fossiles ou subfossiles jalonnent un périmètre encore beaucoup plus vaste,
englobant l’Italie.
Cet oiseau, incapable de voler, constituait une proie toute désignée
pour les hommes qui paraissent l’avoir chassé depuis les temps
immémoriaux. Son abondance est attestée par les restes trouvés dans les
débris de cuisine répartis sur une bonne partie de la côte américaine, du
Maine au Canada septentrional, et même en Europe, notamment en
Norvège où il paraît avoir servi d’aliment aux peuplades néolithiques.
On dispose d’un grand nombre de documents historiques concernant
cet oiseau, relatifs non seulement aux Esquimaux qui s’en nourrissaient,
mais aussi aux pêcheurs et aux marins qui sillonnaient l’Atlantique nord.
On sait par exemple qu’en 1590 un Islandais emplit un bateau entier avec
les dépouilles de Grands Pingouins collectés sur la côte orientale du
Groenland, et de nombreux témoignages semblables montrent comment
était organisée l’exploitation de ces oiseaux sans défense. Dès cette époque,
il semble que leur nombre ait fortement diminué par rapport aux périodes
antérieures. Cette raréfaction s’accentua aux XVIII e et XIX e siècles, qui
virent la disparition de la plupart des grandes colonies de nidification, et
notamment de celle de Funk Island, au large de la côte orientale de TerreNeuve, où une colonie très prospère, la plus importante de toutes, fut
entièrement ravagée par les pêcheurs. Quand le Norvégien Stuwitz y
débarqua en 1841, il n’y trouva que des amoncellements d’os, quelques
individus momifiés et des débris de coquilles. D’autres colonies subsistaient
cependant encore dans ces parages, mais elles disparurent peu à peu en
raison des ravages des marins, et surtout des pêcheurs qui massacraient les
Grands Pingouins pour s’en servir comme appât. Ces pratiques entraînèrent
rapidement la disparition totale de l’espèce, dont la dernière colonie semble
avoir existé à Eldey Rock, au large de la côte orientale de l’Islande. Le
dernier spécimen connu y fut collecté en 1844.
Le Grand Pingouin montre donc lui aussi comment l’homme peut
exterminer une espèce prospère. Aucune autre cause n’est à incriminer dans
l’éradication de cet oiseau réparti sur une aire très vaste, et par conséquent à
l’abri des destructions naturelles. On n’en possède que peu de spécimens
naturalisés, conservés dans les musées d’Europe et d’Amérique ; les œufs
Précédent

- 76/621

Suivant