Espagnols. L’influence de l’homme y fut immédiatement
des plus nuisibles, étant donné la faible superficie d’un archipel peuplé
d’animaux archaïques aux potentialités adaptatives réduites. Aucun des
animaux ne manifestait d’ailleurs cette crainte instinctive de l’homme qui
constitue souvent la meilleure chance de salut. En dépit des graves sévices
dont ils ont été l’objet depuis, les animaux n’ont d’ailleurs pas encore appris
cette méfiance.
Les hommes qui se succédèrent aux Galapagos se recrutèrent pendant
des siècles parmi les moins recommandables. Ce furent tout d’abord des
corsaires et des pirates ; puis, au siècle dernier, des colons venus de
régiments mutinés et de prisons. Ces essais de colonisation, parfois
entrepris sous la direction d’hommes généreux, se poursuivirent jusqu’à la
fin du XIX e siècle.
La flore et la faune ont de ce fait gravement pâti de l’action humaine.
Les Tortues géantes souffrirent les premières, ces géants inoffensifs et sans
défense constituant une réserve de viande et de graisse hautement
appréciée. Une exploitation industrielle des Tortues s’établit bientôt et des
navires vinrent spécialement pour les chasser ; des équipes parcouraient le
pays, s’arrêtant aux points d’eau où les Tortues étaient particulièrement
abondantes. On recueillait la graisse et on la faisait fondre pour obtenir de 4
à 11 l d’une huile réputée par animal. En dépouillant les journaux de bord
d’un certain nombre de navires baleiniers venus se livrer à cette exploitation
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