exterminés, mais qu’ils avaient émigré au Canada d’où ils ne tarderaient pas
à revenir en masse. En fait les Bisons avaient déjà été virtuellement
éradiqués du Canada. Cela avait d’ailleurs eu de graves conséquences
sociales et économiques parmi les populations d’Indiens qui vivaient en
équilibre avec les Bisons, n’en prélevant que le contingent nécessaire à
leurs besoins. Pendant l’hiver 1886-1887 notamment, ces tribus se
trouvèrent dans un état de disette totale et la mortalité atteignit un taux très
élevé dans leurs campements.
Si la destruction quasi totale du Bison est sans nul doute l’épisode le
plus tragique de toute l’histoire des rapports de l’homme avec la faune dans
le Nouveau Monde, elle ne fut hélas pas la seule, tous les autres
mammifères subissant parallèlement des pertes sévères. Leurs effectifs
diminuèrent dans des proportions parfois dramatiques, et leur distribution se
rétrécit telle la peau de chagrin. C’est ainsi que le Cerf Wapiti Cervus
canadensis, dont la répartition s’étendait primitivement depuis le sud du
Canada jusqu’au nord de l’Alabama, fut exterminé dans tout l’est des ÉtatsUnis, parallèlement à la disparition des forêts qui constituaient son habitat.
Dans le nord du Canada, le Caribou de toundra Rangifer tarandus
arcticus subissait des pertes considérables et voyait sa distribution diminuer
rapidement, de même que le Caribou de forêt Rangifer tarandus caribou.
Les effectifs du premier, estimés à 100 millions dans les temps anciens,
n’étaient plus que de 30 millions en 1911 et de 2,5 millions en 1938. La
régression très avancée de ces animaux a d’ailleurs de graves conséquences
sociales, en raison de leur importance dans l’économie des Esquimaux et
des Indiens du Grand Nord canadien.
Le Pronghorn ou Antilocapre Antilocapra americana, dernier
survivant d’un groupe riche en formes fossiles propres à l’Amérique du
Nord, a lui aussi considérablement pâti de l’influence humaine. Quand les
Blancs pénétrèrent en Amérique, le Pronghorn avait une vaste répartition
depuis le Canada (Manitoba, Alberta) jusque sur les plateaux mexicains, et
depuis la limite des forêts de l’Est jusqu’en Californie. Son habitat
caractéristique était constitué par les grandes plaines semi-arides où ses
effectifs dépassaient localement ceux des Bisons, atteignant sans nul doute
en tout de 30 à 40 millions d’individus. On estime qu’il en restait environ
30 000 en 1922, ce qui montre la diminution massive de l’espèce (fig. 8).
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